Weelight, un harnais connecté qui en fait voir de toutes les couleurs

C’est bientôt le passage à l’heure d’hiver – peut-être le dernier – mais beaucoup de vélotafeurs partent déjà depuis plusieurs semaines avant le lever du jour. Les plus consciencieux veillent à rouler éclairés pour voir mais surtout pour être vus. C’est d’ailleurs l’époque de la campagne de la FUB « Cylistes, brillez ! » et donc le moment opportun qu’ont choisi les deux créateurs orléanais de la société Hi!Mobee pour lancer une campagne de financement participatif de leur harnais connecté, le Weelight. On connaissait déjà la bande lumineuse qu’on accroche à la cheville ou au bras, ou encore les lampes portées sur le casque, voilà la version maximaliste du dispositif lumineux personnel sous la forme d’un harnais doté de multiples lampes à LED. En matière de visibilité, c’est ceinture et bretelles !

Disclaimer (comme disent les cousins nord-américains)

Je précise tout de suite que je n’ai aucun intérêt dans l’affaire. Il se trouve que j’avais rencontré les porteurs de ce projet à l’occasion de la dixième vélorution au printemps 2018. Ils venaient de se lancer dans l’aventure et comme je terminais mon billet par la mention de leur prototype et par « Affaire à suivre ! » j’ai bien volontiers donné suite à l’invitation qui m’a été faite d’assister dimanche 11 octobre place du Martroi à un petit happening autour du Weelight.

Début du rassemblement place du Martroi.

Le projet

Les deux porteurs du projet.

Ce projet a connu une maturation de plusieurs années, le temps notamment de trouver du soutien financier. Trois investisseurs privés soutiennent cette aventure industrielle1. La rencontre avec la société Satab a été décisive. C’est cette entreprise qui fournit la sangle conductrice sans laquelle le harnais ne pourrait pas fonctionner. À l’heure où la France continue de se désindustrialiser2 il est réconfortant d’apprendre qu’il existe encore sur notre territoire, en l’occurrence en Auvergne, une telle pépite qui est présentée ainsi dans un article de L’Usine nouvelle3 :

Depuis plus d’un siècle, Satab s’est imposée en Europe comme une marque multi-spécialiste qui innove, crée, tisse, tricote des rubans, des galons, des sangles et des cordons. Une réussite industrielle hors normes aussi impressionnante que les gérants sont discrets.

Les derniers prototypes ont été largement testés par une importante communauté de beta testeurs en France mais aussi aux États-Unis. Une partie de la branche locale de ces early adopters avait répondu à l’appel ce dimanche d’automne au ciel changeant :

En fin d’après-midi il ne faisait pas assez sombre pour apprécier pleinement les capacités lumineuses du Weelight lors de la photo de famille des beta testeurs mais on distingue bien à l’arrière plan à droite une saloperie numérique lumineuse statique dont l’inutilité, elle, ne fait aucun doute.

Le produit

Le Weelight taille ado.

Le dossier de presse expose les principales fonctionnalités du Weelight :

Le harnais ergonomique et ultra léger reproduit les mêmes signaux et codes couleurs
habituellement utilisés sur la route. On l’active à la manière d’un clignotant automobile,
freinage et situation d’urgence sont signalées automatiquement.
Un commodo installé sur le guidon permet d’activer les clignotants ou les feux de détresse.
L’accéléromètre intégré détecte ralentissements et freinages et active les feux STOP. En cas
de chute, les feux de détresse s’allument automatiquement.

La poche arrière contient la carte électronique et la batterie :

Le comodo installé au guidon :

Sur la place du Martroi humide, la ronde autour de la statue équestre de Jeanne d’Arc – à laquelle je me suis subrepticement mêlé – a été l’occasion de quelques glissades inopinées chez les enfants.
Bref aperçu en vidéo :

Je ne vous cache pas que j’ai des réserves sur le caractère clignotant du harnais (on peut régler la fréquence et la durée d’allumage). La possibilité de laisser fixes les LED est à l’étude m’a-t-on expliqué.
Notons par ailleurs qu’en l’état actuel de la réglementation, le port d’un tel harnais ne dispense pas d’avoir des dispositifs d’éclairage en état de marche sur son vélo.

Sur les Equipement de Protection Individuelle (EPI)

Comme celle concernant le port du casque, la question de la visibilité des personnes qui se déplacent à vélo fait l’objet de débats importants. En effet, dans le cadre d’une une stratégie de gestion de l’exposition aux dangers, l’adoption d’un EPI vient en dernier dans l’échelle de l’efficacité comme le résume ce graphique trouvé sur Twitter :

On trouve même des textes très incisifs, comme ce long extrait du livre La Mort sur la Route : les Voitures et la Mythologie de la Sécurité Routière publié en 1993 par le docteur Robert Davis qu’un twittos français a traduit sous le titre « « Désolé mon pote… » La visibilité, c’est une escroquerie. ».
En voici le paragraphe de conclusion :

