La rue Lamartine à Fleury-les-Aubrais est un crash test métropolitain

C’est au pied du mur qu’on voit le maçon. Et c’est devant les problématiques de stationnement résidentiel qu’on mesure le degré d’engagement des élu(e)s en matière de transition. Le cas posé par la rue Lamartine à Fleury-les-Aubrais est à cet égard emblématique car l’imbroglio actuel provient de la mise en place par la métropole d’un itinéraire cyclable depuis/vers la gare de Fleury dans le cadre des opérations post-confinement en 2020… et de l’existence improbable d’une wild card offerte aux riverains par la mairie les autorisant à utiliser la chaussée pour stationner devant chez eux. C’est une chose que de ne pas lutter contre le stationnement sauvage quand on est détenteur du pouvoir de police – l’autorité municipale fleuryssoise ne se distingue pas des ses homologues sur ce point – c’en est une autre que de l’autoriser !
Et quand le (plan) vélo s’en mêle, c’est la gamelle assurée.
Mais pour qui ?

« Ô temps, suspends ton vol ! »

Pour le contexte de l’affaire, je ne peux que renvoyer au bon billet du camarade Yann publié au coeur de l’été : Rue Lamartine : décision municipale bancale.
Signalons simplement que cette situation ubuesque dure depuis 20 ans et la création de la première ligne de tram.

Voici comment la rue était décrite par le camarade JP en novembre 2020 dans Coronacte II, scène gare. :

Cette rue, peu de passage automobile, est en vérité occupée par les résidant⋅e⋅s qui, en même temps que la maison avec garage, courette cimentée et jardinet, ont acheté la chaussée qui va avec. Ceci renvoie dans les rails du tramway les cyclistes qui aimeraient aller et venir à la gare de la métropole ou les cyclistes qui aimeraient aller et venir en direction du futur quartier d’affairistes de l’autre côté de l’océan ferroviaire1.

Vue aérienne des lieux avec la section de rue concernée surlignée en rouge.

Dans un autre billet intitulé Traversée en 3 temps de Fleury, il donnait à voir en trois vignettes une scénette où un piéton – qui manifestement va prendre un train – profite de l’aire piétonne tout en étant poursuivi par un SUV qui emprunte allègrement la plateforme du tram :

Dans le sens Orléans->Gare de Fleury, voilà ce que ça donne à hauteur de guidon au petit matin, dans la roue d’un vif vélo couché :

L’art de prendre le problème à l’envers

Bon, l’heure est à la proposition de solutions et un défouloir une réunion publique s’est tenue le 16 septembre à ce sujet in situ.
Le président d’une jeune association dont le nom est désormais bien connu chez les élu(e)s et dans les services y était, comme en témoigne cette série de tweets incorporés ici sur fond de couleur (la photo en fait partie) :

Ce soir, nous défendons la pérennisation de la piste cyclable rue Lamartine et la suppression de l’arrêté municipal illégal autorisant le stationnement en aire piétonne à Fleury les Aubrais.

3 options sont proposées par @OrleansMetropol :
– mise en zone de rencontre
– déviation des vélos par un axe passant
– stationnement des riverains sur un parking et interdiction du stationnement sur la rue.

Nous avons posé la question de la concertation : est ce que seuls les riverains pourront choisir ou bien l’ensemble des utilisateurs de la rue ?

L’adjoint au maire ne veut pas que tous les utilisateurs puissent décider afin que la voix des riverains soient aussi prise en compte.

Ce seront les élus qui décideront d’un compromis.

En juin de cette année, quand le quotidien s’est fait l’écho de cette affaire2, la maire de Fleury Carole Canette a prévenu :

« Il faut que nous trouvions une solution afin d’arranger le plus de monde. »

Entre la vingtaine de logements de la rue et les centaines d’usagers quotidiens de la voie, on voit très bien où se situe « le plus de monde ». Mais comme dans le même temps « Elle juge l’interdiction de stationnement des riverains devant chez eux de « radicale et violente » » c’est aux services de la métropole qu’elle a fait violence pour arriver à dénicher les trois solutions énumérées plus haut.

La « déviation » relevant de la mauvaise blague, arrêtons-nous un instant sur la solution « zone de rencontre » :

On peut être sûr que le bleu ira déteindre sur le vert…

Cette proposition souffre de deux défauts :

On ne peut décemment pas proposer en 2021 un axe cyclable structurant3 bidirectionnel de seulement 2,4 m de large4.

On ne devrait pas proposer en 2021 du stationnement en zone de rencontre qui oblitère un trottoir. Ce n’est pas parce que ce dispositif rend prioritaire le piéton sur la chaussée que ce dernier a le droit d’y stationner, seul ou en compagnie de congénères. Dit autrement : une zone de rencontre ne peut pas remplir la même fonction qu’un bon vieux trottoir.

Voyons maintenant la solution n° 2 dans le document suivant qui fait office de synthèse :

Combien ça coûte ?5

En effet, comme le montre la capture de Google Maps proposée plus haut, il existe un parking public immédiatement à l’entrée de la rue Lamartine. Et petite douceur, il dispose d’une sortie piétonne menant directement dans la rue :

Et il faut également insister sur ce point : l’immense majorité des habitations de la rue dispose d’un espace de stationnement privatif et/ou d’au moins un garage. Seules 3 ou 4 maisons en sont dépourvues… à 100 m du parking pré-cité.

Par ailleurs, au milieu de la rue, un ensemble de garages sont disponibles à la location. J’ignore si ils le sont tous – ce serait tout de même étonnant qu’il n’y en ait pas quelques uns de libres :

Qui veut louer un box tout confort ? Il y en aura (probablement) pour tout le monde !

Bref, inviter les riverains à stationner chez eux en premier lieu, puis à profiter du parking immédiatement à côté de chez eux en second lieu, est une solution si évidente qu’on aimerait que la maire de Fleury se prenne ne serait-ce qu’un instant pour la dame de fer et qu’elle dise qu’il n’y a pas d’alternative.

Que les élu(e)s en charge du dossier ne prennent pas le problème à l’envers : il ne s’agit pas de sauver à tout prix du stationnement-devant-chez-soi mais de réaliser un réseau cyclable de qualité6.

Bonus

Le camarade JP, toujours lui, a eu la riche idée de proposer une série sur son quotidien de vélotafeur au long cours en cette rentrée des classes – garantie sans langue de bois.
Il y est assez souvent question de Fleury – qui est sur son trajet – ville dotée d’après lui d’un « honorable réseau de bandes peintes […] plus homogène [que celui d’Olivet], quoique que les aménagements de ces 5 dernières années soient des aménagements au rabais » :

Nul doute qu’une « zone de rencontre » à la sauce stationnement rue Lamartine serait à ranger au rayon des « aménagements au rabais ».

Notes

  1. Pour celles et ceux qui ne saisiraient pas l’allusion, il évoque le quartier Interives.
  2. Alexis Marie, « Vers une concertation rue Lamartine à Fleury un an après l’installation d’une coronapiste », La République du Centre, 18 juin 2021.
  3. C’est le plan vélo qui identifie cet axe comme structurant car il doit permettre notamment, je cite, d’ « assurer des liaisons cyclables efficaces entre les gares ».
  4. Notons que cette largeur n’est plus disponible après l’Intermarché en raison d’un léger rétrécissement de la voie.
  5. Il est intéressant de noter que la solution « déviation », en première approximation, valorise la privatisation de la chaussée à 200 k€. C’est marrant, si j’ose dire, car c’est à peu de choses près le montant payé par la collectivité pour faire plaisir aux bagnolard(e)s de la rue Landreloup.
  6. Dans une métropolisation bien conduite, les prescriptions du plan vélo s’imposeraient aux mairies qui ne pourraient plus (essayer de) s’asseoir sur la réglementation. Mais depuis que j’ai écrit « Agglomération d’Orléans : l’armée mexicaine métropolitaine en (dés)ordre de marche » en juillet 2020, il ne s’est rien passé qui permette d’infirmer ce désolant constat.

