Agglomération d’Orléans : l’armée mexicaine métropolitaine en (dés)ordre de marche

L’important c’est d’en être. De quoi ? De l’exécutif métropolitain pardi ! Jeudi 16 juillet 2020 se tenait l’élection à la présidence d’Orléans Métropole et aux pléthoriques vice-présidences. Ce qui a donné lieu à une longue séance qualifiée par le journaliste politique de La République du Centre Florent Buisson d’ « Orléans of cards » (dans un live-tweet1). Pour celles et ceux qui n’auraient pas vu la série House of Cards dans sa version américaine, expliquons succinctement qu’elle décrit les intrigues sanglantes qui permettent à un politicien cynique et sans scrupules de s’installer à la présidence des États-Unis, et de conserver son poste envers et contre tout/tous. Les deux premières saisons décrivent comment le personnage joué par Kevin Spacey accède à la vice-présidence puis parvient à se débarrasser du président en poste pour s’installer dans le fauteuil du Bureau ovale. Est-ce à dire que c’est le destin qu’entrevoit Florent Buisson pour le tout nouveau premier vice-président Serge Grouard, qui a fait élire à la présidence métropolitaine le « socialiste » Christophe Chaillou2, inamovible maire de Saint-Jean-de-la-Ruelle, contre Matthieu Schlesinger, maire divers-droite confortablement reconduit à Olivet ?

Sur Facebook

Si l’on en croit les statistiques fournies par Facebook3, la vidéo du live a attiré 15000 paires d’yeux (5h43min, interruptions de séance comprises) :

Une future contre-vélorution ?

Il y a un siècle s’achevait la « révolution mexicaine » après dix ans de sanglants affrontements. Cette guerre civile a donné naissance à l’expression « armée mexicaine » ainsi décrite dans le Wiktionnaire :

Par référence à la révolution mexicaine, où l’armée révolutionnaire, y compris beaucoup de ses généraux, était perçue de l’extérieur comme composée principalement de paysans sans formation militaire. L’expression sous-tend l’incapacité à diriger avec plusieurs donneurs d’ordres incohérents, et surtout une organisation où tout le monde occupe un poste honorifique.

Définition de l’expression selon la même source :

(Ironique) Organisation inefficace dont la structure hiérarchique comprend un surnombre de chefs et supérieurs.

Le 16 juillet 2020 ont donc été élu(e)s pour former l’exécutif de la métropole orléanaise un président et vingt (20 !) vice-président(e)s (sur une assemblée de 89 personnes). Pour quoi faire exactement ? On ne sait pas – est-ce si important ? – les attributions « concrètes » viendront plus tard.
Voilà la liste des galonné(e)s, telle que fournie par France Bleu Orléans4 :

  • Serge Grouard (Orléans) premier vice-président
  • Alain Touchard (Ormes), deuxième vice-président
  • Carole Canette (Fleury-les-Aubrais), troisième vice-présidente
  • Vanessa Slimani (Saint-Jean-de-Braye), quatrième vice-présidente
  • Michel Martin (Orléans), cinquième vice-président
  • Christian Fromentin (Saran), sixième vice-président
  • Nicolas Bonneau (La Chapelle-Saint-Mesmin), septième vice-président
  • Pascal Tebibel (Orléans), huitième vice-président
  • Christian Dumas (Ingré), neuvième vice-président
  • Jean-Vincent Vallies (Chécy), dixième vice-président
  • Françoise Grivotet (Saint-Jean-le-Blanc), onzième vice-présidente
  • Romain Roy (Orléans), douzième vice-président
  • Marie-Philippe Lubet (Saint-Denis-en-Val), treizième vice-présidente
  • Thierry Cousin (Saint-Pryvé), quatorzième vice-président
  • Florent Montillot (Orléans) est à nouveau proposé pour la quinzième vice-présidence
  • Vincent Michaut (Saint-Cyr-en-Val), seizième vice-président
  • Charles-Eric Lemaignen (Orléans), dix-septième vice-président
  • Laurent Baude (Semoy), dix-huitième vice-président
  • Isabelle Rastoul (Orléans), dix-neuvième vice-présidente
  • Stéphane Chouin (Saint-Hilaire), vingtième vice-président

On remarquera la présence du maire réélu de La-Chapelle-Saint-Mesmin, Nicolas Bonneau, « 7ème vice-président délégué à la Politique cyclable et circulations douces » lors de la précédente mandature. Un poste honorifique probablement puisqu’on ne l’a pas entendu une seule fois sur les enjeux du déconfinement en matière de mobilité, ou même se réjouir des aménagements temporaires réalisés comme celui, tout à fait remarquable, du pont George V. Sera-t-il reconduit dans cette fonction ? Le suspens n’est pas insoutenable mais le plan vélo métropolitain, et les moyens qui devraient lui être consacrés, appelle un volontarisme politique de premier plan.

