Une ancienne voie ferrée transformée en voie cyclable à l’ouest de Bois-le-Duc

La transformation d’anciennes voies ferrées en « voie verte », on connait bien en France. Je peux citer par exemple celle que j’ai petitement parcourue du côté du Blanc, dans l’Indre, à l’été 2020. Ou celle dont un tronçon a été inauguré cet été du coté de Descartes en Indre-et-Loire (j’en parlais aussi à l’été 2020 dans ce billet). Celle que présente ici Mark Wagenbuur ajoute à la praticité du parcours une dimension patrimoniale importante avec un souci du détail et de la finition typiquement néerlandais.
Voici la traduction de « How a former railroad was turned into a cycle route » publié le 18 août 2021 sur Bicycle Dutch.

Un itinéraire cyclable très agréable a été créé au début des années 1990 sur une ancienne ligne de chemin de fer dans la province du Brabant-Septentrional. Cette ligne de chemin de fer a relié Lage Zwaluwe (qui était à son tour une porte d’accès au port de Rotterdam) à la capitale provinciale Bois-le-Duc. Elle a fonctionné pendant environ 60 ans, du début des années 1890 à 1950. La piste cyclable qui l’a remplacée a maintenant presque 30 ans. Comme le chemin de fer n’a jamais eu le succès escompté lors de sa construction, nombre de ses éléments, comme un certain nombre de ponts et de bâtiments, n’ont jamais été modernisés ou modifiés. Ils sont donc devenus de parfaits représentants du génie civil des années 1880.

L’ancienne gare de Capelle. Il y a une haie au bord du quai et les rails ont été remplacés par l’enrobé de la piste cyclable, mais la situation est encore très proche de ce qu’elle était lorsque la gare en était vraiment une.
La gare de Capelle, Brabant-Septentrional, dans les années 1930, lorsque la ligne était à son apogée. Photo : Regional Archive for the Langstraat

La ligne ferroviaire reliant Lage Zwaluwe à Bois-le-Duc était officiellement appelée Langstraatspoorweg, du nom de la région qu’elle traversait. Elle devait constituer une importante liaison est-ouest au sud des rivières Maas, Waal et Rhin. Dans les années 1870, époque à laquelle la ligne a été planifiée, il n’y avait qu’une seule connexion entre les réseaux ferroviaires au nord et au sud de ces trois grands fleuves qui divisent les Pays-Bas. Les chemins de fer au nord et au sud des fleuves fonctionnaient presque comme deux réseaux distincts. La première partie de la ligne (Lage Zwaluwe à Waalwijk) a été ouverte en 1886. Il a fallu attendre 1890 pour que le raccordement à Bois-le-Duc soit enfin terminé. Là, toute la zone de la gare a d’abord dû être déplacée. C’est la raison pour laquelle la gare actuelle de Bois-le-Duc se trouve à un endroit différent de celui de la première.

Le long de la piste cyclable, des panneaux d’information présentent des photos et des informations sur l’ancienne voie ferrée.

Le chemin de fer était jugé nécessaire pour désenclaver la région qui était très vulnérable aux inondations en raison des différents types de rivières qui la traversent. Certaines rivières étaient alimentées par la pluie, d’autres par la fonte des neiges. De ce fait, l’une ou l’autre était en crue à différentes périodes de l’année et les inondations duraient plusieurs mois chaque année, ce qui rendait difficile les déplacements. C’est l’industrie du cuir et de la chaussure de la région de Waalwijk qui a bénéficié le plus du chemin de fer. La ligne n’est d’abord construite qu’à une seule voie, mais on pense que la deuxième voie suivra assez vite lorsque la ligne aura prouvé son succès. Tous les ponts étaient donc prêts pour la deuxième voie, ce qui donnait l’impression que la ligne n’était qu’à moitié construite. Cette « demi » ligne et l’industrie de la chaussure ont donné son surnom à cette voie : « Halve Zolenlijn » (littéralement « ligne des demi-semelles »). Ce surnom fait référence aux semelles des chaussures, mais « halve zool » est également un juron en néerlandais qui signifie quelque chose comme « gaffeur » ou « perdant ». Il s’agit d’une version corrompue et beaucoup moins vulgaire du juron anglais « a**hole », à la consonance très similaire, qui s’est introduit dans la langue néerlandaise à la faveur de contacts avec des transporteurs de charbon anglais dans le port de Rotterdam. Au moment où la voie ferrée a été transformée en piste cyclable, le surnom était si communément utilisé que la piste cyclable a été officiellement nommée « Halvezolenpad » (« chemin des demi-semelles »).

