Confinement jour 15 : beau comme l’extinction des écrans de pub

Ça y est je perds le fil. Dans mon billet précédent spécial confinement j’ai mal compté les jours. Nous n’en étions pas alors au dixième jour de notre probable quarantaine mais au onzième. Alors que j’ai une nette préférence pour les nombres impairs, c’est ballot. Comme JP, qui a proposé toute une série de pépites vidéos dans son dernier billet, je vais continuer à faire ici la part belle à la juxtaposition, entre brefs coups de pédale et feuilletage de livres.

Vu sur un fameux réseau social.

Antipub

La semaine dernière je me suis aperçu subrepticement qu’un écran de pub numérique – de ceux qui ont été installés à la hussarde avant la révision du RLP – était éteint. Quelques jours plus tard, voulant en avoir le coeur net, j’ai changé d’itinéraire pour le plein quotidien de pain.

Au vu des nombreuses réactions à cette publication sur les réseaux sociaux, on peut soutenir que l’envahissement publicitaire de l’espace public est majoritairement mal vécu. Ce qui m’a fait repenser à ce petit essai percutant publié en 2004 par le Groupe Marcuse1 sous le titre De la misère humaine en milieu publicitaire. Comme l’écrivait Le Monde diplomatique dans une recension :

Dépassant la critique « politiquement correcte » des seuls « excès » de la pub (sexisme, captation de l’imaginaire enfantin, tyrannie des marques), les auteurs mettent la plume dans la plaie de ce « cancer » planétaire (dépendance médiatique et politique, addiction juvénile, pollution indélébile) qui a pris la forme d’une nouvelle religion du Progrès et de l’objet.

Changer de trottoir ? N’y pensez même pas, vous êtes cernés !

Dans une veine anti-industrielle2, sur laquelle on peut tout à fait avoir quelques réserves, les auteurs rappellent combien la mesure de la richesse de nos société développées via le PIB est absurde. Il est amusant de constater qu’ils illustrent ce fait par un exemple qui parlera à beaucoup d’entre vous :

Pour prendre un exemple, un cycliste compte pour du beurre dans le PIB, car il ne suscite que peu d’activités marchandes (quelques réparations par an). En revanche, un automobiliste participe beaucoup plus à la « richesse nationale », à la fois par tout ce qu’il consomme, et par toutes les nuisances qu’il provoque (bruit, pollution, stress, etc.) et qui appellent de nouvelles dépenses (double vitrage, climatisation, soins pour les personnes âgées et les enfants touchés par la pollution, etc.). Et pour forcer le trait : un automobiliste qui roule vite et renverse régulièrement des cyclistes contribue encore plus à l’ « élévation du niveau de vie » (par la surconsommation d’essence liée à la vitesse, les soins médicaux aux grands blessés, etc.).

Tapis dans l’ombre. Prêt à réouvrir un oeil infatigable.

Puisque nous sommes sur le Web3, je recommande l’usage de l’extension uBlock Origin disponible pour une majorité de navigateurs. C’est d’ailleurs le premier conseil qu’un des spécialistes français des réseaux informatiques, Stéphane Bortzmeyer, a donné dans un très bon article de vulgarisation sur « L’Internet pendant le confinement » : « Utilisez un bloqueur de publicités, afin de limiter le chargement de ressources inutiles. »4

D’autres écrans restent muets

Rue des Carmes le seul cinéma art et essai orléanais offre une façade dénudée. Y a-t-il plus triste qu’un cinéma sans affiches ?
Oui sans doute.
Mais quand même.

Magcentre nous fait toutefois part de deux bonnes nouvelles concernant ce cinéma.

Perdre les pédales et retrouver le sourire

La bonne idée.
La bonne réalisation.
Le tweet parfait :

Et le vélo – et le pont – dans tout ça ?

