J’ai testé le longtail Decathlon

Des fois, tout s’enchaine très vite. Tu sais qu’un camarade se tâte depuis quelque temps pour acquérir un vélo-cargo, tu sais qu’il lorgne du côté du longtail de Decathlon, puis tu apprends qu’il a passé commande, et v’là-t’y pas qu’il débarque chez toi en te disant qu’il doit s’absenter deux semaines et que son nouveau jouet sera mieux entre tes mains que tout seul à se morfondre dans un sous-sol gris et froid. Forcément, tu sors immédiatement faire un tour avec la bête. Et puis les jours suivants tu commences à l’apprivoiser. Au bout de deux semaines, tu te dis que ça vaudrait le coup de dire ce que tu en penses, quelque part entre Que Gravir et 60 Millions de Vélotafeurs.

Confie bécane neuve contre bons soins

Je tiens à remercier publiquement le camarade Yann de la confiance qu’il m’a témoignée en me prêtant son Decathlon R500e flambant neuf avec le plein, c’est-à-dire une batterie chargée à 100 %.

La belle bête bleu clair avait envie de se dégourdir les pneus, je le sentais bien. J’ai donc chargé un contre-poids vivant et remuant de 26 kg à l’arrière, et c’était parti pour une petite traversée de Loire au soleil presque couchant comme en témoigne le tweet ci-dessus.

L’occasion aussi de deux vues plein cadre de l’engin qui a vraiment de l’allure :

Une limousine taille enfant.
Golden hour rive gauche.

Alors Jeanne, ce cheval ?

Au coeur de l’été, le mensuel consumériste Que Choisir – dont je reste un fidèle abonné malgré leur triple B1 – a publié un test de ce vélo allongé2 sur lequel le bureau d’études de Decathlon a planché trois ans3 et que la chaîne a commercialisé au printemps dernier4 :

Disons-le tout de suite, je ne suis pas un habitué de l’assistance électrique, mais j’ai une certaine pratique du vélo allongé. J’ai donc repensé aux sages propos de Kent Peterson dans « Je n’avais pas besoin ni voulais d’un VAE, mais je suis bien content d’en avoir un ! ». Pendant ces deux semaines j’ai été bien content de pédaler sans effort – car c’est bien de cela qu’il s’agit5.

Permettez-moi de commenter deux passages de l’essai de Que Choisir :

« L’affaire se complique quand il faut mettre pied à terre et manœuvrer la bête à bout de bras. Elle pèse un âne mort, et ne fait preuve d’aucune souplesse. Tout obstacle devient un problème. C’est d’ailleurs la raison qui fait de ce modèle une option discutable en milieu très urbanisé : il sera difficile à arrimer à un arceau dans la rue, ne s’adaptera pas aux solutions de stockage dans les gares, et prendra trop de place dans une cour ou dans un local à vélos. Ne parlons pas de lui faire franchir des marches, des bordures ou un hall d’immeuble ! Le milieu naturel de ce longtail est un foyer doté d’un espace de parking vaste et facilement accessible. »

J’ai trouvé le vélo aussi maniable en mouvement qu’à l’arrêt. Certes, l’engin est long et lourd mais son centre de gravité est bas, il est tout à fait possible de lui faire gravir ou descendre des bordures. Bizarrement la rédaction de Que Choisir est moins pointilleuse en matière de « milieu très urbanisé » et d’encombrement lorsqu’il s’agit de parler de SUV6

Concernant l’assistance électrique du moteur :

« À vide sur le plat, le 1er niveau d’assistance suffit. Le 2e s’impose avec un chargement, et le 3e permet, en plus, de gérer les côtes, sans aucune difficulté. Mieux vaut privilégier les routes bitumées : sur pavés, a fortiori sur chemins cabossés, le vélo, dénué de suspensions, est très raide. Ça secoue ! »

Je confirme que le niveau 3 permet de « gérer les côtes » : en quelques tours de pédales on se retrouve à 27 km/h dans la raide rue du commandant de Poli, même chargé. De même les redémarrages en sortie de trémie de place d’Arc se font finger in the nose. Mais ce qui est le plus remarquable, c’est que le niveau 1 permet déjà de pédaler sans effort, même bien lesté à l’arrière, avec des relances à l’arrêt très dynamiques pour peu qu’on prenne soin de choisir le bon développement comme sur un vrai vélo7.

