CLPCF et STRMTG sont dans un bateau… le vélo tombe à l’eau

Amateurs et amatrices d’acronymes quasiment imprononçables, réjouissez-vous. En voici deux beaux spécimens sans voyelles. Il a déjà été question sur ce blog du Service Technique des Remontées Mécaniques et des Transports Guidés (STRMTG). Dans « Vu du tramway » (janvier 2018) j’évoquais l’étude que ce service de l’État avait conduite avec le Cerema sur l’ « Interaction vélos / tramways dans les réseaux français ». Le STRMTG faisait aussi une apparition dans « Rue Royale de Noël » (décembre 2017) conjointement avec le Cédez-Le-Passage Cycliste au Feu (CLPCF). C’est bien connu – et c’est même devenu un gimmick ironique sur Twitter – « les cyclistes grillent les feux rouges ». Depuis fin 2010, ce n’est plus si simple1.

Il faut garder à l’esprit que les feux tricolores sont avant tout un moyen de réguler le trafic motorisé et de permettre les traversées piétonnes. Ce n’est pas stricto sensu un dispositif de sécurité2. La meilleure preuve en est la transformation massive, en France, d’un maximum de carrefours à feux accidentogènes par des giratoires. Le Cerema, dans sa brochure intitulée Du bon usage des feux, répond à la question « Les feux améliorent-ils la sécurité ? » :

La question n’est pas simple, toutefois les études convergent pour monter qu’il y a des bénéfices sur la sécurité lorsque le trafic véhicule est élevé, ce qui n’est pas le cas lorsque le trafic est faible.

Trois phénomènes sont notamment documentés relativement aux accidents en carrefour à feux :

– Les prises de vitesse pendant le vert de la part de conducteurs qui veulent éviter le rouge3, avec des effets négatifs sur la sécurité,
– Les chocs arrière,
– La trop grande confiance du piéton notamment enfant ou âgé dans la couleur du feu.

Un « tutomobiliste » sinon rien

Pour expliquer le CLPCF, rien de tel que les talents de vidéaste de Bilook déjà utilisés pour le sas vélo dans « Sas unique » :

Dans certaines circonstances, les personnes qui se déplacent à vélo peuvent donc passer au rouge en toute simplicité.

Le collectif Vélorution Orléans maintient une carte dont l’un des calques, ici mis en avant, concerne notamment des propositions d’implantation de nouveaux CLPCF :

Voir en plein écran

On peut relever les propositions concernant la rue Royale dont le séquencement des nombreux feux est très problématique à vélo, particulièrement dans le sens sud-nord qui monte. Hélas, il y a peu de chances que les autorités rendent légale dans cette rue une pratique pourtant courante. On va voir pourquoi.

Va partout

Depuis l’arrêté du 23 septembre 2015 « relatif à la modification de la signalisation routière en vue de favoriser les mobilités actives », le CLPCF ne se limite plus au va-tout-droit ou au tourne-à-droite :

Depuis 2015 toutes les directions sont envisageables.

Et en pratique ? Seule la ville de Sceaux s’est emparé de cette nouvelle disposition.

Cela dit, même en ne considérant que les mouvements initiaux, c’est le long des voies de tram qu’une grande difficulté apparaît. De manière sourcilleuse, le STRMTG proscrit généralement l’implantation de va-tout-droit le long des voies de tramway. Seuls les mouvements d’éloignement des rails (tourne-à-droite) sont autorisés au cas par cas.

Exemple d’échange en mars 2019.

Illustration à l’angle rue Royale / rue de Bourgogne. Alors même que le tram s’éloigne à gauche par la rue du Tabour, seul le tourne-à-droite est autorisé :

Même chose à l’intersection suivante où il n’est pas concevable qu’une personne circulant à vélo croise les rails du tram :

Impossible au rouge d’accéder au camp retranché de Noël à la place du Martroi.

Un exemple d’implantation classique :

Rue du faubourg Madeleine : le tourne-à-droite vers la rue de Vauquois est autorisé.

Non loin de là, une première surprise :

De manière surprenante, le tourne-à-droite dans la continuité des voies de tram est autorisé à l’angle du boulevard Jaurès et de la rue du fbg Madeleine.

