Municipales 2020 à Orléans : bas les masques !

Si le confinement avait été prolongé j’aurais certainement fini par utiliser l’expression « bas les masques ! » qui avait surgi sur mon clavier comme titre provisoire d’un futur billet. Si à ce moment-là je ne savais pas encore ce que j’en ferais, l’actualité de la campagne des municipales à Orléans m’offre une occasion en or de le recycler. Dans cette dernière ligne droite avant le second tour, un article publié par France Bleu Orléans – à la suite d’une enquête menée avec l’aide de la « cellule investigation » de Radio France1 – a mis le feu au local de campagne de Serge Grouard2. L’épilogue de la « guerre des masques » qui a fait rage entre ce dernier et Olivier Carré3 pourrait bien être écrit au tribunal. En attendant, il n’est pas inutile de revenir sur ce que les trois candidats encore en lice ont récemment dit en matière de mobilité.

Résumé des épisodes précédents

C’était avant le funeste premier tour des municipales, avant la mise en place du confinement, j’avais publié une série de billets sur le programme des principaux candidats – ceux qui ont effectivement fait les plus gros scores à l’issue de la première phase de vote.

Dans l’ordre chronologique de publication entre janvier et mars 2020 :

Serge Grouard n’est pas rangé des voitures : où il est question du programme de l’ancien maire d’Orléans en matière de déplacements. Il y en a pour tout le monde, et surtout pour l’automobiliste.

La « coulée verte » en trompe-l’œil de Serge Grouard : où il est à nouveau question, à partir d’une proposition urbanistique, du greenwashing du candidat.

Speed dating électoral dans le tram : des considérations sur les transports en commun qui ne sont certainement pas la panacée mise en avant par les candidats. Surtout pour qui souhaiterait mener une politique économe des deniers publics et efficace en matière de report modal.

Jean-Philippe Grand OSErait-il la transition des mobilités ? : interrogation sur la volonté du principal candidat de gauche de réellement changer de paradigme en matière de politique de mobilité.

Olivier Carré et son projet de passerelle contre-nature : examen du projet de passerelle sur la Loire du maire-candidat. C’était avant que celui-ci ne joue son va-tout avec la création d’une piste cyclable sur le pont George V dans le cadre du déconfinement – mesure historique.

Une triangulaire.

L’ère des questionnaires

La Tribune Hebdo a eu la bonne idée de soumettre un questionnaire aux trois candidats afin de donner aux lecteurs-électeurs des points de repères programmatiques avant de glisser leur bulletin dans l’urne4.

Les questions vélos de La Tribune Hebdo.

La réponse de Normand de Serge Grouard concernant l’avenir du pont George V fait écho à la réponse langue-de-boitesque rédigée par l’animateur du compte Twitter de la liste des Orléanais au coeur interpelé par le camarade Yann :

De son coté, et sans se dédire complètement, Olivier Carré repousse loin dans le temps son projet de passerelle5. En revanche, évoquer une « saisonnalité » ne présage rien de bon : le vélo au quotidien, c’est en toute saison6. Seul Jean-Philippe Grand – qu’on accuse par ailleurs avec beaucoup de mauvaise foi de vouloir dilapider l’argent du contribuable avec sa mesure de « minimum social garanti »7 – affiche sa volonté de ne pas dépenser un kopeck dans une nouvelle traversée de la Loire que ce vieux pont Royal assure parfaitement.

À la question « De combien comptez-vous baisser la part modale de la voiture à Orléans d’ici la fin de votre mandat ? », le candidat Grouard continue de jouer l’évasif : « Impossible à dire pour le moment, mais un gros effort sera fait dans ce domaine. » Il semble ou fait semblant d’oublier que dans le tout nouveau PDU tout est chiffré.

On relèvera avec gourmandise que l’unanimité est de mise face à la question « Allez-vous supprimer des places de parking en centre-ville ? ». La réponse est « non ». Même pas cinq mètres autour des passages protégés comme le prévoit la Loi d’Orientation des Mobilités à l’échéance de 2026 (pile poil la durée de la prochaine mandature) ?

La question du stationnement automobile fait d’ailleurs l’objet d’une surenchère de gratuité après celle du confinement. C’est encore une fois chez le candidat Grouard qu’on retrouve une position maximaliste – tandis qu’Olivier Carré se contente d’un « une heure payée / une heure offerte ». Voici ce qu’on lit dans son dernier tract de campagne :

Remarquez, c’est raccord avec sa volonté de construire toujours plus de parkings en ville. Quand on aime – la congestion et la pollution – on ne compte pas (le nombre de places).