Par ailleurs, le choix d’opter pour une fourche suspendue – à ma connaissance une option rarement vue sur les longtails – et la grosseur des pneus font que le vélo est très confortable, y compris sur les pavés de la rue des Carmes. Avec ce « ça secoue ! » on retrouve le point vue très automobilocentré du magazine. Oui, à vélo, on n’est pas comme dans un canapé motorisé.

À noter que malgré le capteur de puissance placé dans le pédalier, le dynamisme de l’assistance rend délicat le fait de maintenir une faible vitesse (en zone piétonne par exemple). C’est à mon sens un bémol sur ce type de vélo.

Place à quelques photos en situation :

Une sacoche standard comme ma fidèle Ortlieb Back-Roller Urban tient pile-poil en hauteur.
Pyrogravure sur le plateforme arrière pour rappeler qu’il ne s’agit pas de ramener tonton qui joue première ligne de rugby.

Deux enfants d’âge scolaire avec leur cartable, ça passe :

Et en tassant bien on peut même intercaler une sacoche pleine :

Si les enfants prennent leur propre vélo, par exemple, le transport des cartable est envisageable… avec des tendeurs :

Car le panier avant est quand même riquiqui8 :

Quoi de plus green que de transporter un bac à compost dans le panier ?

J’ai remarqué que le revêtement noir de la structure du panier et des barres arrières marque très facilement, ce sera très difficile de les conserver dans leur état d’origine. C’est donc en partie pour me faire pardonner ces vilaines traces que j’ai acheté à Yann une sonnette digne de ce nom pour remplacer la merdouille inaudible d’origine.

D’autres ont déjà fait pareil comme sur celui-ci avec une jolie Crane dorée :

Un best-seller en devenir

Le mécanicien cycle préféré de la cyclosphère a proposé cette vue spéciale de l’engin :

Le créateur et animateur du site Weelz! qui a également publié une review de ce vélo9 : « La ligne globale du vélo reste assez élégante et on aime bien la cosmétique gris/bleu présente depuis les premiers prototypes. »

Il facilite évidemment les défis de mobilité :

Les deux font la paire :

Bon à savoir :

Le fameux mille bornes :

Pour revenir à Orléans on aperçoit déjà pas mal de R500e.

Déjà au printemps dernier :

Lors de l’opération essai de vélo cargo du « dimanche en douceur », le Decath a été très sollicité :

🙂🙂🙂🙂🙂🙂🙂

Nul doute que l’importante augmentation récente de la subvention métropolitaine à l’achat de vélo-cargo, conjuguée à l’amélioration de l’aide de l’État10, vont pousser plus d’une personne à s’équiper. En cumulant les deux coups de pouce financiers, s’offrir ce VAE revient à… 1100 €.
C’est cadeau !

Pour aller plus loin

Si vous en voulez encore plus, je signale ce test extrêmement détaillé sur le blog de Cyclofix : « Test du vélo cargo Longtail électrique Elops R500 de Decathlon » (5 mai 2022)

Ainsi que celui-ci chez 20 Minutes, sous la plume de Mikaël Libert : « On a testé le 1er vélo cargo de Decathlon et c’est une belle réussite » (27 juin 2022)

Et enfin, que serait le Web sans une petite vidéo ?

Post-scriptum

Un conseil utile du camarade Yann :

