Les mystères de l’avenue de Paris

Au carrefour Libération, la RD2020 croise le chemin de fer et le tramway. Le tram passe au milieu du rond-point et le train en contrebas. Les automobilistes, quant à eux, filent plein sud sur une deux voies qui d’avenue de la Libération devient avenue de Paris. Et les cyclistes ? Ils ont droit à des morceaux d’aménagements et à des pictogrammes vélos.

Comme le signalait une personne avertie, alors que les participant(e)s à l’un des ateliers vélos du week-end dernier1 scrutaient et analysaient la grande carte étalée sur la table devant eux : « à cet endroit-là ils nous ont mis un sens interdit ». Son doigt pointait l’entrée de l’avenue de Paris, là où elle s’apprête à passer au-dessus des voies de chemin de fer.

Interdit aux cyclistes.

Quand on se positionne sur le côté ouest du  rond-point, les pictos – politique du pochoir – semblent pourtant indiquer ce sens de circulation. On retrouve également ces deux pictos tête-bêche de l’autre côté du passage piéton. Mais aucune indication supplémentaire.

Depuis le rond-point vers l’avenue de Paris.

La réponse à ce mystère se trouve un peu plus bas au niveau du nouveau quartier Coligny, cette ZAC qu’Olivier Carré, alors vice-président de l’agglomération chargé des grands projets économiques, décrivait en ces termes en janvier 20152  :

« Cet environnement d’affaires de qualité, qui permet de bien recevoir les clients, va attirer et motiver de futurs investisseurs de rang mondial à venir s’installer à Orléans. Il s’agit d’une réponse haut de gamme à un vrai besoin, notamment celui d’accueillir des clients de niveau international. Coligny deviendra sûrement, avec le temps, un quartier d’affaires de premier ordre et d’envergure régionale. »

Fin 2017, le quotidien local faisait le point3 :

Aujourd’hui, Coligny n’est plus un quartier fantôme. Il ne ressemble pas encore à un centre d’affaires incontournable ; seulement, la vie s’y enracine.

En pointillés le chaînon manquant sous forme d' »espace partagé ».

Mais revenons à notre cheminement cyclable. Si l’on s’aventure jusqu’à l’intersection avec l’avenue du général Patton, on découvre ce panneau :

Tiens, une piste cyclable obligatoire (panneau rond).

Et immédiatement à son verso :

Le trottoir est donc signalé comme « espace partagé » (ce panneau est non réglementaire en France).

Le panneau interdit aux vélos est répété de l’autre côté de l’avenue :

Côté droit toujours interdit aux vélos.

Vue d’ensemble depuis le pont de la bourie rouge

L’avenue de Paris vers le carrefour Libération (au nord).
On voit bien la piste bidirectionnelle sur le côté droit.

Relevons tout de suite que si l’on arrive par l’avenue du général Patton dont on aperçoit le débouché sur la gauche, rien n’indique qu’une piste se trouve de l’autre coté de l’avenue.

L’avenue de Paris vers le quartier gare (au sud).

À la vue de tout cet espace, on peut se demander pourquoi il a été décidé de créer une piste bidirectionnelle qu’on doit en principe réserver aux routes hors agglomération. N’y avait-il pas moyen de créer une piste de chaque côté de l’avenue ? Mystère.

En selle !

Une piste cyclable, chouette, allons voir cela au plus près du bitume :

La piste s’arrête net face à une bande cyclable qui remonte depuis la gare. Le seul choix qui s’offre au cycliste est de repartir… vers le nord ! Via le double-sens cyclable de la rue des Sansonnières ou la rue de la gare. Le diverticule qui s’offre aux roues vaut le coup d’œil :

Attention à la bordure… et au morceau d’enjoliveur.

Et de pédale :

Bien entendu, rien n’empêche le cycliste de rejoindre le mail plus au sud en continuant avenue de Paris parmi les motorisés. D’expérience, on se place du côté de la station de tram4 et on profite du passage d’une rame pour s’élancer.

Dernier tronçon de l’avenue de Paris : pas vraiment cyclamical.

