Rues scolaires : la ville d’Orléans entre en petite section

Cette section fait environ 130 m. Il s’agit de la rue de la gendarmerie qui passe devant l’entrée principale de l’école maternelle Marie-Stuart dans le quartier Argonne – Saint Vincent à Orléans. C’est depuis le 11 octobre le lieu de l’expérimentation d’un nouvelle rue scolaire dont la presse locale s’est faite largement l’écho. Même la chaîne France 3 Centre-Val de Loire a réalisé un sujet car il est télégénique : une rue dans laquelle chacun déambule tranquillement rend bien à l’image. Il ressort des différents reportages que tout le monde est content. C’est à se demander pourquoi la mesure n’a pas été prise plus tôt et pourquoi une seule école a les honneurs du dispositif. « C’est un travail d’orfèvre » répond invariablement l’adjointe à l’éducation Chrystel de Filippi. C’est surtout une grande frilosité politique qui explique pourquoi Orléans rejoint le mouvement des villes en transition à très petit pas comme je l’ai déjà évoqué par deux fois ici : dans Rues scolaires : les écoliers orléanais et leurs accompagnateurs attendront ! en mars 2021 puis dans Rues scolaires : les élus orléanais renâclent, des parents s’impatientent à la mi-juin. Considérons le présent billet comme l’épilogue provisoire d’une trilogie qui se termine bien1.

C’était mal engagé, comme à peu près tout ce qui concerne les mobilités actives à Orléans.
Et pourtant…

Sa majesté Marie Stuart

La rue de la gendarmerie surlignée en orange dans cette vue aérienne 3D de Google Maps (le nord est à gauche).

Si c’est le 8 mai 1429 que Jeanne d’Arc a libéré Orléans du siège entrepris par de perfides Anglois, l’histoire retiendra que c’est le 11 octobre 2021 que les autorités orléanaises ont libéré la rue de la gendarmerie de l’oppression automobile aux heures de rentrée et sortie des classes2. Ce fut une longue bataille pour en arriver là – et Jeanne s’appelait Annick ! Nulles voix ne l’ont poussée à se mettre en chemin et c’est sous l’étendard de l’intelligence et de la ténacité qu’elle a conduit cette campagne de longue haleine.

Mathieu Chassignet, expert pour les questions de mobilité à l’ADEME, a publié sur son blog sous le titre Quand un collectif de parents d’élèves pousse la ville d’Orléans à expérimenter une rue scolaire un texte que je lui ai fourni pour expliquer en quoi a consisté la mobilisation parentalo-orléanaise depuis le début de l’année 2021. C’est là qu’il faut aller pour connaître toute l’histoire. Je me contente ici d’ajouter quelques éléments car j’étais là le jour de l’inauguration.

Du côté de la direction de l’école Olympia-Cormier adjacente (accès via la rue du Château Gaillard), voici le mot communiqué aux parents, sans circonvolutions inutiles, la semaine précédant le début de l’expérimentation :

C’est clair, c’est simple, c’est net.
Une affiche d’information sur la grille de l’école.

Petit diaporama au matin du lundi 11 octobre 2021 :

Barrière et bâche ont été fournies par la mairie.
La barrière est mise en place.
L’inauguration se fait en pédalant et en marchant. Normal.

Bien sûr le stationnement à l’arrache sur le trottoir et sur le cheminement cyclable du boulevard adjacent (voir Slalom géant boulevard Marie Stuart) s’en trouve sans doute un peu accru :

Plus anecdotique, deux des frites décoratives qui avaient connu les boulevards avant la création des voies bus + vélo (voir La vélorution a la frite !) ont déjà disparu. Sans doute une envie pressante de flottaison… 🙄

Ce n’est pas ça qui gâchera la fête qu’est cette rue scolaire pour celles et ceux qui l’empruntent en toute décontraction matin et soir.

La barrière mise de côté jusqu’à la prochaine utilisation.

Bientôt une barrière définitive ? D’après mes informations c’est en très bonne voie.

Droit de suite

La rédaction de La République du Centre et celle de France Bleu Orléans sont allées interroger l’inamovible grand argentier de la métropole3 pour s’enquérir du bonneteau fiscal que j’évoquais dans le billet cité dans le tweet suivant :

En effet, je n’ai pas pris en considération la baisse de la taxe d’assainissement car… elle est liée à une consommation, celle de l’eau, à l’inverse d’un impôt foncier dont le montant est dû tel quel, qu’on habite seul ou en tribu. Au final, l’exemple de calcul fourni par Michel Martin à la presse donne du crédit à l’idée que les propriétaires occupants peuvent être « gagnants ». Dont acte. Il est cependant quasi impossible de s’en rendre compte car la facturation de la consommation de l’eau est fonction du moment où a été souscrit l’abonnement – elle ne recouvre donc que rarement l’année civile – et personne ne va aller comparer la ligne concernant la redevance d’assainissement avec celle de la facture précédente…

Et puis il ne faudrait pas oublier qu’Orléans avait été épinglée par l’UFC Que Choisir dans son magazine pour le caractère exorbitant de sa redevance d’assainissement, ce qu’avait relevé La Rép’ en 20134 :

« Le cas orléanais est d’autant plus saisissant que la part d’assainissement – qui entre dans la composition de la facture d’eau – est la plus chère de toutes les villes comparées : 2,05 € par mètre cube. »

Huit ans plus tard ce montant n’est plus que 1,44 €. Comme quoi, il y avait beaucoup de marge !