Notes

  1. Biais Bagnolard de Boomer. 😜
  2. « Vélo cargo électrique. Prise en main du Decathlon R500e », 30 juillet 2022.
  3. « Decathlon Elops : un vélo cargo longtail électrique pour la fin 2021 », Les Numériques, 14 septembre 2021. D’ailleurs 01net explique que ce n’est que le début : « Décathlon va faire le plein de nouveaux vélos cargos électriques… et risque de faire mal à la concurrence », 21 septembre 2022.
  4. « Le vélo cargo longtail R500 E de Decathlon est de retour en stock à 2799 € », Les Numériques, 6 avril 2022.
  5. Sans vouloir relancer ou alimenter le débat pour ou contre le VAE, je tiens à souligner que l’assistance électrique change tout à l’expérience du pédalage, et pour le coup change tout à la question du développement des mobilités actives. Avec le VAE, finies les difficultés liées au relief, à la distance, à l’état de forme du moment, et même à la motivation puisqu’il suffit d’actionner les pédales pour que ça avance. Qui ne pédalerait pas dans ces conditions pour peu que les aménagements ad hoc soient présents ?
  6. Et que dire sinon des bi ou triporteurs avec leur caisse plus ou moins longue. Le longtail reste le vélo cargo le plus pratique en matière de stationnement.
  7. Comme relevé dans certains tests mentionnés ici, les shifters de changement de rapport sont curieux de prime abord mais on s’y fait rapidement.
  8. Que Choisir : « [le panier] n’est pas très pratique, car il est de faible hauteur et ouvert sur les côtés : les sauts ou fuites intempestives d’objets sont à prévoir ! »
  9. « Elops R500 longtail, le vélo cargo électrique de Decathlon est en stock », 6 avril 2022.
  10. Voir chez Isabelle « Nouvelles aides nationales pour l’achat d’un vélo », 14 août 2022. J’ai posté là-bas un commentaire proposant quelques calculs.

Vous aimerez aussi...

6 réponses

  1. Isaduvélo dit :

    Test intéressant, y compris la vidéo. J’ai tendance à penser que D4 n’est pas fait pour durer plus que l’usage qui en sera fait, s’agissant des gamins. Et que c’est souvent bien, sauf certains détails, les points faibles qui ne pardonnent pas. Je pose maintenant ma question : la ville de la vidéo semble belle et calme … Où est-ce ???

  2. Urbain Du Cycle dit :

    Bonjour,

    Merci pour ce retour « vu du cintre » d’un nouveau VÉCUS — vélo électrique cargo utilitaire et surdimensionné — dans la ville.
    Quelques réflexions cependant :
    – « La belle bête bleu clair », elle fait très gris, cependant, elle ne pourra pas être confondu avec le gris tramway… pardon, il est couleur « sable de Loire ».
    – « il est tout à fait possible de lui faire gravir ou descendre des bordures », l’idéal serait de ne pas installer des bordures sous les roues des vélos. Les sévices techniques y arrivent très bien lors des jonctions rue/rue. C’est une question de volonté politique et technique, une volonté de ne pas nuire.
    – « niveau 3 permet de « gérer les côtes » ». Dogma! : il n’y a pas de côtes dans l’agglomération.
    – « l’importante augmentation récente de la subvention métropolitaine à l’achat de vélo », pardon, j’ai coupé la citation, pour le vélo-cargo, ce qui ajouté à l’absence de subvention pour les vélos « musculaires »* de la part de l’état nucléaire et néo-colonisateur en métaux rares, fait que le marché du vélo ne peut que être tiré vers le bas, ce vélo en est une illustration. Ce tirage vers le bas est à l’image de l’absence de qualité dans l’infrastructure (la peinture, les pictos, toussa-toussa…) en générale, dans la cité johannique en particulier.

    * aide uniquement pour les personnes avec très très très peu de moyen.

    Mais bravo pour la publication d’un test réalisé par un cycliste.

    Urbain Du Cycle

  3. Salut!

    Tu ne mentionnes pas la petite manette qui permet d’avoir l’assistance sans pédalage jusqu’à 8kmh. Elle est super pratique pour monter ma sortie de garage.

    Dommage que les monkey bars ne soient pas « clipsables » pour les laisser à demeure même pour les grands enfants.

    Il y a une sorte de frein quand on veut dépasser les 25kmh. Je ne sais pas à quoi cela est dû.

    • Salut !

      Oui, le mode piéton a un intérêt dans certaines situations bien précises mais je n’en ai pas eu l’utilité. Sur le plat par exemple, même vélo chargé, ça part trop fort je trouve.

      D’ailleurs c’est plutôt 27 ;-). C’est vrai que c’est étrange cette sensation de « frein ». J’ai atteint quand même 32 km/h sur les quais (mais pas longtemps !) et 33 en descente mais en roue libre dans la trémie place d’Arc.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :