Un nouveau tunnel cyclable perfectible termine la véloroute express F50

Pendant que Mark Wagenbuur se remet doucement de son opération du cœur j’ai connu un coup de pompe en matière de traduction de ses billets. J’ai laissé passer « My last recreational ride«  le 18 mai, « Cycle way upgrade in the forest » le 1er juin, « My first ride in ʼs-Hertogenbosch » le 15 juin et « Extra Post: Relaxed cycling on a Saturday afternoon » le 29 juin.
Mais me voilà de nouveau regonflé à bloc pour un billet qui montre que, non, tout n’est pas parfait aux Pays-Bas en matière de vélo, et que les collectivités ne sont pas toutes au même niveau. Reste que l’ambition d’offrir des conditions de circulation optimales fait consensus.
Voici la traduction de « A new bicycle tunnel finishes the F50 fast cycle route from Oss to Uden » publié le 6 juillet 2022 sur Bicycle Dutch.

Un nouveau tunnel pour vélos a été inauguré dans le village de Nistelrode, début mars 2022. Il s’agissait de la dernière partie de la véloroute express F50 reliant Oss à Uden qui restait à terminer. Si vous aimez le football, le nom du village peut vous sembler étrangement familier. L’ancien international et désormais entraîneur Ruud van Nistelrooy (qui a joué pour Manchester United, le Real Madrid, le Hamburger SV et Malaga) porte le nom de ce village. Comme le suggère le nom, ses ancêtres venaient probablement « de Nistelrooy ». Sa version du nom montre comment les habitants prononcent la dernière syllabe. Je suis plutôt critique à l’égard du tunnel. Il peut sembler beau et pratique à première vue, mais vous savez que nous avons des normes très élevées aux Pays-Bas, or ce tunnel ne répond pas à toutes les dernières recommandations en la matière. Ces recommandations ont une bonne raison d’exister : un accident a déjà été signalé depuis son ouverture.

Le nouveau tunnel cycliste de la F50 à Nistelrode dont l’incurvation est problématique.

Alors, quelles sont les exigences qui ne sont pas respectées ? La version anglaise du manuel du CROW conseille de construire les tunnels pour vélos avec une « vue non entravée à travers [le] passage souterrain » et ils doivent avoir un « parcours rectiligne : la sortie doit être visible en entrant dans le passage souterrain ». Ce n’est pas le cas ici. Le tunnel comporte une courbe comme la route principale qu’il longe, mais aussi parce que le carrefour au-dessus du passage souterrain est un rond-point. La deuxième lacune peut être temporaire. Le seul appareil d’éclairage du passage souterrain n’avait pas l’air de fournir un éclairage suffisant ni d’être très robuste, alors que le manuel indique que « l’éclairage d’un passage souterrain doit être résistant au vandalisme (encastré) ». La route n’a pas été surélevée, cela implique un tunnel plus profond. Un autre point de critique mineur concerne les murs. Bien que ce ne soit pas une obligation, il est vraiment frappant que le tunnel ait des murs nus. Je vous ai montré que la plupart des tunnels aux Pays-Bas ont de magnifiques œuvres d’art sur les murs (comme ceux de Zeist, Zaltbommel et Eindhoven). Les murs nus sont comme une incitation aux graffitis et c’est exactement ce qui s’est passé dans ce tunnel, avant même son ouverture officielle. Mais ce que je n’avais jamais vu auparavant, c’est un graffiti visant spécifiquement l’ouvrage. Quelqu’un a peint un juron néerlandais (comparable au mot F en anglais) devant l’équivalent néerlandais de « tunnel cycliste » sur la paroi du tunnel. Je n’ai aucune idée de la raison pour laquelle quelqu’un détesterait ce tunnel au point de vouloir le faire savoir à tous ceux qui l’utilisent, mais cela pourrait bien avoir un rapport avec cet accident.

Ce serait l’équivalent de « Putain de tunnel cyclable ! » et c’était une première pour moi. Je n’avais jamais vu de grafitti contre les aménagements cyclables aux Pays-Bas.

Deux cyclomoteurs sont entrés en collision frontale dans le tunnel deux mois seulement après son ouverture, probablement parce qu’on ne peut pas voir l’autre extrémité du tunnel à cause de cette courbe. « Cela a dû être une sacrée collision », écrit le journal local, car l’un des véhicules a été détruit. Un hélicoptère a été appelé, mais il n’a finalement pas eu à arriver. Les ambulances ont emmené les deux conducteurs à l’hôpital avec des blessures inconnues, un passager sur l’un des cyclomoteurs est resté indemne.

Dans la situation précédente, les gens étaient dirigés vers la droite, directement vers le centre de Nistelrode, tandis que la circulation automobile était envoyée vers la gauche sur la route qui contourne le village par le nord.
Après l’ouverture du tunnel, la piste cyclable principale tourne également à gauche, afin de contourner le centre de Nistelrode par le nord.