Pendant ce temps-là au Mexique à la métropole…

Si vous suivez l’actualité locale vous n’ignorez pas que c’est la crise à la tête d’Orléans Métropole – une véritable mutinerie5. Ce qui est somme toute logique au sein d’une armée mexicaine !

Pendant que ça se chicane et que ça négocie en coulisse, les travaux de voirie se poursuivent et se ressemblent. Comme rue des Coucous à Ingré, ville dont le maire est, faut-il encore le rappeler, vice-président métropolitain délégué à la politique cyclable :

Un véritable catalogue des horreurs.

Un contre-exemple parfait de ce qu’il ne faut surtout pas faire si on prend au sérieux le vélo au quotidien.

Cela dit, même quand il ne s’agit pas de travaux, la métropole est mise en déroute.
J’en veux pour preuve l’arbitrage rendu dans l’affaire Lamartine (lire La rue Lamartine à Fleury-les-Aubrais est un crash test métropolitain). Interpelé en conseil métropolitain par Ludovic Bourreau sur la politique cyclable, et le cas de la rue Lamartine6, Christian Dumas n’a pas répondu directement et a préféré répondre sur « sa » RD2157, ce qui a donné un curieux téléscopage comme l’a relevé cet observateur :

On aura certainement l’occasion de reparler de ce beau crash.

En attendant des jours meilleurs, les personnes qui aimeraient pédaler de manière confortable et en sécurite rongent leurs (patins de) freins.

En résumé.

Bonus musical

Pour illustrer qu’on peut jouer autre chose que du pipeau ou de la grosse caisse, écoutons les talentueux Freelance Whales – originaires du Queens à New York – dans leur tout premier album Wheathervanes (2009)7. Ils ont su donner toute la place qu’ils méritent au glockenspiel et à l’harmonium :

Notes

  1. Ce qui n’a pas été le cas de la vie de la – brièvement – reine de France Marie Stuart (mal) décapitée en 1587.
  2. Ce qui rappelle une autre libération, sans doute plus spectaculaire, celle de ce bon vieux pont royal en mai 2020.
  3. Florent Buisson, « Pourquoi les impôts locaux augmentent dans la métropole d’Orléans », 2 octobre 2021 et François Guéroult, « La taxe foncière en forte hausse cette année dans la métropole d’Orléans », 13 octobre 2021.
  4. Cindy Roudier, « Orléans parmi les villes où la facture d’eau est la plus salée », La République du Centre, 26 novembre 2013.
  5. Nicolas Da Cunha, « Crise politique à Orléans Métropole : la démission du président Christophe Chaillou se précise », La République du Centre, 22 octobre 2021.
  6. Il a publié sur sa page FB le texte de son intervention. En voici le début :
    « A ce jour malheureusement, les axes structurants qui devaient permettre de relier rapidement et de manière sécurisée les zones d’intérêts sont détricotés au profit du stationnement résidentiel en zone pavillonnaire.
    En effet :
    – Le 16 juillet 2020, avait été mise en place une piste cyclable rue Lamartine, à Fleury-les-Aubrais, axe particulièrement structurant entre la Gare de Fleury-les-Aubrais et le centre-ville d’Orléans (et possiblement Interrives). Il est aujourd’hui question de transformer cette piste cyclable en zone de rencontre, dans le but de conserver du stationnement qui était jusqu’à présent illégal. Pourtant, cette piste concerne directement l’ensemble de la Métropole, de par sa localisation et son parcours stratégique.
    – La RD2157 est également un axe structurant du Plan vélo permettant de rejoindre Orléans au Pôle 45. Certaines portions, où la largeur aurait permis d’avoir un cheminement piéton séparé des vélos, sont en espace partagé. Cet aménagement est contraire aux dispositions du code de la route. Cela, encore une fois, afin de conserver du stationnement résidentiel dans des zones pavillonnaires alors qu’une très large majorité de riverains dispose d’une solution de stationnement privatif. »
  7. Wheathervane signifie « girouette » en français, soit dit en passant. 🙂

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4 réponses

  1. janpeire dit :

    Très bon billet.
    Un bémol sur ce passage « Bien sûr le stationnement à l’arrache sur le trottoir et sur le cheminement cyclable du boulevard »
    C’est un simple trottoir, il n’y a que le personnel politique et technique de l’agglomération et quelques twittos qui « croivent » que c’est un équipement cyclable.

    Ce n’est pas une raison pour stationner dessus, bien évidement.
    JPB

    • J’ai pensé à toi en écrivant ce passage (j’anticipais ta réaction !).
      Au début j’avais envisagé de mettre « piste » entre guillemets et puis j’ai opté pour « cheminement » qui veut dire tout et rien à la fois, même si c’est bien là qu’on nous imagine pédaler.
      Tu penses bien que j’ai le même avis que toi sur la chose, d’où le lien que je fournis vers le billet où j’illustrais en vidéo l’ampleur du désastre.

  1. 26 octobre 2021

    […] histoire de la première rue scolaire de l’agglomération d’Orléans est contée ici (>fr-Jeanne à […]

  2. 8 novembre 2021

    […] Non, les propriétaires occupants ne constateront aucun « gain »3 car les taux étant appliqués à la même base – l’obscure valeur locative cadastrale du bien – l’arithmétique est implacable : une hausse de 443 points de base d’un côté (1,28 -> 5,71) et une baisse de 293 points de base de l’autre (8,73 -> 5,80) ne peuvent pas aboutir à un chiffre négatif4. […]

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