Leçons d’un accident de vélo — par Kent Peterson

Dans le texte qui suit, l’Étatsunien Kent Peterson témoigne de son expérience de cycliste accidenté et, avec la modestie qui le caractérise, délivre quelques conseils fort utiles.
Billet originel publié le 10 mars 2007 sous le titre « Lessons From A Bike Crash ».

D’abord, pas de panique les amis. Il s’agit d’une vieille photo d’un ancien accident, il y a plusieurs années. Mais certaines leçons gagnent à être répétées et je repensais à cela aujourd’hui à cause de cet échange que j’ai eu sur une liste de diffusion :


Date: Sat, 10 Mar 2007 12:18:43 -0800
Subject: re: casques et vélos couchés

« Douglas Coulter » a écrit :

> J’ai presque arrêté d’utiliser un casque sur mon trike
> parce qu’on ne tombe pas de la même manière qu’avec un vélo.

Je ne vais pas me laisser entraîner dans un débat sur le casque et je sais que certains diront « une anecdote ne fait pas une preuve », mais cette anecdote m’est arrivée et je suis presque sûr que le fait que je portais mon casque sur un vélo couché le 13 mars 1998 est l’une des raisons pour lesquelles je suis ici aujourd’hui et que je peux écrire ces quelques lignes. L’histoire se trouve là :

http://www.carsstink.org/peterson/crash.htm

Je n’ai pas de photo, mais un côté de mon casque a été complètement raboté par le revêtement de la route. Sans le casque, c’est le côté de ma tête qui aurait été raboté.

Notez que je ne suis pas favorable à une loi sur le port obligatoire du casque, mais j’en porte un. Tout comme les autres membres de ma famille. Les casques ne sont pas des chapeaux de polystyrène magiques, mais il y a certainement des circonstances où il est très utile d’avoir quelque chose qui se déforme pour absorber en partie un choc.

Kent Peterson
Issaquah WA USA


Si nous avons de la chance, nous pouvons vivre et apprendre. J’ai eu de la chance et j’aimerais développer un peu les leçons que j’ai tirées de cet accident. Permettez-moi de vous peindre la scène avec quelques détails.

Je me dirigeais vers l’est sur Newport Way, à la limite nord du mont Cougar1. Cette section de route est une longue et douce descente avec un bon accotement et peu de rues transversales. Il était peu après 17 heures et le soleil était bas et dans mon dos. Je serrais à droite dans la mesure du possible.

Une camionnette était garée sur l’accotement droit de la route. Je l’ai vu devant moi. J’ai regardé dans mon rétroviseur, j’ai vu que la route était dégagée derrière moi et j’ai commencé à me déporter plus à gauche sur la voie de circulation.

Ce que j’ignorais, c’est que le propriétaire de la camionnette était installé derrière le volant alors que je me rapprochais du véhicule. Il était en train de finir des papiers ou quelque chose comme ça. Il a regardé dans son rétroviseur, a vérifié la voie de circulation, et non l’accotement derrière lui, a regardé devant lui et s’est ensuite engagé sur la voie pour faire demi-tour.

Alors que j’étais tout proche, j’ai vu la camionnette manœuvrer. Je me suis déporté davantage vers la gauche, mais comme il faisait demi-tour, je n’avais nulle part où aller. J’ai percuté la camionnette sur le côté et rebondi contre la carrosserie, ce qui m’a envoyé valser sur la gauche.

En l’occurrence, le chauffeur de la camionnette était clairement fautif en faisant demi-tour alors qu’un véhicule arrivait derrière lui, mais ce genre de choses arrive. Je m’intéresse à ce que je peux faire pour éviter que de telles choses se produisent à l’avenir. Donc, passons aux leçons que j’ai apprises et les choses que je fais depuis cet incident.

Cet accident m’a délivré quelques leçons précieuses sur la visibilité. La première de ces leçons est que peu importe que vous soyez bien habillé ou que votre vélo soit bien visible, si vous n’êtes pas dans le champ de vision d’une personne, elle ne vous verra pas. J’allais à la vitesse de la circulation motorisée2, et pourtant j’étais trop à droite sur l’accotement. C’est une parfaite illustration de la raison pour laquelle il est plus sûr d’ « occuper la voie » (« take the lane »). Les cyclistes ont tendance à craindre d’être heurtés par l’arrière, mais ce type de collision est en fait assez rare. Et un bon pourcentage de ces collisions par l’arrière se produisent lorsque le cycliste fait une embardée dans la circulation pour éviter quelque chose sur sa droite. En occupant la voie, vous vous placez là où les autres usagers de la route regardent. Depuis mon accident, je suis beaucoup plus conscient de l’importance d’un bon positionnement sur la chaussée.

Voici quelques bonnes pages sur comment « occuper la voie » :

Je pense que le soleil bas sur l’horizon a également pu contribuer à mon accident. Je venais de la direction du soleil couchant. Le conducteur a certainement dû plisser les yeux face à l’éblouissement. Bien que je fasse tout mon possible pour me rendre visible, la visibilité est une affaire de contraste. Il est difficile de se démarquer dans un environnement où le soleil est faible et brillant. Bien que je ne puisse pas totalement éviter de rouler au lever ou au coucher du soleil, je fais tout ce que je peux pour éviter de rouler en période de faible ensoleillement. Je peux rester un peu plus tard ou partir un peu plus tôt pour éviter de telles conditions. Je crois vraiment qu’avec des lumières et des équipements réfléchissants, il peut être plus sûr de rouler dans l’obscurité qu’en période de faible ensoleillement.

Une autre leçon que j’ai retenue est de regarder au loin la route et d’anticiper davantage, et de ralentir. Mon trajet quotidien n’est pas une course. Sur les routes et les chemins, ça ne vaut pas la peine de faire des pointes de vitesse pour gagner quelques secondes. Comme tout le monde, je dois encore m’efforcer d’être patient, mais se précipiter ne permet pas souvent de gagner du temps et les trajets jusqu’aux urgences prennent vraiment du temps !

J’essaie vraiment de suivre le précepte zen du « être ici et maintenant ». Je ne roule pas avec un iPod. Je ne discute pas au téléphone pendant que je roule. J’essaie de rester concentré sur ce que je fais.

Je m’habille comme un plouc. Je porte une veste ou un gilet de couleur vive et j’ai tendance à avoir des bandes réfléchissantes grotesques aux chevilles. J’ai beaucoup de lumières sur mes vélos et je les utilise beaucoup. J’ai un grand triangle réfléchissant sur mon sac. Et je roule toujours comme si les gens ne me voyaient pas parce qu’il y aura toujours un moment où quelqu’un ne me verra pas. Mais je fais tout mon possible pour augmenter mes chances de survie.

Je l’ai déjà mentionné, mais c’est l’un des meilleurs sites que je connaisse sur la sécurité à vélo : How to Not Get Hit by Cars. Important lessons in Bicycle Safety.

Enjoy your ride and ride safely.


Crédit photo de couverture : Otoomet / CC0

Notes

  1. J’ai traduit une description de son long trajet vélotaf d’alors lors de conditions météo dantesques : « Trajet retour sous la neige à la nuit tombante en fixie à pneus cloutés ». NdT
  2. Près de 50 km/h. NdT

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