La discussion sur la visibilité n’est souvent guère plus qu’une déclaration symbolique sur les droits des différents usagers de la route. Les automobilistes « remarquent » comme un problème les cyclistes sans feux arrière ou les piétons sans vêtements clairs. (En effet, le fait qu’ils soient prêts à « voir » ces personnes indique à quel point il leur serait facile de les repérer s’ils le voulaient vraiment). Comme ailleurs, cela reflète le sentiment que les non-utilisateurs de voitures manquent à leurs obligations. Bien que cette suggestion soit apparemment assez inoffensive, elle repose sur un dangereux malentendu quant aux véritables obligations des usagers de la route. Rien de tout cela ne signifie que les gens ne doivent pas se faire remarquer, mais cela ne signifie pas non plus qu’il faille attendre des personnes vulnérables un niveau d’obligation plus élevé que celui qui était exigé, par exemple, des cyclistes d’avant-guerre. Les efforts déployés pour les obliger à se montrer (au-delà peut-être d’un minimum de base) ne peuvent qu’engendrer des malentendus et aucun bénéfice, avec une bonne dose de reproches faite aux victimes – le fameux « victim blaming » .

Nul doute en tout cas que le Weelight remplit haut la main le défi de « se montrer » aux autres usagers de l’espace public. Et si le porter peut amener des personnes à dépasser leur sentiment d’insécurité à vélo, alors tant mieux4.

Souhaitons le meilleur au Weelight sur le chemin de l’aventure entrepreneuriale.

Pour participer à la campagne de financement, il suffit de cliquer :

Notes

  1. Il ne s’agit pas d’un petit projet, les sommes engagées dans le projet sont conséquentes, de l’ordre de 300 k€. Voir « L’ex-PDG d’Agritubel investit pour la sécurité », La Nouvelle République, 22 octobre 2020.
  2. Lire par exemple sur le blog de Descartes « Réquiem pour notre industrie »
    (9 août 2020).
  3. « Satab, légende discrète du textile en Auvergne », L’Usine nouvelle, 12 juin 2017.
  4. Juste après la publication de ce billet, un des créateurs a réagi sur un célèbre réseau social : « Effectivement le Weelight est la seule réponse que nous ayons trouvée en attendant que soient mis en place les autres éléments de la pyramide de hiérarchie de contrôle des dangers ‼️D’après le retour de nos beta testeurs, tous ont le sentiment d’êtremieux perçus et se sentent plus en sécurité, et c’est ce qui compte.💡 »

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10 réponses

  1. janpeire dit :

    Je demeure très dubitatif et reste sur une réserve émise lors de la rencontre matinale avec une flèche directionnelle dans le dos.
    Allumée :
    allumé

    Éteinte :
    éteinte

    En conclusion, je disais alors (juillet 2020) :

    Je ne suis pas convaincu de la chose dans le domaine de la sécurité. Je mise davantage sur la qualité du vélo et les réflexes de la personne au cintre et aux pédales.

    JPB

  2. Isaduvelo dit :

    Article instructif, qui nous change agréablement de la spécialité localo-néerlandaise. Instructif, à vrai dire, surtout par la conclusion, qui explique que mieux vaut attaquer la question à la racine…
    Pour ma part j’ai des lumières en état de marche, alimentées par la dynamo-moyeu, et en automne je met un gilet de chantier qui m’attend en boule au fond du sac. Je rechigne aux matériels à recharger comme à ce qui est jetable.

    • Je ne force personne à lire les aventures de Mark Wagenbuur au pays du gouda vélo. 😉

      Ce harnais lumineux ne saurait remplacer des feux avant et arrière performants et à cet égard je te rejoins sur le caractère irremplaçable de la dynamo moyeu qui devrait être un équipement standard (Decathlon semble s’y être mis sur certains de ses modèles).

  3. Yann d'Orléans dit :

    Cela revient à avoir un bon éclairage arrière et avant. Ni plus, ni moins.

    Pour ma part, j’ai un gilet jaune réfléchissant, de très bons éclairages avant et arrière. Parfois, une frite.

    Ce type d’accessoire rassure celui qui le porte mais n’apporte pas de sécurité supplémentaire. Ce n’est pas un EPI.

    Un EPI va annuler le risque (harnais anti chute ou chaussures de sécurité ou lunettes de protection) alors que là…si l’automobiliste ne veut pas te voir où veut forcer, il peut toujours le faire.

    Le rond point Shiseido où je brille de mille feux illustre bien ce constat.

  4. marmotte27 dit :

    La rédaction du magazine « 200 » devrait lire ce livre de Robert Davis. Ils ont quand même osé légender une photo dans un article sur la sécurité routière (N°16 du Printemps 2018) comme suit: « Etre un cycliste moche ou un cycliste mort ? Parfois, il faut choisir. » J’ai rarement vu aussi fort dans le victim blaming.

  5. marmotte27 dit :

    Voici un article du toujours excellent blog anglais ‘As easy as riding a bike’ qui rappelle à quel point toutes ces demandes (y compris de la part de cycliste) de se rendre visible à vélo sont en fait le monde à l’envers et ne sont expliquables uniquement dans un système de transports totalement biaisé vers les motoristes.
    Arrêtons de promouvoir l’égoïsme motorisé.

    Being reasonable

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