N’y avait-il pas mieux à faire au moment de la construction de la première ligne de tram ? Pourquoi aucun aménagement cyclable dans ce sens de circulation ? Cela restera un mystère.

Notes

  1. Ces ateliers avaient pour objectif « d’échanger sur les liaisons cyclables à aménager ces prochaines années » dans le cadre du prochain plan vélo métropolitain. « Comment imaginez-vous rouler à vélo dans la métropole ? Donnez votre avis », La République du Centre, 8 novembre 2018.
  2. « « Orléans, ville d’affaires incontournable en devenir » », La République du Centre, 13 janvier 2015.
  3. « Des premières années compliquées », La République du Centre, 18 décembre 2017.
  4. Station qui ne s’appelle plus « Antigna » mais « Louis Braille » : « La station de tramway Louis-Braille succède à Antigna », La République du Centre, 13 septembre 2017.

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6 réponses

  1. REGUIGNE REGIS , dit :

    Sommes – nous des cyclistes en pointillés ?

  2. V-LO dit :

    Merci Jeanne pour cette nouvelle investigation ! 🙂

    Pour ma part, il m’arrive de prendre cette voie bi-directionnelle depuis le centre-ville lorsque je souhaite rejoindre la cité Coligny. Je trouve cette voie plus sécurisante que le très embouteillé faubourg Bannier.

    Pas mal de points noirs toutefois :
    – le parvis et la zone de la gare, où il faut jongler/slalomer/zigzaguer/enfin faire comme on peut pour se frayer un chemin, d’autant que la chaussée est dans un état calamiteux, sans compter le stationnement totalement anarchique des autos.
    – vous l’avez noté, le mobilier urbain qui empiète sur la voie et qui rend celle-ci parfois très étroite et dangereuse. Je vous raconte pas si la chaussée est glissante ou jonchée de feuilles mortes.
    – de même, comme je le disais, pour rejoindre Coligny, le circuit manque terriblement de logique car ladite logique conduit le cycliste que je suis, depuis le centre-ville, à vouloir rejoindre Coligny en coupant rue Pierre-Gilles de Gennes au niveau du passage piéton que l’on aperçoit sur vos clichés (notamment celui « vue d’ensemble depuis le pont de la bourie rouge ») pour rejoindre puis couper la ligne de tram au niveau de l’arrêt Coligny, puis gagner Coligny, en face, où l’on récupère un cheminement cycliste.
    Sauf qu’à ma connaissance, ce n’est pas possible puisque l’esplanade n’est que marches… Du coup, il faut contourner par la gauche pour remonter vers Coligny en longeant la ligne de tram et tourner au niveau de l’arrêt de tram pour gagner le faubourg Bannier via le chemin situé entre les deux résidences seniors.

    Bref, peut encore mieux faire à Orléans, ville apaisée.

    • Jeanne à vélo dit :

      J’ai en effet découvert cette petite rue Pierre-Gilles de Gennes avec son sympathique double-sens cyclable. Je ne suis pas allé vérifier mais l’esplanade ressemble fort à un piège à vélo chargé… Y a-t-il seulement une rampe pour PMR ?

  3. janpeire dit :

    De Libération à Coligny, il y a pire, c_à_d, le chemin officiel le long de la ligne de tram, chemin qui se termine dans la station de tram, si tout va bien, sur les rails, si tout va mal.

    Autrement, autant dans le sens gare vers Libération, je fais l’effort d’emprunter le truc, mais je le quitte avant le pont, car l’espace « partagé » est un trottoir.
    En venant de Saran, sur la RN20, je reste sur la chaussée. Il y a la place et le ré-aménagement récent a oublié les vélos.

    Dans le quartier Coligny, bonjour les marches (esplanade) et l’absence de rampe.
    JP

    • Jeanne à vélo dit :

      Surtout que la piste bidirectionnelle rendue obligatoire par le panneau rond s’interrompant brutalement, l’interdiction d’emprunter la chaussée avec les motorisés prend également fin. C’est un point de réglementation à creuser…

  4. REGUIGNE REGIS , dit :

    RD 2020 Saran « Aménagement récent » = où est passée la loi LAURE ?

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