Covoiturage : Nicolas Pressicaud tient la plume et le volant

Jan-Peire avait rencontré fortuitement Nicolas Pressicaud à l’occasion de la vélorution universelle à Nevers. Il faut dire que l’auteur en 2009 d’un Bréviaire de vélorution tranquille était un « régional de l’étape » comme on dit sur le Tour. C’était en juillet 2018 et l’ancien consultant en mobilité devenu enseignant d’histoire-géographie1 s’apprêtait à publier après l’été un petit livre au titre intrigant et amusant : 25 inconnus dans ma Saxo. Premières incursions en Covoiturie (éd. Les Impliqués). Avait-il le manuscrit dans sa sacoche ? Ou bien les épreuves à corriger ? Le livre est désormais là et se laisse lire avec plaisir. Petite recension sans prétention.

Nicolas Pressicaud et son Brompton lors de la vélorution universelle 2018 à Nevers. Photo de JP qui y était, évidemment2.

Déjà en rayon

La médiathèque d’Orléans propose dans son fonds les trois précédents livres de l’auteur, tous publiés chez L’Harmattan. Je les ai déjà cités – voir Ressources locales (février 2017) et Ça sature (mai 2017). Ces livres traitent, sous différents angles, de politique cyclable et développement du vélo. Car si Nicolas Pressicaud a souhaité témoigner de son expérience de covoiturage, il n’en reste pas moins un observateur avisé du vélo, comme en témoigne ce post Facebook enthousiaste à l’occasion de la présentation du « plan vélo » gouvernemental3 :

Bienvenue en « Covoiturie »

Jolie trouvaille verbale que cette « Covoiturie », contrée née du Web 2.0 . C’est par le biais de l’incontournable BlaBlaCar que Nicolas Pressicaud est parti découvrir cette terra incognita à l’occasion de ses déplacements hebdomadaires MoulinsAuxerre en 2016 et 2017. Et comme il n’est pas du genre conducteur taiseux, il a pris plaisir à engager et nourrir la conversation avec ses passagers. Ce livre est le recueil précis et vivant de ces rencontres avec des personnes aux profils sociaux très variés. On n’y trouvera pas de réflexions sur le covoiturage comme solution de mobilité, d’ailleurs les considérations économiques sont quasiment absentes du livre. Il s’agit d’un témoignage à la première personne qui a bénéficié d’un bon travail d’écriture4. Le style est alerte, la lecture plaisante.

Dans son avant-propos, l’auteur constate avec justesse :

« Je crois que la vie actuelle offre peu l’occasion de réellement dialoguer avec des personnes de catégories sociales et d’âges différentes. »

Surtout dans la relative promiscuité de l’habitacle d’une voiture.

Orléans derrière le volant

À l’occasion d’un long trajet du Val d’Oise à la Creuse, l’auteur opère un déchargement/chargement de passagers à la gare d’Orléans – ô misère du dépose-minute de l’avenue de Paris ! – ce qui donne un passage particulièrement savoureux (p. 32) :

« En début de soirée, Orléans s’annonce ; on entre bientôt dans l’agglomération. La viscosité du trafic continue de m’effarer. Vitesse moyenne d’un patineur en promenade, faible rôle des transports collectifs, pas d’aménagements cyclables (donc pas de cyclistes – alors que c’est plat), tout le monde en voiture avec le taux de remplissage moyen habituel, je suppose (1,25 personnes par véhicule). Nous mettrons vingt bonnes minutes à atteindre la gare. Le temps d’observer des voies requalifiées pour le tramway mais avec une totale absence de prise en compte du vélo5 […]. »

Y-a-t-il seulement quelque chose à ajouter ?

Prolongement routier

Pour alimenter la réflexion, partons de ce tweet :

L’article mis en lien fait ce constat :

« En France, le taux d’occupation des véhicules a ainsi baissé de 1,78 à 1,58 passager par véhicule en moyenne de 1990 à 2016, contribuant à la hausse du trafic routier, et donc de la consommation énergétique des voitures et des émissions de gaz à effet de serre associés. Le constat est encore plus marqué pour la mobilité du quotidien : aujourd’hui seuls 3 % des déplacements domicile-travail sont réalisés en covoiturage. »

De fait, même quand la métropole orléanaise propose de « circuler au frais de la mairie » (sic !) ça ne marche pas fort6.

L’article explique ensuite :

« La modélisation révèle qu’accompagner des politiques de covoiturage par une amélioration de l’offre de transports en commun s’avérerait contreproductif du point de vue de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les deux mesures se concurrençant l’une l’autre pour attirer des usagers. À l’inverse, une réduction de la capacité routière avec par exemple conversion de voies routières en voies dédiées aux transports en commun, aux voitures partagées ou aux modes doux présenterait des synergies fortes avec le covoiturage car elle limiterait les effets rebonds associés à la réduction de la congestion. »

« Réduction de la capacité routière » ? Comme vous y allez ! 220 millions (!) vont être dépensés pour ajouter une quatrième voie à l’autoroute A10 sur 16 kilomètres, de Sougy à la Chapelle St Mesmin pour « faire sauter le bouchon d’Orléans »7. C’est surtout Vinci qui fait sauter le bouchon de Champagne…


Crédit photo : Rudolf Stricker [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Notes

  1. Comme le précisait Isabelle Lesens : « Nicolas Pressicaud a fait partie des quelques professionnels français qui s’étaient spécialisés sur le vélo. Comme la plupart il a fini par jeter l’éponge, faute de réussir à gagner correctement sa vie. »
  2. Il s’y était rendu à vélo, réalisant à l’occasion un presque premier 200.
  3. Voir aussi le billet publié par Isabelle Lesens à ce sujet sous le titre : Plan vélo : les bases sont posées, et pas plus (15 septembre 2018).
  4. La prise de notes après chaque trajet a dû représenter un travail préparatoire important.
  5. On rit jaune évidemment et on se souvient que ce même constat a été fait par Keolis : Vu du tramway.
  6. « Expérimentation covoiturage : les habitants d’Orléans Métropole ont-ils joué le jeu ? », France Bleu Orléans,17 mai 2018.
  7. « Élargissement de l’autoroute A10 au Nord d’Orléans : c’est parti ! », France Bleu Orléans, 9 novembre 2018.

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