La délibération s’affiche en couleurs

Il faut revenir sur l’extension des plages de stationnement gratuit sur voirie votée le 6 novembre 2018 par le conseil municipal d’Orléans. Appliquée depuis le 1er décembre, cette politique pérennisée au-delà des fêtes de fin d’année bénéficie depuis une semaine d’une campagne de promotion print comme on dit dans le jargon des communicants. C’est par voie d’affichage que l’électeur l’automobiliste orléanais est informé de cette nouveauté. Mais avant de nous intéresser à cette création, penchons-nous sur les réflexions du président d’Orléans Métropole telles que le quotidien local les a retranscrites.

Parole de maire

À l’occasion de son désormais traditionnel point presse de début d’année, Olivier Carré a répondu à quelques interrogations soumises par des lecteurs de La République du Centre1. Parmi les questions, celle d’une hypothétique « suppression des voitures dans l’hypercentre ». Oui, carrément. Le fait qu’une telle suggestion puisse être faite aujourd’hui – et relayée – prouve au moins que la question des nuisances générées par le trafic motorisé dans les villes est désormais un incontournable du débat public. Cela dit, et comme Olivier Razemon ne cesse de le rappeler à chaque fois qu’il est pris à partie par des personnes de plus ou moins bonne foi, il n’a jamais été question, nulle part, de supprimer les déplacements en voiture2. Face à une telle proposition, Olivier Carré joue évidemment sur du velours :

« La suppression des voitures dans l’hypercentre, c’est non ! Le commerce ne s’en remettrait pas. Les réactions étaient déjà nombreuses après l’augmentation du prix du stationnement… Le problème est que nous ne sommes pas à égalité avec les centres commerciaux. Une telle décision vaudrait si leurs parkings devenaient payants. Peut-être que le sans-voitures est valable dans des villes très denses comme Paris, mais pas ici. Nous avons un centre-ville où il y a des habitants, qui ont besoin de se déplacer. Tout cela est en fait une affaire d’équilibre. Dans la rue Sainte-Catherine, par exemple, qui vient d’être refaite, nous avons fait en sorte de limiter la circulation automobile pour laisser une large place aux piétons. »

La première partie de cette réponse vient presque ironiquement valider après coup la petite réécriture facétieuse d’un passage de l’éditorial du maire dans le Orléans.mag de décembre à laquelle Jeanne s’était livrée. Souvenez-vous de ce passage :

Les commerçants du centre ville pensent que l’accès en voiture est le secret de la prospérité. Ils aimeraient bénéficier du même avantage que leurs homologues des zones commerciales périphériques que nous, élus locaux, avons laissé prospérer sans retenue : des immenses zones de stationnement sans surcoût pour le consommateur.

C’est faire fausse route : les commerces de centre-ville ne peuvent pas rivaliser sur ce terrain-là (celui des zones de parking à perte de vue).

Quant au « besoin de se déplacer », beaucoup d’habitants du centre-ville continuent d’utiliser leurs deux pieds, juchés parfois sur un vélo. Bien sûr qu’il n’est pas question d’interdire à ceux-là de posséder une voiture et de pouvoir la stationner en ville, notamment dans les nombreux parkings en ouvrage dont l’existence impose de conserver des accès motorisés. Mais c’est loin d’épuiser le sujet puisque beaucoup de déplacements relèvent d’un trafic de transit (qu’on songe aux mails ou même au pont George V !).

Quant à la rue Saint-Catherine requalifiée, difficile de parler de limitation de la circulation automobile. Il y aura ni plus ni moins de passage qu’avant les travaux. Et toujours des mauvaises pratiques de stationnement :

Pot de yaourt contre char d’assaut démilitarisé

Voilà donc l’élégant visuel3 mettant à l’honneur la décision du conseil municipal avec un slogan qui fait pas mal tousser sur les réseaux sociaux4 :

Le visuel de la campagne de communication municipale.

