Circuler à vélo à Dublin, c’est comment ?

Mark Wagenbuur a participé à Velo-City 2019, la rencontre internationale autour du vélo qui s’est tenue cette année à Dublin du 25 au 28 juin. L’occasion pour lui de découvrir la capitale irlandaise à hauteur de guidon. Traduction du billet publié le 3 juillet 2019 sous le titre « How cycle friendly is Dublin? » sur Bicycle Dutch.

Je ne me souvenais pas de la dernière fois où j’avais eu peur à vélo. Pas simplement anxieux mais craignant vraiment pour ma survie. Maintenant je sais, après avoir circulé à vélo dans Dublin la semaine dernière. Le trajet vers le centre de conférence depuis mon hôtel situé près de Phoenix Park était une simple ligne droite de 4 km sur les quais de la Liffey. On ne pouvait pas faire plus simple. Des plans de 2011 indiquaient qu’une voie cyclable aurait dû s’y trouver, mais il n’en était rien. A la place, plusieurs voies de traffic motorisé. La plupart des conducteurs n’ont pas montré beaucoup d’égard aux gens circulant à vélo. Je ne peux pas dire ce qui était le pire : les quais aux heures de pointe, pendant lesquelles il faut trouver (et se battre pour) sa place parmi des véhicules imposants, ou les quais en dehors de ces heures, avec des véhicules doublant à quelques centimètres à des vitesses folles. Jouer à saute-mouton avec les nombreux bus, respirer les gaz d’échappement… Pédaler à Dublin m’a rappelé mes 12 ans, pour le pire. Cela m’a rappelé dans quel état était la circulation aux Pays-Bas à la fin des années 1970, quand les conditions pour se déplacer à vélo en toute sécurité étaient les plus mauvaises que le pays ait connues.

Annonce de Vélo-city 2019 sur la façade de l’hôtel de ville de Dublin.
Même ce type de rues étroites concentre trois voies de circulation toutes occupées à l’heure de pointe du matin. Il y a bien assez d’espace pour d’autres usages si seulement on cherchait à limiter les flux de transit.
Les Dublinois pédalent vite. J’ai remarqué que je me mettais à pédaler plus vite que chez moi. Vous cherchez à distancer tous ces bus et ces véhicules qui vous talonnent.

Bien entendu, cette anxiété a rapidement laissé place aux vieux réflexes. Constamment jeter un coup d’œil par dessus l’épaule, à droite cette fois-ci, pour scruter les environs et observer le comportement de chaque conducteur comme autant de menace potentielle. Je sais faire, mais ce n’était pas le pédalage tranquille sur des infrastructures continues que j’ai maintenant l’habitude de connaître depuis quarante ans. Circuler à vélo à Dublin n’est pas une partie de plaisir et pourtant beaucoup de gens préfèrent le vélo à la voiture en ville. Ces personnes méritent plus et mieux.

Pédaler dans les voies de bus. C’est ce que Dublin vous propose. J’ai trouvé ça au mieux inconfortable.
Que des gens s’habillent comme ça avant de monter en selle me laisse penser qu’ils ne se sentent pas en sécurité et détendus. Que malgré cela ils continuent à se déplacer à vélo prouve que la demande d’infrastructures cyclables existe. Et il est probable qu’il existe un potentiel de développement de la pratique cycliste encore plus important.

J’étais à Dublin pour une conférence de quatre jours. La Velo-City International Cycling Conference avait lieu dans la capitale de la république d’Irlande pour la seconde fois. Lors de la première édition, en 2005, la ville avait présenté de nombreux projets ambitieux en matière cyclable. Les 1300 participants venus à Dublin pour l’édition 2019 avaient donc de grandes attentes, mais ils ont été déçus, comme Laura Laker l’a écrit dans le Guardian, et pas seulement en raison de l’absence d’un itinéraire cyclable le long de la Liffey, qui n’a jamais dépassé le stade du projet, mais déçus par une ville qui ne propose que des bouts d’infrastructures cyclables discontinues – parfois achevées juste à temps pour la conférence – aménagées là où ça ne dérange pas le trafic motorisé. Les infrastructures cyclables dublinoises sont conçues et construites aux dépens des piétons et des arbres. La ville doit vraiment faire quelque chose pour lutter contre le règne sans partage des motorisés dans le centre ville. Quand vous diminuez les flux de transit (comme de nombreux experts le soulignent) vous pouvez sans difficulté rendre les quais du fleuve aux habitants. Paris et sa reconquête des voies sur berge en donne un merveilleux exemple. Dublin n’en est pas là et c’est vraiment dommage.

Cette personne sur un vélo de livraison ignore la tentative toute récente de créer un carrefour sécurisé. Quand les cyclistes ont ce genre de comportement c’est que l’infrastructure n’est pas assez lisible ni assez séduisante.
Les vélos ne sont pas les bienvenus partout. Il est possible de combiner déplacement à pied et à vélo dans beaucoup plus d’endroits que ne semblent le penser les autorités dublinoises.
Aux alentours des récentes lignes de tramway des panneaux indiquent que le vélo est le premier sacrifié dès lors qu’il n’y a pas « assez d’espace ».

Certains participants du cru avaient peur que leurs homologues ne visitent que les bons aménagements cyclables de Dublin. La traditionnelle sortie collective à vélo toujours au programme a conduit les participants sur les quelques aménagements cyclables déjà réalisés. Des Dublinois ont lancé sur Twitter le hashtag #TheGoodRoom pour faire part de leur frustration parce que, comme l’a expliqué @LkCycleDesign, « jadis, #TheGoodRoom était la pièce de la maison dans laquelle les visiteurs de marque (comme les membres du clergé) étaient conduits afin de faire preuve de respectabilité et d’éviter la honte ». Il est juste de dire que cette crainte était infondée. La plupart des participants ont tweeté sur ce qu’ils ont vu (voici, quelques exemples au hasard). De fait ils ont été si nombreux à le faire que la presse locale s’en est fait l’écho.

Le pavillon de la Dutch Cycling Embassy au sein duquel 17 personnes présentaient leur organisation. L’apercevoir m’a empli de fierté !
Le stand de la Austrian Cycling Embassy.
Le stand de la Danish Cycling Embassy.

La conférence en elle-même a été un grand succès. J’ai essayé de suivre un maximum des plus de 80 ateliers programmés mais j’ai également passé beaucoup de temps au pavillon néerlandais dans le parc des expositions. Un pavillon qui m’a rendu fier d’être un des représentants de la Dutch Cycling Embassy.

Quelques unes des affiches disposées tout au long des quatre jours de la conférence.
Cet atelier proposait une présentation d’Utrecht par Marijn Kik.

Si j’ai pu réalisé une vidéo sur le climat cyclable de Dublin c’est parce que Cian Ginty, qui gère IrishCycle.com, m’a gentiment montré un matin le bon, le mauvais et l’affreux.

Ma vidéo sur le climat cyclable de Dublin aujourd’hui (et un conseil pour le futur).

Vous aimerez aussi...

2 réponses

  1. janpeire dit :

    Si j’ai bien compris, à mettre l’élastique plus haut que l’on ne peut sauter, on risque de s’écrouler sur un matelas de déception…

    Au delà, mais je ne connais ni Dublin, ni Utrecht, il est sacrement sévère dans ses avis, cela fait plaisir à lire.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Défiler vers le haut
%d blogueurs aiment cette page :