La piste cyclable s’appelle Halvezolenpad. L’ancien surnom de la voie ferrée est devenu le nom officiel de cette voie cyclable.
L’une des œuvres d’art est constituée de deux semelles de chaussures géantes en acier. L’œuvre s’appelle « empreinte » elle mesure 5 mètres de haut et a été installée en 2016.

Le chemin de fer n’a jamais vraiment connu le succès car, lorsqu’il a été achevé, les rivières avaient été domptées et les inondations récurrentes appartenaient au passé. Cela a permis de construire de meilleures routes menant aux villages et non plus seulement à proximité comme le faisait le chemin de fer. À son apogée, la ligne n’était plus utilisée que par 8 trains par jour. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ligne est devenue inutilisable en raison des dommages de guerre et lorsqu’elle a finalement été réparée, à la fin des années 1940, le monde avait tellement changé que les services de transport de passagers ont cessé en 1950. Le chemin de fer a ensuite été utilisé pour les trains de marchandises occasionnels, mais le tout dernier train a emprunté la voie en 1972 (ou 1970 à d’autres endroits).

L’un des plus longs ponts restants de la ligne est celui-ci à Waalwijk (la première partie à être ouverte). Un pont similaire sur la même ancienne ligne de chemin de fer près de Bois-le-Duc, le Moerputtenbrug, est devenu un pont pour piétons, mais je l’ai emprunté une fois pour filmer le coucher du soleil.

La piste cyclable sur l’ancienne voie ferrée va de Raamsdonk (dans la commune de Geertruidenberg) à Waalwijk. Là, elle se connecte à la véloroute rapide vers Tilburg (F261) et à celle prévue vers Bois-le-Duc qui utilisera également l’ancienne ligne de chemin de fer en grande partie. J’ai écrit sur ces différents projets l’année dernière. À partir de Raamsdonk, il a été prévu d’utiliser l’ancienne digue de la voie ferrée pour prolonger la route jusqu’à Geertruidenberg proprement dit. L’association qui a contribué à la préservation de la plupart des ponts de la ligne avait prévu d’utiliser l’extension de deux autoroutes et la jonction élargie entre les deux pour créer deux passages souterrains dans la voie ferrée d’origine afin de prolonger la piste cyclable. Malheureusement, il n’est pas fait mention de nouveaux passages souterrains dans les plans définitifs d’extension des autoroutes, qui sont actuellement en attente pour des raisons environnementales. Certaines organisations, dont le Fietsersbond, espèrent toujours que la piste cyclable sera élargie et transformée en « une piste cyclable de Moerputten à Moerdijk » (qui est le tracé original de la voie ferrée, mais avec des toponymes plus jolis et allitérants). Le nom de Geertruidenberg devrait vous sembler familier. Là, l’ancien pont ferroviaire est directement parallèle au beau pont cycliste que je vous ai montré dans le billet de la semaine dernière. Le pont ferroviaire est en mauvais état mais reconnu comme patrimoine industriel en danger.

Ce plan de la fédération pour la préservation de la ligne de chemin de fer aurait prolongé la piste cyclable existante qui se termine à Raaamsdonk (ligne bleue à droite) plus à l’ouest sur les anciennes voies. Il aurait nécessité deux nouveaux passages sous les autoroutes A59 et A27.
Dans les plans gouvernementaux d’expansion des deux autoroutes et de leur intersection, l’ancienne digue ferroviaire est visible comme une bande de « nature » et non comme une piste cyclable.