Comme toute la publicité autour de l’automobile nous y a habitué, on trouve dans ce visuel la vision fantasmée du déplacement contemporain en voiture : un(e) automobiliste seul(e) dans un environnement urbain. Nul besoin de chercher longtemps ni d’effectuer un créneau pour aligner l’encombrant engin le long du trottoir, il y a des places de stationnement à profusion. La cerise sur le gâteau étant l’emploi du fameux pot de yaourt pour représenter l’automobile alors même que, si le marché automobile continue sur sa lancée, il va devenir de plus en plus fréquent d’avoir la vue barrée par des SUV ou des pick-ups5 :

Au-delà des éléments graphiques, c’est le fait d’associer le plaisir à la gratuité du stationnement qui est vraiment problématique. Le déplacement automobile représente un coût pour la collectivité (notamment via ses nombreuses externalités négatives). C’est la moindre des choses qu’occuper de précieux mètres carrés d’espace public soit payant. Et c’est un des moyens les plus efficaces pour modifier les comportements et donc favoriser le report modal comme le futur PDU métropolitain l’écrit noir sur blanc.

Photo très légèrement retouchée (sur une idée de Jacques Boulnois).

On relèvera pour conclure que les communicants de la métropole proposent un joli visuel web à la page du SCoT dans lequel ne figure aucun véhicule motorisé :

Une ville désirable tout en nuances de bleu.

Crédit photo : Victorgrigas [CC BY-SA 3.0], from Wikimedia Commons

Droits réservés sur les visuels d’Orléans Métropole.

Notes

  1. « Les réponses du maire Olivier Carré aux questions des internautes orléanais », La République du Centre, 10 janvier 2019.
  2. Un exemple dans cet entretien de mai 2017 pour Le Journal du Centre : « Aucune ville n’a totalement supprimé la voiture et personne n’a jamais dit qu’il fallait que tout le monde fasse du vélo. »
  3. Le service communication a pris depuis quelque temps une orientation graphique plaisante, il faut le reconnaître même si, apparemment, ce n’est pas du goût de tout le monde.
  4. Parmi les commentaires sarcastiques, celui-ci vaut son plein de carburant : « c’est tellement adorable de se garer, on va même se garer juste pour le plaisir, même si on a rien à y foutre, on adore ! c’est beau ! »
  5. Les pick-ups bénéficient d’une niche fiscale comme seule la France en a le secret. Proprement scandaleux.

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7 réponses

  1. REGUIGNE REGIS , dit :

    Amis cyclistes allez en mairies, toutes celles d’Orléans Métropole, vous exprimer aux cahiers de l’enquête publique pour le nouveau Plan des Déplacements Urbains. Ne pas le faire serait « complicité + acceptation » de la situation actuelle. Non ?

  2. C’est clair, c’est carré.

  3. mpi dit :

    Merci (une fois de plus) pour cet excellent article qui permet à chacun de prendre connaissance du flyer largement diffusé en ville et des sucettes de pub (payées par nous tous aussi).
    Cette pub pro-voitures en centre-ville corrobore l’hypocrisie des pictogrammes collés au sol de vélos autorisés à contre sens dans les rues étroites du centre ville. Encore plus de voitures et encore moins de sécurité pour les vélos !
    Pour les commerces, je voudrais bien savoir quelle étude montre qu’on achète plus quand on cherche désespérement une place de parking plutôt que lorsqu’on marche sans contrainte dans une rue piétonne.
    Grand débat, enquêtes publiques, réunions diverses, exprimons une autre vision de la ville.

  4. Benoit dit :

    bonjour, vous êtes peut-être déjà au courant? pour info, réunion publique ce soir Jeudi 17/01 à l’auditorium du musée des beaux arts d’orléans sur le PDU (Plan de Déplacements Urbains et le fameux ScoT); c’est une occasion d’en savoir un peu plus d’une façon espérons-le d’une façon didactique; sur la perception du vélo par nos décideurs métropolitains….

    http://www.orleans-metropole.fr/351-7228/fiche/revision-du-plan-de-deplacements-urbains-reunion-publique.htm

    • Jeanne à vélo dit :

      Bonjour, oui je suis au courant, merci. J’ai participé au printemps dernier à une même présentation en ce même lieu. La seule nouveauté de ce soir sera, je pense, la présence de Bruno Malinverno en remplacement de David Thiberge.

  5. REGUIGNE REGIS , dit :

    La réunion publique PDU = une occasion, aussi, de nous exprimer…

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