Municipales 2020 à Orléans : Olivier Carré et son projet de passerelle contre-nature

Voici ce que disait le maire-candidat Olivier Carré fin janvier à un journaliste de La République du Centre qui lui faisait remarquer que l’équipe élue en 2014 avait promis « de s’occuper de la circulation du pont George-V dangereuse pour les vélos »1 :

« Il y avait la possibilité de ne faire qu’une voie automobile, mais ça poserait de gros problèmes de circulation et ça n’aurait pas été bien vécu par les commerçants du nord du centre-ville. Du reste, l’arrivée des vélos à cet endroit est dangereuse. On propose donc une passerelle piétonne et cycliste, partant d’un secteur à proximité du jardin des plantes et arrivant vers la rue Notre-Dame-de-Recouvrance, qui sera réservée aux riverains. »

C’est bien pour ménager la susceptibilité des commerçants que le collectif Vélorution Orléans avait proposé dans le cadre du budget participatif de réserver aux vélos la voie nord-sud et donc préserver l’accès automobile aux parkings des halles et de la charpenterie. Hélas, les citoyens n’avaient pas pu voter pour ce projet en raison d’un arbitrage hautement politique (voir Budget participatif 2019 : autant en emporte la Loire !). C’est donc cette bonne vieille idée d’un nouveau pont sur la Loire – car c’est bien de cela dont il s’agit au vu de la largeur du fleuve à franchir – qu’Olivier Carré a mis en avant dans son programme pour les municipales 2020. Il s’agit même du deuxième de ses « 12 engagements » :

Quand un « réseau » se limite à une « passerelle »…

Déjà que construire une passerelle est très discutable en soi – une « fausse bonne idée » dit le collectif Vélorution – mais choisir cet emplacement – « vers [sic !] la rue Notre-Dame-de-Recouvrance » pour s’en tenir à la rive droite – est carrément grotesque. Il suffit de se rendre sur place et de pédaler pour le constater.

Sujet tabou

Cette passerelle n’est pas le fruit de la prise en compte des besoins des usagers cyclistes et piétons, elle a été programmée et conçue sans concertation véritable, ni réunion publique pourtant prévue. Une ancienne pratique de projets bouclés d’avance, réalisés loin du terrain et des besoins réels, non amendables, que les usagers doivent juste accepter. Parce que l’on s’occupe bien d’eux!

Ce texte ne concerne pas Orléans mais Calais2. Il est pourtant parfaitement adapté à la situation.

Il faut revenir un peu en arrière. Depuis qu’il est maire, Olivier Carré a cherché à gagner du temps sur cette problématique bien connue du franchissement de la Loire à vélo par le pont George V. D’abord en ne s’y intéressant pas à sa prise de fonction en 2015, puis en choisissant deux ans plus tard de financer une énième étude sur le passage en voie unique du tram sur le pont (voir Vu du tramway, 23 janvier 2018)3.

Lors des ateliers de co-construction du plan vélo métropolitain (voir Dessine-moi un atelier vélo participatif, 29 mars 2019), la question de la passerelle était un sujet tabou. Une fois ce nouveau plan vélo adopté, Olivier Carré s’est longuement expliqué sur ce choix lors de la réunion publique qui a suivi.
Dans la carte du « Schéma directeur des itinéraires cyclables utilitaires » tel qu’adopté en conseil métropolitain, la future passerelle forme un trait discontinu entre le pont Joffre et le pont George V :

Extrait d’une carte figurant dans le plan vélo métropolitain.

Entre sitcom et téléréalité

L’histoire de la passerelle sur la Loire est déjà fort ancienne comme je le relatais dans un de mes premiers billets. Dans le cadre de la campagne pour les élections municipales 2020, la liste conduite par Olivier Carré a produit l’épisode pilote d’un possible reboot de cette série :

JP a dit tout ce qu’il y avait à en dire – avec sa truculence coutumière – dans son Grincement de pignons n° 7 en qualifiant cette vidéo de « saynète dans laquelle 2 personnes racontent n’importe quoi ». Si ce n’est pas déjà fait, allez le lire, il résume bien ce qu’il y a lieu de penser de ce projet de passerelle. Je propose en complément de vous donner à voir ce que ça donnerait.

Sur place

La rue Notre-Dame-de-Recouvrance part au nord de la place de Gaulle, une place piétonne qui accueille l’interconnexion entre les deux lignes de tram, et rejoint au sud les quais de Loire. Elle est en sens unique pour les voitures et à double-sens pour les vélos. Elle a été requalifiée en 20164.

Aperçu de l’église Notre-de-Dame-de-Recouvrance au début de la rue du même nom côté Loire.
Ces bancs font partie du réaménagement des quais Cypierre et Barentin réalisé en 20185.
Idéal pour assister assis à l’avancée du futur chantier.
Un double-sens cyclable engageant ? Non.

Le hasard a fait que c’est sous un charmant soleil de printemps que Jeanne a entrepris de remonter la rue Notre-Dame-de-Recouvrance, en évitant les coups d’encensoir et les automobilistes – pour les bordures, il faudrait un miracle :

Comment peut-on imaginer une seule seconde que cette rue devienne l’axe d’entrée dans la ville à vélo ?
Entre la chaussée trop étroite, les intersections piégeuses et le cul-de-sac que représente la place de Gaulle, il ne peut s’agir tout au plus que d’un itinéraire bis de desserte locale. Rien à voir avec la pénétrante que représente la rue Royale dans l’axe du pont George V.
Rien que le fait que la petite place devant Canopé ait été refaite avec des bordures prouve que l’endroit n’a jamais eu d’avenir cyclable.

Dans l’autre sens, au départ de la place de Gaulle, vous l’apercevez l’axe magistral vélo vers la Loire ?

Tout le mois de décembre, cet endroit est régulièrement occupé par un marché.

Bonus : urbanisme des courtes distances

Dans son programme, Olivier Carré reprend à son compte une proposition de Carlos Moreno (ce que fait également Anne Hidalgo à Paris) : la ville du quart d’heure6.
Un twittos facétieux qui se cache derrière un compte parodique en a un fait un tweet amusant :

Et une passerelle esseulée pour la ballade du dimanche.


Crédit photo de couverture : Pseudopanax at English Wikipedia / Public domain

Notes

  1. « Après cinq ans à la tête de la ville d’Orléans, quel bilan pour le maire Olivier Carré ? », La République du Centre, 28 janvier 2020.
  2. Lisez ce roboratif billet du 3 juin 2019 intitulé « Politique vélo à Calais: cyclistes et piétons auront la cerise, mais où est le gâteau? » sur velobuscotedopale.
  3. L’agglomération avait déjà commandé une étude complète sur le pont George V en 2016 !
  4. « Requalification de la rue Notre-Dame-de-Recouvrance », La République du Centre, 24 février 2016.
  5. « Les quais Cypierre et Barentin ont été inaugurés samedi », La République du Centre, 17 septembre 2018.
  6. « Municipales à Paris : «Il faut déconstruire la ville segmentée» », Libération, 20 janvier 2020.

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4 réponses

  1. Yann d'Orléans dit :

    On est pour les budgets participatifs tant que cela sert nos intérêts…

  2. V-LO dit :

    Jeanne, vous résumez bien tout ce que je pense de cet ersatz de projet :

    – un projet né hors de tous les principes de la si-électoralement-séduisante consultation citoyenne, alors même que l’on voit TOUS les candidats à l’élection municipale vanter leur engagement en faveur des propositions du collectif Vélorution et la nécessaire coconstruction, la consultation, la prise en compte de blablabla blablabla blablabla.

    Aucun cycliste un tant soit peu régulier n’a jamais validé ce projet. Ce que beaucoup d’entre nous attendons, c’est de pouvoir circuler en sécurité sur le pont, pas d’être relégués à nouveau dans des itinéraires bis qui n’ont, en plus, rien de sécuritaires (cf. la largeur des voies, les croisements avec les autos, les bordures, la place de Gaulle… la place de Gaulle quoi !, etc.).

    – Rouler place de Gaulle est un non-sens, avec les piétons, les poussettes, l’absence de voie cyclable, le passage du tram et son flot de piétons qui descendent toutes les 7 minutes. Ceux qui ont décidé ça sur un coin de table ne pédalent pas (et ne marchent pas plus), et sûrement pas place de Gaulle.

    – Les cyclistes à Orléans oui, mais les voitures d’abord. Pourquoi les cyclistes auraient-ils droit à cet itinéraire de délestage quand les bagnoles continueraient d’entrer en cœur de ville par la bien-nommée voie Royale ? A croire que seuls les automobilistes consomment dans les boutiques.
    Moi, cycliste, je consomme à portée de pédale et très largement local. Pas sûr que les autosolistes en fassent de même.
    Cette proposition participe ni plus ni moins de l’invisibilisation déjà réelle des cyclistes.

    C’est vrai qu’à Orléans, on n’oppose pas les modes, mais un peu quand même,

  3. Geneviève dit :

    Une autoroutavelo c’est un REVe, et c’est pas pour la baguenaude. On peut y aller, le candidat a pas le droit de répondre aujourd’hui !

  4. Florian dit :

    Ce type d’aménagement, au delà de l’emplacement fort judicieusement disposé à la one again comme présenté ci-dessus, témoigne de la méconnaissance du sujet par ses supporteurs. Cela revient une fois de plus à mettre les vélos sur les trottoirs. Je ne roule pas à vélo pour devoir rouler aussi vite qu’un piéton marche ! Sans compter le risque de collision et l’intranquillité des piétons sur ces aménagements (j’en témoigne les quelques fréquentations de la passerelle d’Olivet à vélo qui n’est praticable que s’il y a peu de piétons, ce qui est le comble!!). Et c’est un détour de plus à faire pour les cyclistes et les piétons. La prochaine étape c’est la suppression du trottoir du pont Georges V pour mettre une 3eme voie de voitures ???

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