The Green Machine d’Eugene : le Bike Friday de Kent Peterson

Kent Peterson a déjà fait l’objet de traductions sur ce blog, pour évoquer des livres pour enfants ou raconter un trajet quotidien hors norme. Il a aussi été question de l’électrification de son vélo. C’est ce même petit vélo vert dont Kent évoque la naissance ici. Un engin construit from scratch, comme disent les anglophones, dans les ateliers de Bike Friday où Kent a été recruté. Billet originel publié le 5 octobre 2015 sous le titre My Bike Friday, The Green Machine From Eugene.

Je travaille chez Bike Friday depuis un peu plus de trois mois. J’adore ce boulot et Bike Friday est un endroit où il est très intéressant de travailler. C’est une usine : des tubes d’acier et diverses petites pièces sont assemblés en vélos prêts à rouler ici même à Eugene dans l’Oregon par des artisans qualifiés. Avec quelques exceptions, la plupart des employés n’arrivent pas dans l’entreprise avec toutes les compétences nécessaires, mais Alan Sholz a une manière intelligente de développer chez chacun de ses employés les compétences et les connaissances impliquées dans la ligne de production. Chacun se voit doté d’un budget matériel conséquent qui peut être utilisé pour la construction d’un vélo personnel et est encouragé à travailler autant que nécessaire sur le sujet, en sollicitant ses collègues pour développer son savoir-faire.

Le vélo en photo est le mien, davantage le mien que tous ceux que j’ai déjà possédés, mais je ne l’ai pas construit tout seul. A coup de pause déjeuner écourtée et de demi-heures supplémentaires, j’en ai appris pas mal sur la construction d’un vélo et encore plus sur les grandes compétences de mes collègues dans leurs activités respectives. J’ai également appris que ma première impression d’eux – des gens intelligents et généreux – était justifiée.

Bien que choqué par mon choix de bâtir un vélo non sophistiqué (« Tu sais que l’argent n’est pas un problème ! ») Jordan s’est assuré que je rencontre les bonnes personnes à chaque étape du process. Hugh m’a accompagné dans l’étape de commande des pièces nécessaires. Kelly m’a guidé dans l’étape de façonnage et découpe des tubes et m’a appris à braser. Ce n’est toujours pas mon point fort mais au final certains de mes joints ont plutôt bonne allure. Concernant les autres, plus disgracieux, Kelly disait en forme d’encouragement « bon, au moins ça ne risque pas de se casser ! ».

Kelly et Alan ont tout deux vivement approuvé ma décision de commencer avec le modèle de Bike Friday le moins coûteux, le Pocket Companion. Les principaux joints structurels du cadre sont soudés et les plus petites pièces sont soudées par point puis brasées. Si c’est bien moi qui ai réalisé la plupart des brasures, je ne sais plus si c’est Mike ou Ryan qui a réalisé les soudures. Toujours est-il qu’ils ont fait en sorte que mon cadre soit pourvu de joints beaux, nets et solides.

Une fois soudage et brasage effectués, Leo m’a aidé pour le sablage et la peinture par thermolaquage.

Mon tout premier Bike Friday était Green Gear Green1 et c’est la couleur que je voulais pour mon Companion. Michael dit « tous les vélos sont verts quelle que soit leur couleur » mais mon nouveau vélo est vert dans tous les sens du terme.

Dans les trois derniers mois Michael m’a appris énormément de chose en matière d’alignement et dans mon travail je procède souvent à des ajustements sur les vélos que nous réparons ou rénovons. Les cadres sortent des gabarits dans la bonne forme mais la chaleur des opérations de brasage ou de thermolaquage peut les gauchir légèrement. Ce qui est merveilleux avec l’acier c’est qu’on peut le travailler à froid, si bien que l’ajustage final est réalisé sur la table d’alignement avec d’effrayants gros leviers.

J’ai déjà monté des roues mais Damon m’a montré comment utiliser notre machine à rayonner et le robot tendeur. Ces deux machines sont incroyables avec leurs lasers et contrôleurs photoélectriques qui scrutent les jantes et les trous des rayons. Des bras automatisés attrapent les rayons, ajustent leur tension et mesurent divers paramètres. Malgré toute cette technologie, la roue est finalisée à la main par un humain entraîné. En l’occurrence, je m’y suis collé.

Vendredi dernier toutes les pièces étaient prêtes à être assemblées et samedi après-midi j’ai passé quelques heures à finir de monter mon vélo. Je ne suis pas le mieux placé pour le dire mais je pense qu’il est magnifique.

