Rues scolaires : les écoliers orléanais et leurs accompagnateurs attendront !

La décision est tombée ce matin. La proposition déposée par le collectif Vélorution Orléans dans le cadre du budget participatif 2021-2022 de la ville d’Orléans a été retoquée. Elle est « hors cadre » répondent les services qui ne la soumettront pas au vote de la population. On ne saura donc pas si l’idée de « proposer un environnement urbain apaisé aux parents et aux enfants » aurait soulevé l’enthousiasme. En revanche on sait déjà ce que ça dit des ambitions de la mairie en matière de mobilité et d’apaisement de la ville, et combien pèsent dans les préoccupations des élu(e)s les écoliers et leurs accompagnateurs. Si peu.

Expérimentation

Le projet (à retrouver ici) se présentait explicitement comme une expérimentation, à l’image de ce qui a été fait au moment du déconfinement en matière d’aménagements de voirie :

Nous avons identifié trois sites qui se prêteraient bien à cette expérimentation car les rues d’accès sont trop étroites pour que tous les modes de déplacement puissent cohabiter sereinement, sans oublier le phénomène de stationnement sauvage qui entrave très souvent les cheminements piétons sur des trottoirs le plus souvent pas du tout aux normes d’accessibilité.

Retrouvez l’emplacement de ces trois sites sur la carte :

Voir en plein écran

Le descriptif du projet précisait :

La manipulation quotidienne des barrières pourrait être confiée au personnel municipal qui est chargé de l’accueil périscolaire (garderie du matin et du soir) et de la restauration (service du midi)

« hors cadre »

Voilà la réponse officielle :

A travers votre projet «Expérimenter des rues scolaires à Orléans», vous avez fait acte de candidature au Budget participatif de la ville d’Orléans pour l’année 2021-2022 et nous vous en remercions. Après étude de votre proposition, nous avons le regret de vous informer que votre projet ne sera pas soumis au vote car il n’entre pas dans les critères d’éligibilité communiqués. En effet, votre suggestion d’aménagement engendre de couts de fonctionnement (rémunération des personnes qui installent et désinstallent les systèmes de fermeture). Par ailleurs, sachez que cette solution avait été retenue pour sécuriser les enfants rue du Nécotin car le regroupement du collège, de l’école maternelle et de l’école élémentaire générait des flux très importants que les trottoirs ne pouvaient contenir. Dans la configuration choisie, aucun riverain n’était impacté, et cette situation exceptionnelle prend fin avec le déménagement du collège et la requalification de la rue du Nécotin.

Rien ne va dans cette réponse.

Sur la question des coûts de fonctionnement :

Il y a déjà du personnel rémunéré par la mairie pour faire fonctionner les écoles et même pour aider les familles à traverser sur les passages protégés. Est-ce inenvisageable de leur confier une nouvelle tâche très peu chronophage (équivalente à la fermeture/ouverture d’un portail) ?

Les barrières rue Nécotin coté sud bientôt devenues inutiles. Image Google Street View.

Sur la rue du Nécotin et ses trottoirs débordés, on appréciera la situation proposée aux enfants et à leurs accompagnateurs rue Anatole Bailly par exemple (mais les trois rues choisies présentent le même profil, voir celui de la rue du Puits Saint-Laurent chez Yann) :

Ils sont pas beaux ces trottoirs ?

Enfin l’inévitable point riverain qui laisse dubitatif puisque l’ensemble scolaire de la rue du Nécotin n’est pas éloigné de tout quartier d’habitation mais en plein coeur d’une zone largement bâtie. Les habitants motorisés du coin étaient nécessairement impactés par la fermeture temporaire de la rue – ni plus ni moins que ceux qui empruntent aujourd’hui les trois rues sélectionnées dans le projet retoqué.

Image Google Maps

Et puis, surtout, sur le fond, il était tout à fait possible de redéfinir le périmètre du projet pour malgré tout avancer sur le sujet.
Au lieu de trois rues, les services auraient pu n’en retenir qu’une.
Au lieu de barrières amovibles, les services auraient pu opter pour un système de bornes escamotables.
Au lieu de ne fermer la rue qu’aux heures d’entrée et de sortie des classes, ils auraient pu opter pour une fermeture continue (une piétonisation de fait donc, ce que proposent d’autres villes en matière de rues scolaires).
Bref, alors même qu’on ne parlait que d’une simple expérimentation, ils ont préféré évacuer la question afin que les élu(e)s puissent pousser un ouf de soulagement1.

Et après ?

Lors de l’édition 2019 du budget participatif, le collectif Vélorution Orléans avait déjà eu un projet retoqué. Il concernait le pont George V (lire ou relire « Budget participatif 2019 : autant en emporte la Loire ! »). Finalement, deux ans après, à la faveur d’une pandémie, ce projet se concrétisait.

Faut-il en conclure qu’il faudrait que survienne une nouvelle catastrophe sanitaire d’ampleur pour qu’Orléans rejoigne enfin le club international des villes qui se soucient du bien-être de tous leurs habitants, en particulier de ceux qui n’ont pas le droit de vote2 ?

Notes

  1. Il est même possible que ce se soit passé dans l’autre sens et qu’on leur ait demandé de se débarrasser de la question. 😏
  2. Pour prolonger la réflexion : « Des enfants d’Amsterdam combattent les voitures en 1972 »

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7 réponses

  1. Yann d'Orléans dit :

    Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage !

  2. V-LO dit :

    Un bel exemple de dissonnance politique, entre l’affichage d’un discours volontariste à base de ville-jardin en transition et une réalité bien plus décevante et pas très amène quand il s’agit de passer au concret.
    Paraitrait que nos élus devraient nous convaincre nous-citoyens de transiter vers un monde plus vert, mais j’observe que quand il s’agit d’agir, il semblerait que nous, pauvres terriens à vélo, on ait encore un siècle d’avance…

  3. Adélaïde dit :

    Bonsoir, je ne sais pas si mon post trouvera ça place ici, mais je tente quand même. Je suis riveraine de la rue Saint Marceau qui doit être re-qualifiée prochainement, celle ci compte 3 écoles et à proximité un collège et un lycée. Le projet proposé ne laisse presque aucune place aux vélos. Avec quelques voisins nous avons fait un courrier à la mairie. Nous sommes dans l’attente d’une réponse. Voilà selon moi un autre exemple des ambitions de la mairie «  les SUV sur les trottoirs ». Je reste à votre disposition. Adélaïde

    • Bonjour,

      Votre commentaire est tout à fait le bienvenu.

      J’ai vu passer les plans du projet de requalification de la rue Saint-Marceau. En effet, en dehors de la mise en sens unique d’une grande partie de la rue, il n’y a rien à se mettre sous la roue (de vélo).

      Pourriez-vous me commniquer ce courrier ? Merci.

  1. 23 mars 2021

    […] billet comme une forme de réaction à celui-ci (>fr) […]

  2. 15 juin 2021

    […] et ceux qui sont depuis (trop ?) longtemps aux commandes. La problématique des rues scolaires dont j’ai déjà dit quelques mots ici en mars dernier est à cet égard emblématique de la passion dévorante des élus orléanais pour […]

  3. 4 juillet 2021

    […] qui auraient presque pu faire oublier que ces assises de la transition étaient en cours :« Rues scolaires : les écoliers orléanais et leurs accompagnateurs attendront ! » (25 mars 2021)et« Rues scolaires : les élus orléanais renâclent, des parents […]

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