Le tunnel aurait dû être suffisamment sûr pour les cyclomoteurs (qui utilisent légalement la piste cyclable) ainsi que pour les speedbikes et les cyclistes ordinaires. Ce premier accident dans le tunnel est peut-être lié au fait que les gens n’étaient pas encore habitués à sa configuration. En 2018, lorsque les plans du tunnel ont été rendus publics pour la première fois, l’échevin plaisantait sur cette méconnaissance dans la presse locale :

« Cela a effectivement dérouté certaines personnes. Nous ne sommes pas habitués aux tunnels à Bernheze » (le nom de la municipalité).

L’aspect financier de l’opération a clairement montré que le conseil municipal n’était pas non plus habitué à aménager un tunnel. Pour passer de l’esquisse initiale aux plans finaux, le coût prévu a augmenté de 2,3 millions d’euros. L’estimation pour la piste cyclable et le tunnel ensemble était de 1,3 million d’euros, mais fin 2018, l’un des plus petits partis politiques locaux a relevé que le coût de la piste seule serait de 2,1 millions d’euros et celui du tunnel de 1,5 million d’euros. Le surcoût est principalement dû au fait que le tunnel a dû être construit à un endroit différent, ce qui l’a rendu plus long.

Dans la situation précédente, il n’y avait pas de piste cyclable à côté de la route qui contourne le village de Nistelrode au nord. (Google Streetview)
Maintenant, il y a une belle piste cyclable rouge, large et lisse, à côté de la route.

Mais les problèmes ne se sont pas arrêtés là. En septembre 2021, alors que les travaux avaient commencé un mois plus tôt et que la route au-dessus du tunnel était déjà fermée, un comité consultatif chargé de vérifier les permis de construire a constaté de graves erreurs de construction dans les plans et le permis. Les murs et le plafond du tunnel n’auraient pas été en mesure de supporter le trafic. Par conséquent, l’Omgevingsdienst Nederland a rejeté le permis. Une gaffe de la part du conseil municipal de Bernheze, dit-on. De nouveaux calculs et un nouveau permis délivré par la municipalité ont pris deux mois, pendant lesquels les travaux de construction ont été suspendus, tandis que la route principale du village était fermée.

Le réseau viaire au nord de Nistelrode dans la situation précédente. Les gens qui voulaient faire du vélo d’ouest en est devaient le faire sur « Het Runneke », un peu au sud de la route principale, qui n’est qu’un chemin de terre. (photo Google maps)
Le plan de la véloroute F50 juste au nord de Nistelrode. Le tunnel se trouve sur le côté gauche, juste au sud du rond-point réservé à la circulation automobile. Il aurait été plus difficile de concevoir le tunnel sans courbe, mais il fallait essayer. Il y a maintenant une large piste cyclable à côté de la route qui rejoint la route sur la droite qui mène la F50 au sud de Nistelrode.

En novembre 2021, un nouveau permis a été délivré et la construction a pu se poursuivre. Les murs du tunnel étaient en partie préfabriqués, mais les planchers en béton ont été coulés sur place. La route d’accès au village et le rond-point ont été rouverts en février 2022. Le tunnel cycliste a ensuite été ouvert début mars, apparemment en catimini. Je n’ai même pas pu trouver de date exacte. Le tunnel est devenu encore plus cher, le retard étant l’une des raisons du surcoût. Apparemment, le tunnel a coûté environ 2 millions d’euros au final.

L’entrée du tunnel depuis l’est. Vous pédalez dans un trou sombre – même en plein jour – et ce n’est pas bon.
Le tunnel est proche d’une zone où les gens vont faire du vélo pour se détendre. C’est donc une bonne chose qu’une table de pique-nique et un panneau d’information aient été remis en place après l’achèvement des travaux.

Le tunnel semble être bien utilisé, et il n’est pas, bien sûr, complètement raté. Certaines des principales caractéristiques du tunnel sont conformes aux dernières recommandations en la matière. Les murs sont (légèrement) évasés, les pentes restent inférieures à 5 % et il n’y a pas de niches ni de grandes plantes aux entrées. Leur feuillage pourrait obstruer les lignes de vue et offrir une cachette aux agresseurs. Il y a également suffisamment d’espace entre le bord extérieur de la piste cyclable et les murs, soit au moins 50 cm.

Ce nouveau tunnel fait de la F50 un véritable itinéraire rapide grâce à une traversée d’axe principal en moins, ce qui permet de pédaler sans s’arrêter plus longtemps.

La vidéo de la semaine : un reportage sur le nouveau tunnel cyclable de Nistelrode.

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2 réponses

  1. janpeire dit :

    Enfin le retour 🙂
    Sérieusement, un tel équipement est à mettre en parallèle au non-aménagement de la RD2157 à Ingré, voir pour rester dans la cité du faux vice président à la politique cyclable, les 2 tunnels qui passent sous l’autoroute (rue de la folie et rue de Champoigny).
    Je pense d’ailleurs que le graffito veut dire « viens voir Dumas si tu l’oses ! ».

    JPBertrand

  1. 24 juillet 2022

    […] dernier billet, traduit ici par Jeanne à vélo (>fr), fait mal, très mal, très-très-très […]

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