Enfin, une situation exceptionnelle avec ce va-tout-droit rue Jeanne d’Arc4 :

En selle au carrefour Jaurès

On trouve sur la ligne B à l’endroit où elle traverse le boulevard Jaurès un bon exemple d’une situation où le CLPCF aurait sa pleine utilité. D’ailleurs, comme la vidéo suivante l’illustre, les personnes à vélo adaptent leur comportement de manière intuitive :

Comme on ne compte plus les stops « coulés » ou même les feux rouges grillés par des automobilistes, observer son environnement – yeux grands ouverts et oreilles aux aguets – reste le moyen le plus sûr de circuler à vélo en ville.

Complément (7 janvier 2020)

Quelqu’un a réagi sur Twitter en fournissant des exemples :

Dont acte. Le STRMTG reste toutefois sourcilleux5. Il a d’ailleurs prévu d’aborder le thème « M12 dans les carrefours tramway » à l’occasion d’une nouvelle édition de sa « Journée d’échanges tramways » qu’il organise en 2020. De l’espoir pour notre rue Royale !

Notes

  1. L’article que Wikipédia consacre au CLPCF donne l’historique de cette disposition.
  2. « Abbeville. Ville sans feu rouge », Le Télégramme, 13 octobre 2019.
  3. Phénomène éruptif qualifié de « feurougite » sur les réseaux sociaux. Un exemple ici.
  4. Peut-être a-t-il échappé à la vigilance du STRMTG ? Ou alors le fait qu’à droite la rue Saint-Catherine soit une aire piétonne rend moins probable un mouvement de tourne-à-droite ?
  5. En tout cas, la direction de la mobilité à Orléans Métropole présente les choses ainsi.

Vous aimerez aussi...

10 réponses

  1. janpeire dit :

    Beaucoup de pédagogie dans le très beau film de Billok !
    Dans le second, loin de moi l’idée de juger le fait de griller les feux — car l’ensemble de la voirie est fait en fonction du flux automobile, sans tenir compte des cyclistes et des piétons — mais, au final, je constate du haut de ma selle, que respecter complètement les règles n’est pas plus mal.
    Dans le second film, la première personne s’avance jusqu’au carrefour, oké présentement c’est un sachant, un local qui se « cale » sur le tramway, mais, mais, mais, pour le plaisir de mamaiser, ailleurs dans l’agglomération, combien de cyclistes s’avancent jusqu’à la fourche pour attendre que la circulation s’arrête un instant, combien de cyclistes s’arrêtent pour rien au final, car le flux des autos est réglé par l’ensemble des feux, dont… le feu dépassé ; ainsi faisant, ces cyclistes se retrouvent rattrapés, voir dépassés par les cyclistes au feu, sagement, demeurés.

  2. Xavier dit :

    Pour aller tout droit, ce qui m’intéresserait le plus comme cycliste serait la possibilité de démarrer avant les voitures. Il faudrait un feu vert cycliste, suivi quelques secondes plus tard par un feu vert voiture. Afin d’éviter aux voitures de talonner, rageuses, les cyclistes à l’équilibre instable.

    • L’idéal serait en effet de coupler sas vélo et feu dédié. Mais faudrait déjà que le sas vélo soit respecté…
      Cela dit dans les carrefours sans trop de circulation, le CLPCF fait finalement figure de « feu vert ».

    • janpeire dit :

      Il y a, de ma connaissance, un seul feu équipé ainsi dans l’agglomération d’Orléans, sur le bvd A. Martin (hauteur de la brasserie), à l’attention des cyclistes qui désireraient tourner vers le fbg St Vincent. Malheureusement, il faut pouvoir atteindre le sas vélo pour en bénéficier, et ce n’est pas toujours une mince affaire.

  3. Yann d'Orléans dit :

    J’aimerais bien que les STOP soient aussi équipés de CEDEZ LE PASSAGE cycliste. Ce serait bien pratique dans certains cas.

  1. 24 mai 2020

    […] confort et d’agrément. Si l’installation de ces panonceaux n’est pas envisageable5, il faudrait à minima programmer la séquence des feux en mode onde verte.En l’état actuel, […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Défiler vers le haut
%d blogueurs aiment cette page :