Patrick Communal, qui vit à domicile une drôle de situation5, continue d’alimenter sa page FB de réflexions tantôt amusées tantôt sérieuses – et c’est toujours un plaisir de le lire. Il tire un enseignement de la situation présente :

S’agissant de l’usage du vélo, comme celui de la chloroquine, les autorités ont changé trois fois d’avis, (je n’ai aucune opinion sur la chloroquine) mais la situation étant, au moins provisoirement, clarifiée, je suis allé faire quelques courses alimentaires sur ma Gazelle favorite pour noter qu’un problème qui avait pas mal nourri les débats précédant les élections municipales, à savoir la traversée du Pont Royal à vélo, est désormais résolu. Ça passe crème, pas besoin de couloir, de piste réservée ou de passerelle, on peut tout laisser en l’état.

Bref, c’est dimanche tous les jours sur la Loire et dans les deux sens.

Le pont George V dans la perspective de la rue Royale.

Même ambiance rue de la République un dimanche de dimanche à hauteur de guidon :

Coin lecture (au fond à gauche)

Les éditions Agone – dont je ne saurais dire assez de bien – ont mis deux livres en libre accès au format epub dont je recommande chaudement la lecture. Il s’agit de deux recueils de textes : Raison et liberté. Sur la nature humaine, l’éducation et le rôle des intellectuels de Noam Chomsky (2010) et Se révolter si nécessaire. Textes & discours (1962-2010) de Howard Zinn (2014).

Les deux hommes se sont bien connus. L’auteur du premier a d’ailleurs signé la préface du second. Chacun à leur manière ils posent de précieux jalons pour le monde d’après.

Un peu de poésie

Ce n’est pas difficile d’aimer Paul Eluard, le poète du fameux « la terre est bleue comme une orange » ou « la courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur », sans oublier l’encore plus célèbre poème « Liberté ». Dans son recueil La Rose publique (1935), il y a un poème intitulé « Passer le temps » (c’est de circonstance !) dont la dernière strophe m’a toujours murmuré à l’oreille :

Midi minuit je m’endors je m’éveille
En caressant tout doucement
Une bonne loutre vertueuse
Qui résiste à tous les poisons.


Sur la porte cochère d’un immeuble de la rue de la Bretonnerie.

Notes

  1. Un acronyme pour « Mouvement Autonome de Réflexion Critique à l’Usage des Survivants de l’Economie » choisi en hommage à Herbert Marcuse (1898-1979).
  2. On peut citer ce paragraphe : « La publicité est la vitrine où les marchandises se donnent en spectacle, mais elle omet systématiquement de nous montrer leurs coulisses industrielles. Si les publicitaires nous informaient vraiment sur l’histoire des produits qu’ils nous vantent à tue-tête, alors nous verrions leurs affiches se couvrir de sueur et parfois même de sang, nous entendrions le fracas des usines, les soupirs de ceux qui y sont exploités, nous sentirions l’odeur âcre des nuages de fumée qui s’en échappent, et celles des véhicules qui en assurent la distribution mondiale. Voilà qui risquerait de freiner la boulimie consumériste, et les publicitaires le savent bien. Leur rôle est donc d’occulter l’horreur productiviste derrière le confort consumériste. »
  3. A ce propos, un des auteurs du Groupe Marcuse a donné une interview en 2019 une interview pour Marianne : « Notre libre-arbitre est aspiré par Internet ».
  4. Signalons aussi le site bloquelapub.net.
  5. « Coronavirus : comment vit-on confiné avec un membre de la famille atteint par le virus ? », France Bleu Orléans, 26 mars 2020.

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4 réponses

  1. V-LO dit :

    Merci Jeanne pour ce « petit » détour pour l’achat de la baguette ! 😉 Avez-vous été contrôlée à vélo depuis le début de cette drôle de période ?

  2. Nicolas Pressicaud dit :

    Merci de ce petit bouquet composé plein de fraîcheur ! On respire ; et il est vrai que l’air est plutôt vif mais il fait beau. J’ai même pris, dans ma sortie quotidienne à Moulins, un long sens interdit à vélo. Mais, chuuut ! Faut pas l’dire.

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