Le vélo d’Isabelle (cycles Pierre Perrin)

Tout le monde connaît Isabelle et le vélo mais qui connait le vélo d’Isabelle ? Dans le (petit) monde de la cyclosphère, rares sont les personnes à ne pas être arrivées au moins une fois sur son blog – en ligne depuis 2008 – devenu rapidement un des principaux médias de diffusion et de vulgarisation des actualités et problématiques cyclables en France. Isabelle Lesens œuvre pour la cause du vélo au quotidien à divers titres depuis plusieurs décennies, dans les pas de Jacques Essel, le fondateur du Mouvement de Défense de la Bicyclette en 1974 (aujourd’hui MDB Île de France). Elle se présente très bien elle-même sur cette page. Ou encore dans cet entretien pour Paris-Normandie d’octobre 2015 au cours duquel elle évoque cette « superbe randonneuse » qui a changé sa vie et son expérience du vélo comme instrument d’émancipation et de joie de vivre1. Il y a environ cinq ans, des soucis de maintenance sur ce fidèle compagnon de voyage de plus de trente cinq ans l’ont conduite à acquérir un nouveau vélo. Un saut technologique ?

Ancien ou moderne ?

Du sur mesure

Le sur mesure ? Une « évidence » pour Isabelle. Un choix que l’on doit faire « si on en a les moyens », car à partir d’un certain âge « ce n’est plus au corps de s’adapter au vélo ». C’est au festival international du voyage à vélo auquel participe tous les ans l’atelier Pierre Perrin qu’elle a fait la connaissance de cet artisan du cycle. Sa proximité avec Paris – à Égly dans l’Essonne – a fait le reste.

Tout commence par une étude posturale2. Après le choix des composants vient la fabrication sur un marbre-gabarit dans lequel « le cadre est assemblé et brasé entièrement bridé, dans sa totalité, y compris les plots et entretoises »3. Au vu de la dépense consentie et du temps de fabrication, on imagine l’émotion ressentie lors des premiers tours de roue4.

Côté composant, du haut-de-gamme avec le moyeu à vitesses intégrées Rohloff, le moyeu dynamo SONdelux et la selle Berthoud. Et du plus ordinaire avec de simples freins sur jante et des cale-pieds métalliques (« pas de pédales autos ! »). Côté pilotage, des poignées avec bar ends pour pallier la moindre polyvalence du cintre droit.

Calage à l’ancienne.
Les robustes porte-bagages sont en alu.

Côté bagagerie un choix « snob » assumé pour la paire de sacoches avant : des Super C cousues dans la petite usine anglaise de Carradice à Nelson dans le Lancashire5 – comme un clin d’œil au vert anglais du cadre. De l’éprouvé pour la paire arrière avec des Vaude à la ligne plutôt sportswear.

Le modèle Super C de chez Carradice6.

Celle qui attire toute de suite – et flatte – l’œil est l’imposante sacoche de guidon de chez Berthoud.

Le charme du cuir et des multiples petites poches opère immédiatement.

Un porte-bidon artisanal d’inspiration japonaise proposé un temps par Richard Hoffner du Vélographe.

Dans ce porte-bidon, une gourde anniversaire de la commémoration du 1er voyage du monde à vélocipède à laquelle Isabelle a participé (récit à lire sur son blog).

Des regrets ? Oui, deux. Avoir opté pour des roues de 26 pouces au lieu de prendre du 650B – le fameux format randonneur qui a sa confrérie française7. Et puis, plus surprenant, celui concernant la transmission : Isabelle aurait finalement préféré une transmission par courroie. C’eût été un sacré saut technologique ! Une option qui ferait frémir bon nombre de cyclovoyageurs anxieux à l’idée de ne pas pouvoir réparer/changer leur chaîne. « Ah bon ? La technologique est bien au point, le produit robuste. » D’ailleurs les cycles Pierre Perrin le proposent.

Non pas un mais trois

Ce vélo vert est la monture de voyage d’Isabelle, sa randonneuse. Pour ses déplacements quotidiens, Isabelle pédale sur un VSF Fahrradmanufaktur de couleur rouge acquis à peu près en même temps. Celui-ci a remplacé son « vélo d’apparat », acheté vers 1990 à Moucrons en Belgique chez Tuyttens8. Lui aussi victime d’un souci de maintenance.

De plus, chez elle, un Dahon attend qu’on ait davantage besoin de lui pour déployer son cadre. Elle aimerait bien ajouter à sa flotte personnelle un vélo cargo mais manque de place. Et puis ce serait pour un usage très occasionnel.

Au final, concernant son Perrin, le confort est bien là. Et l’attachement ? Il tarde à venir. Difficile de remplacer sa première et si précieuse randonneuse ! Alors un autre vélo ? « Non… oui, peut-être ». Rien n’est décidé.

La randonneuse d’Isabelle chargée pour un petit voyage à la bonne franquette.

Le plus important est sans doute de continuer de rouler sous le précieux patronage de Notre-Dame-des-Cyclistes :

Notes

  1. Dans cette vidéo, Isabelle Lesens donne en 3 minutes « 5 bonnes raisons de se déplacer en vélo ».
  2. Voir aussi « On a testé l’étude posturale » sur Bike Café (30 août 2017).
  3. Ce qui n’est pas le cas chez Bike Friday comme en témoigne Kent Peterson à l’occasion de la fabrication de son vélo.
  4. Tout comme on imagine l’émotion de la pétulante Elisabeth Lavaill au départ du dernier Paris-Brest-Paris au guidon du vélo spécialement conçu par Pierre Perrin pour le concours de machines 2019. Ce gravel au cadre acier tout inox est annoncé au prix public de… 12920 €. Photos de cet engin d’exception visibles sur la page FB de l’artisan. Elisabeth Lavaill a fini la course en 88h35m35s.
  5. Sur le Web, une petite vidéo interview/reportage du directeur de l’entreprise David Chadwick. Mention spéciale pour le gars qu’on voit s’arc-bouter pour pousser une palette en costume/cravate ! La scène se situe entre 2’34 » et 2 »47.
  6. Pour un test de la gamme, voir ici.
  7. Pour s’y retrouver dans ces histoires potentiellement abstruses de taille de roue, voici un tableau synthétique chez l’expert Sheldon Brown.
  8. Les cycles Tuyttens ont fermé boutique en 2014.

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6 réponses

  1. janpeire dit :

    Très belle « rencontre » avec de belles photos et des liens qui, à la fois, nous invitent à ne pas être des consommateurs bécasses, et en même temps, sont, un poil frustrants.

    Au demeurant, un fort beau vélo, classique, élégant — j’eus eu peur du vert sur ma monture — avec, en apparence, une belle qualité de fabrication.

  2. alpincesare dit :

    Si on est prêt à dépenser encore plus (quoi que), et vu la difficulté croissante de prendre son vélo dans le train en France, deux solutions pour scinder le vélo en deux rapidement :
    – S&S Coupling https://en.wikipedia.org/wiki/Bicycle_Torque_Coupling
    – vélo Moulton https://moultonfrance.com/

  3. janpeire dit :

    Oups que mon blog soit effacé d’ici la fin du mois. Bravo également à la cycliste, pour son militantisme quotidien, et, bien évidement, pour son cyber-cahier d’une fort belle tenue.

  4. pH|Re dit :

    Très bel article, magnifiquement illustré.
    Petit rectificatif pour la note 4 : Paris Brest Paris n’est pas une course mais une randonnée en temps limité.

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