Dans le coin inférieur gauche de l’image, seraient-ce des sympathisants de la vélorution regardant passer le cortège de la contre-vélorution ?

Pendant ce temps-là dans Orléans.mag

On imagine les communicants de la mairie d’Orléans embarrassés par le changement tardif de conseil municipal au moment de boucler le numéro d’été d’Orléans.mag. Toujours est-il que ce numéro double énumère les « 12 mesures face à l’urgence économique et sociale » que comptent appliquer les nouveaux élu(e)s.
La mesure n° 3 s’intitule « Pour faciliter la venue en centre ville » et est ainsi expliquée :

Planification de deux périodes de gratuité du stationnement dans la semaine, à raison de trois heures chacune, dans les parkings et sur voirie. Cette mesure s’accompagne de la gratuité des transports en commun la nuit les jeudi, vendredi et samedi, et de l’ouverture d’une nouvelle ligne directe de bus entre la gare d’Orléans et le quartier La Source.

C’est raccord avec les propositions du candidat Grouard pendant la campagne des municipales. Ce qui est curieux, c’est qu’au vu de la circulation automobile qui a largement repris ses droits, on ne voit pas en quoi il serait « difficile » de venir en centre ville. Plus inquiétant : rien sur la poursuite des travaux d’urbanisme tactique post-confinement favorables à la pratique du vélo. Fâcheux (et inquiétant ?) quand on prétend décarboner Orléans.

Au chapitre « Pour favoriser l’emploi et enclencher la mutation énergétique »5 on peut lire la mesure n° 5 :

Accélération des travaux sur les espaces publics et la voirie, générateurs d’activité pour les entreprises et d’emploi.

Ce qui correspond parfaitement à la photo insérée juste au-dessus (page 31) : l’ouverture et l’élargissement d’une nouvelle rue par la bitumisation d’une ancienne parcelle arborée le long de l’école maternelle Louise Michel6. La « ville jardin » promise par le candidat Grouard, c’est encore loin ?

Côté activités estivales, la grosse trottinette électrique « tout-terrain » fait concurrence au vélo pour attirer les touristes. Le triporteur sauve l’honneur du côté du Muséum d’Orléans pour la biodiversité et l’environnement (MOBE). Son engin sérigraphié apparaît deux fois dans le magazine.

Deuxième saison estivale pour le triporteur du MOBE.

Enfin, page 59, figure un visuel de communication sur la prochaine braderie qui propose une version inclusivo-glamour du vélo-shopping. Une élégante femme en situation de handicap (observez la position de la jambe droite avec ce genou et ce pied tournés vers l’intérieur – ouille !) s’en retourne chez elle après avoir dévalisé les boutiques de prêt-à-porter orléanaises.

Pub vs réalité.

Peu importe la tenue, l’important, c’est de pédaler !

Pas de vacances pour les

Les vacances, l’insouciance… Que nenni !
Un peut en cacher un autre, comme boulevard Jean Jaurès par exemple, sur la voie de bus autorisée aux vélos :


Crédit photos :

Notes

  1. Son collègue Nicolas Da Cunha a également suivi le déroulé des événements pour le quotidien local : « Christophe Chaillou, le nouveau président d’Orléans Métropole, connaît un premier conseil très mouvementé », 16 juillet 2020.
  2. « Orléans Métropole : Christophe Chaillou (PS) élu au prix d’un « consensus » avec Serge Grouard », La Tribune-Hebdo, 17 juillet 2020.
  3. Soit dit en passant une énième illustration de l’absence totale d’autonomie technique de la France même quand il s’agit du fonctionnement de ses institutions républicaines.
  4. Patricia Pourrez, « Orléans : le socialiste Christophe Chaillou devient président de la Métropole », France Bleu Orléans, 17 juillet 2020.
  5. L’utilisation de l’expression « mutation énergétique » est curieuse. On attendrait la plus couramment usitée « transition énergétique ».
  6. J’aurai sans doute l’occasion de revenir sur cet aménagement à la rentrée. Ou alors le camarade Yann s’en chargera !

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1 réponse

  1. REGIS REGUIGNE dit :

    Attention : top départ « anti-cyclistes » ? La photo sur le boulevard n’est qu’une preuve de toute royale impunité du stationnement sur espace « pseudo-cyclable » ! Allez donc du côté de la gare d’Orléans et, constatez le nombre de « bagnoles », non, d’automobilistes ( ! ) qui stationnent sur la bande soit-disant marquée pour les cyclistes ! Alors, Watterloo pour nous ? Une « bataille temporairement perdue ; mais pas la guerre » ?

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