Bien sûr il est pliable. Je voulais un vélo qui s’emporte ou se stocke facilement bien que je n’ai pas besoin de le plier tous les jours. Si j’avais voulu un super vélo pliant, j’aurais construit un Tikit. Avec mon Companion, je dessers deux vis Allen et une attache rapide (je pourrais très bien remplacer ces vis par des attaches rapides), replie les pédales et le vélo ainsi replié sur lui-même parvient à rentrer dans ce sac.

Si je retire la roue avant et le porte-bagage arrière, le vélo peut tenir dans une valise Samsonite. J’ai eu à la fois la valise et le sac et je préfère le sac. Pour protéger le vélo je tapisse l’intérieur du sac de carton et de vêtements.

J’allais au boulot avec un Bike Friday Haul-a-Day de prêt dans la perspective du Eugene Disaster Relief Trials. C’est donc tout naturellement que j’ai ramené chez moi mon nouveau Bike Friday depuis Bike Friday avec un Bike Friday.

Ce Haul-a-Day est un vélo très pratique.

Mon Bike Friday est décoré d’un fort sympathique badge.

Voilà l’un des aspects les plus intéressants du Companion et du Haul-a-Day. Le cadre est ajustable en longueur. Bien pratique si vous achetez un vélo pour un enfant qui grandit, ou si vous souhaitez partager un vélo entre deux personnes de taille différentes ou encore pouvoir le prêter à tout un tas de personnes aux mensurations diverses.

Ils sont bien fabriqués à Eugene dans l’Oregon.

Mon vélo est un Pocket Companion modifié. Sur un Companion standard la fourche, le tube de selle, le prolongateur de potence et le carter de chaine sont noirs. J’ai fait jouer mes relations pour obtenir ces différents composants en vert.

J’ai trouvé cette chouette petite tortue en laiton dans un magasin du centre ville d’Eugene et l’ai placée sur la tête de la potence2. C’est plus mon genre qu’un Garmin ou un moniteur de fréquence cardiaque.

Je finirai par mettre des garde-boue3. Pour le moment une sacoche à outils et le porte-bagage me protègent le derrière.

J’ai changé la transmission par défaut. J’ai monté un plateau de 53 dents associé à un moyeu à 8 vitesses 11-32. Je préfère ne pas avoir de dérailleur avant mais si d’aventure je venais à changer d’avis, mon Companion peut en être équipé.

J’adore les poignées Ergon. Celles-ci sont une version légèrement raccourcie des Ergon GP4. J’aime leur forme et je les raccourcis un peu à la base pour atteindre plus facilement la commande tournante Microshift qu’on voit à droite. A gauche est placée la Mirrycle Grip Bell. Le petit phare est un génial Cygolite Dash 320.

Un gros plan sur l’astucieux carter de chaine.

Les pédales non plus ne sont pas de série. Il s’agit d’une paire de MKS FD-7. Je les apprécie beaucoup.

J’adore rouler avec mon Bike Friday. J’ai dû bien bosser sur l’alignement du cadre car je peux pédaler sans les mains.

Bon d’accord le brasage n’est pas net partout et le thermolaquage manque de netteté là où j’aurai dû mieux sabler l’acier mais ce petit vélo vert pas parfait est parfait pour moi. C’est le Green Machine d’Eugene, construit par mes soins avec l’aide de mes amis.

Bonus

Dans cette vidéo de 2016, Hannah Sholz, présidente de Bike Friday, vous convie à une visite des locaux de l’entreprise :

A défaut de faire le voyage jusqu’en Oregon pour ramener un Bike Friday dans votre valise, sachez qu’une boutique de Tours distribue la marque en France (c’est même peut-être la seule) : Détours de Loire (qui a également un magasin à Blois et une agence à Orléans).

Notes

  1. Kent Peterson doit faire allusion au vélo sur lequel il a fait la course Paris-Brest-Paris en 1999. Visible en photo ici. NdT
  2. Il s’agit d’une sorte de totem qui apparaît notamment dans le titre que Kent Peterson a donné à son récit de son Tour Divide 2005 en singlespeed : The Way of the Mountain Turtle. NdT
  3. Ce fut fait quelques jours après. Des garde-boue faits mains en Coroplast comme Kent l’explique dans ce billet. Si vous voudriez faire la même chose il propose un guide de fabrication. NdT

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3 réponses

  1. REGUIGNE REGIS dit :

    CCC?

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