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14 réponses

  1. REGIS REGUIGNE dit :

    Fleury, ville « socialiste », ouf, pas communiste car, Karl MARX le communiste historique aurait sans aucun doute qualifié les cyclistes de « lumppen-prolétariat » = « sous-prolétariat », c’était sa vision des plus démunis ! Mais, Fleury ne « s’abaissera quand même pas » à donner LEUR place aux …cyclistes … vrai ou faux ? A suivre.

    • Les membres du lumpenprolétariat, qui n’ont aucune conscience de classe et qui ne veulent pas en avoir, sont incapables de mener une lutte politique organisée […]

      nous apprend Wikipédia.

      À nous de faire émerger cette conscience de classe et de conduire la lutte ! 😉

    • janpeire dit :

      Cela fait longtemps que les bêtes à cornes ne devraient plus avoir peur du rouge, Saran sur zone en est la preuve la plus flagrante dans l’agglomération.

      Moquerie mise de biais, vous n’avez pas entièrement tort sur la place des cyclistes dans les ancienness républiques totalitaires du monde soviétique (en Europe), ou du moins, la place du vélo : Lucien Péraire dans son ouvrage « Tra la mondo per biciklo kaj Esperanto – À travers le monde en bicyclette et avec l’espéranto » (~1930) indique très clairement que l’industrie soviétique a pour priorité de produire des châssis de tracteur (donc des chars).
      Cependant, je ne suis pas certains que les Français aient beaucoup de leçons à donner, ils ont toujours privilégié l’industrie automobile ; les pays d’Europe du nord n’avaient pas ce problème.
      Certaines avenues de Fleury avaient été calibrées lors de la reconstruction pour le passage des chars staliniens, elles ont sans problèmes été ré-aménagées en une voie « motorisée », une bande cyclable avec espace ouverture de portière et place de stationnement (peut-être même sous l’impulsion d’une élue à vélo la pipe au vent). Ce n’est ni parfait, ni satisfaisant, mais c’est très cohérent.
      Les partie les plus anciennes sont identiques à ce qui ce faisait il y a 30ans à St Jean de Braye par exemple, les parties les plus récentes (5ans) ont été faites sous le contrôle de l’agglomération, malheureusement avec un schémas de pensées dépassé.

      Il vous faudra un jour pour vous quitter les rivages cossus du Loiret — attention, avenue De Gaulle, rue Genain, rue hôtel Dieu ou encore rue Simon, les équipements sont d’un autre age, mais ça vous le savez — traverser Orléans à vos risques et périls, et oser cycler dans Fleury, c’est très facile malgré les dégâts de l’ancienne équipe à l’agglomération.

      JPB
      (qui ne peut plus mettre d’étoiles, donc il les formule, avec d’autant plus de facilité qu’il est plus cité que de raison 😀 )

  2. V-LO dit :

    Le manque de courage politique de la maire de FLA est choquant et abouti à des réflexions scandaleuses. Je ne comprends pas ces atermoiements et le message (ou la petite musique, c’est selon) qui veut que la bagnole, telle un déchet inerte tanké sur la voie publique, est et restera toujours prioritaire, que les cyclistes n’ont qu’à se dévier ailleurs ou se partager la voie de tram ou 2 mètres de voie avec les piétons et les bagnoles. L’hypothèse de financer 200000€ de travaux pour quelques riverains au détriment de l’intérêt général me rappelle une affaire évoquée ici-même du côté du quartier Madeleine…

    Il n’appartient pas aux contribuables que nous sommes de financer les choix individuels de quelques riverains d’avoir 2 voitures, de garer une bétonnière devant chez soi ou d’avoir la flemme d’ouvrir et fermer son portail 4 fois par jour.

    En tranchant avec un peu de bon sens et à moindre coût, CC enverrait un signal fort de courage politique et surtout, surtout, de rééquilibrage de l’usage des espaces publics, qui sont le bien commun de tous et pas uniquement des riverains de la rue Lamartine.

    J’ai lu cet article intéressant ce matin concernant Strasbourg : https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/bas-rhin/strasbourg-0/strasbourg-vers-la-fin-du-stationnement-gratuit-dans-certains-quartiers-2259292.html

    Peut-être la maire de Fleury devrait-elle s’en inspirer ?

  3. Le plan vélo (enfin les préconisations rapportées par le cabinet Indiggo) est raboté de part en part par les élus locaux qui la main sur le coeur jurent qu’ils feront tout pour les mobilités douces/actives (je vous laisse choisir) mais sur le terrain la réalité est différente. En cas d’arbitrage c’est toujours le vélo qui trinque.

    -RD2157 –> de la merde signée Christian Dumas
    -Rue Lamartine –> de la merde signée Carole Canette
    -Orléans –> absence totale de politique vélo depuis l’arrivée de Serge Grouard.
    -Saint Jean de la Ruelle –> On s’assoit sur la loi LAURE
    -Saran –> On s’assoit sur la loire LAURE

    La liste est interminable.

    • REGIS REGUIGNE dit :

      Que voici, que voilà des réalités incontestables ; alors ?

    • janpeire dit :

      Fleury : Rue Jean Jaurès, rue 11 Novembre = bon, mais rue Curembourg = mauvais
      Olivet : Av De Gaulle = mauvais, rues barbier-reine Blanche = médiocre
      St Hilaire St Mesmin : coronapiste = bonne idée mais pas au bon endroit (trop de véhicules)
      La Chapelle : rue de monteloup = mauvais
      Saran : rue du Lac = médiocre
      St Jean de Braye, st Jean le Blanc, Boigny = mauvais e/o médiocre

      Peut-être nous faut-il enfin décerner des clous d’or à l’agglomération mais également à chacun-e-s des élu-e-s.

      JPB

      • REGIS REGUIGNE dit :

        Oui, chaque année : un prix orange et un prix citron. La chasse est ouverte. Que chacun en cite. Exemple, à Olivet : orange(s) rues de la source centre-ville + rue Travers Baudelin = oranges ; rue de la source Est = citron. Vu ?

  4. Benoit Perrussel dit :

    rue de Frédeville en cours de rénovation à Saint Jean de Braye : les stationnements ont été supprimés, la route élargie et l’aménagement cyclable ? de la peinture sur la route, comme dab, il n’a jamais été question de séparer les vélos; les politiques en ont rien à foutre du vélo au sens large et encore plus du vélo quotidien; pourquoi ? je vous suggère de faire une traversée giratoire nord pont Thinat vers la Source le matin à 8h00 et vous comprendrez = nous sommes à Bagnoland, le vélo quotidien ça va pour l’hypercentre, sur le péri-urbain c’est la bagnole, la bagnole, la bagnole. sur mon secteur Nord en 3 ans de pratique AUCUN aménagement nouveau ou rénovation en lien avec le vélo, AUCUN cycliste en plus. pour moi quotidiennement en moyenne sur 3 ans; je croise 1 vélo sur 16 kms de trajet péri-urbain été comme hiver.

  5. REGIS REGUIGNE dit :

    Rue LAMARTINE A FLEURY : tous ont cour et ou garage ; alors qu’ils rentrent leurs véhicules chez eux ; ZUT ALORS !

  6. Alice dit :

    Quelle tristesse qu’on en soit encore là en 2021… Le vélo est l’avenir de l’homme !!

  7. Mentalo dit :

    Lors d’une visite de maison, un agent immobilier nous a dit qu’Ikea avait fait une étude sur les usages des espaces d’habitation dans la métropole au moment de leur implantation, et qu’il en ressortait que 90% des résidents disposant d’un garage l’utilisent pour stocker le barbeuc, les meubles de jardin, … mais pas pour mettre leur voiture, merci les municipalités qui ont laissé entrer dans les moeurs la privatisation de la chaussée !

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