La totalité de la piste cyclable a été achevée en 1995, mais les premières parties à Waalwijk avaient déjà été ouvertes en mai 1992 par la ministre des Transports de l’époque, Mme Maij-Weggen. Le fait que la ministre soit venue ouvrir une piste cyclable doit avoir beaucoup à voir avec le patrimoine culturel de l’ancienne ligne de chemin de fer, considéré comme d’importance nationale. Le fait que la piste ait été conçue au début des années 1990 ressort clairement de sa largeur modeste et du fait que même les plus petites routes de croisement sont prioritaires. Le fait que la piste cyclable soit éclairée est un point positif. Cela signifie qu’elle peut également être utilisée par les personnes qui se rendent au travail et par les enfants qui doivent se rendre à l’école à vélo pendant les mois sombres de l’hiver.

Le 9 mai 1992, un groupe a parcouru la première partie de la piste cyclable sur l’ancienne ligne de chemin de fer au mment de son inauguration. La tête du groupe est formée par la ministre des Transports, Mme Maij-Weggen, et le maire de Waalwijk, M. Van Schaik. Photo Archives régionales pour la Langstraat à Heusden.

La ligne de chemin de fer n’ayant jamais été un véritable succès, elle n’a jamais été modernisée ni étendue. Cela signifie que 54 des 92 ponts originaux ont été préservés tels qu’ils ont été construits dans les années 1880. La plupart des bâtiments ferroviaires, tels que les logements des gardes ferroviaires et de leurs familles, ont également été conservés et des personnes y vivent encore. Malheureusement, les plus grands bâtiments ferroviaires, comme celui de la gare de Waalwijk, ont été perdus (démolis en 1964), mais il y a encore beaucoup à voir de l’ancienne fonction de cette ligne, y compris des parties des clôtures sur certains des quais de la gare.

Une partie de la clôture ferroviaire originale de 1886 à Waspik a été restaurée par des bénévoles du club local du patrimoine en 2012. Il reste 144 mètres de la clôture originale de plus de 2000 mètres.

Pour en faire une destination encore plus touristique, l’itinéraire cyclable a également une dimension artistique. De nombreuses œuvres d’art font référence à son histoire. Très récemment, en février 2020, la dernière œuvre d’art a été inaugurée. Il s’agit de la représentation d’une maison typique de l’île de Sulawesi en Indonésie. Une grande partie du chemin de fer a été financée à l’origine par le commerce du café en Indonésie, qui était à l’époque une colonie néerlandaise. Le commerce du café n’était pas particulièrement équitable pour la population locale. C’était le thème d’un célèbre roman néerlandais de 1860, Max Havelaar, qui était une protestation précoce contre les politiques coloniales néerlandaises. Grâce à cette œuvre d’art, la piste cyclable est même liée à la manière dont les Néerlandais tentent d’assumer leur passé colonial.

Cette œuvre d’art « Het Koffijhuis » (La maison du café) a été inaugurée en février 2020. Elle a la forme de Tongonan, les maisons ancestrales traditionnelles du peuple Torajan de Sulawesi en Indonésie, et est recouverte d’un matériau qui contient du vrai café.
Ce panneau d’information explique le lien entre la maison Togonan, le commerce du café, et l’ancienne ligne de chemin de fer pour l’industrie de la chaussure.

La ligne de chemin de fer est toujours présente dans l’esprit des gens et a fait l’objet de nombreux écrits sur Internet. Même le journal local a commémoré la ligne dans un long article il y a tout juste deux mois. Enfin, quelqu’un a construit une magnifique version miniature de la ligne, avec les bâtiments et les ponts typiques, qu’il documente sur un blog.

Mon portrait en vidéo du Halvezolenpad.
Parcours du Halvezolenpad.

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