Sur les ondes

On a pu entendre les trois candidats débattre sur les ondes de France Bleu Orléans vendredi 19 juin8. C’est sur la fin de l’émission que les questions de mobilité ont été abordées. François Guéroult a habilement introduit le sujet à partir de la 37e minute dans la vidéo :

Jean-Philippe Grand est le premier à parler : « Je vais commencer par le vélo et la place qu’on souhaite lui donner et toute la place que le vélo mérite dans notre métropole, pas uniquement à Orléans. » En bon challenger, il ironise ensuite sur le fait que ce qui était considéré comme inenvisageable il y a encore quelques mois est devenu possible, à savoir réserver une voie de circulation aux vélos sur le pont George V. Soulignant le succès de cette piste cyclable, il se prononce pour sa pérennisation. Il évoque avec justesse le fait que tout automobiliste devient piéton à un moment ou à un autre et « peut-être un cycliste ». Oui, le report modal ça existe, merci de le rappeler – c’est même l’objectif principal de toute politique de mobilité réellement ambitieuse.

Serge Grouard est quant à lui toute à son idée de « renforcer l’offre de transport en commun » avec extension des lignes de tram et même création d’une troisième ligne – ce qui fait bien rigoler dans le studio ses deux adversaires. Les deux lèvent également les yeux au ciel lorsque l’ancien maire déclare être le seul « à défendre la logique d’une ville décarbonnée à terme ». Il poursuit : « Sur la question du vélo, puisqu’il a été question du pont George V, moi je dis que l’on poursuivra l’expérimentation pour voir ce que cela donne, que je ne souhaite pas détricoter ce qui a été fait, même si cette décision a été prise sans aucune concertation. En revanche il y a des adaptations très concrètes à faire sur la rue Royale qui fonctionne avec difficulté aujourd’hui […] et sur les mails parce qu’il va falloir voir ce que cela va donner quand toute la circulation sera revenue, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. »
Service minimal sur le sujet du vélo donc, avec surtout zéro enthousiasme pour un mode de déplacement qui apaise la ville – fâcheux quand on se revendique dans son programme de « la ville jardin ». Par ailleurs, je ne vois pas bien quelle « adaptation » on pourrait faire au niveau de la toute nouvelle piste cyclable de la rue Royale, à part y faire à nouveau rouler les voitures.

Olivier Carré commence son intervention par une remarque fort juste qui montre qu’il a bien travaillé ce dossier en tant que président de la métropole : « [malgré] Beaucoup d’investissements, des montants très importants, la part de déplacements en transport en commun n’a quasiment pas bougé au cours, à peu près, d’une vingtaine d’années […] ». Il enchaîne donc logiquement mais sans faire explicitement de lien financier (ce que du reste aucun des trois candidats ne fait, et c’est fort regrettable9) : « le vélo est devenu aujourd’hui un fait majeur. C’est la raison pour laquelle j’avais fait voter en 2019 […] un plan vélo massif, et ce plan vélo il faudra le déployer, surtout accélérer sa réalisation. Pourquoi ? Parce que la quantité de personnes qui font du vélo que l’on avait anticipée pour les années à venir eh ben elle est là. Elle est là et elle est là je pense durablement suite à ce que l’on a vécu. Des habitudes ont été prises, des habitudes ont changé, on doit changer notre regard. »
Je n’ai pas été le seul en 2019 à souligner combien l’objectif d’évolution de la part modale du vélo dans le nouveau PDU était timorée – voir Réunion publique sur le plan vélo d’Orléans Métropole. Si Olivier Carré a bien saisi l’enjeu du vélo, il en reste toujours, c’est exprimé clairement dans la suite de son intervention, au fameux « il ne faut pas opposer les modes de transport » – voir La roue voilée de la communication officielle.

Quel que soit le résultat des élections le 28 juin au soir – que la roue tourne ou non – on n’aura pas fini de parler vélo.


Crédit photo de couverture : AndrewHenkelman / CC BY-SA

Notes

  1. L’existence de ce service est l’occasion de rappeler ces propos de George Orwell : « Le journalisme, c’est publier quelque chose que quelqu’un ne veut pas voir publié. Tout le reste relève des relations publiques. »
  2. « L’ancien maire d’Orléans, Serge Grouard, a t-il enfreint la loi en distribuant des masques ? », France Bleu Orléans, 16 juin 2020. L’ancien maire qui souhaite ardemment revenir aux affaires a-t-il fait campagne en distribuant des dizaines de milliers de masques ? La question elle est vite répondue comme dirait un jeune entrepreneur suisse qui a fait le buzz (presque) malgré lui – voir par exemple « Les déconfinautes – Salut à toi, jeune entrepreneur », 10 juin 2020.
  3. « Une « guerre des masques » a-t-elle sévi entre les candidats aux municipales, à Orléans, pendant le confinement ? », La République du Centre, 13 juin 2020.
  4. Retrouvez les trois pages de réponse publiées dans le numéro 309 du 18 au 24 juin 2020 dans ce fichier.
  5. « le projet de passerelle est maintenu…mais repoussé aux calendes grecques » estime Jean-Jacques Talpin dans Magcentre.
  6. Autrement dit : les courses de Noël en centre ville, ça se fait aussi à vélo.
  7. « Minimum social garanti : l’exemple de Grande-Synthe est-il transposable à Orléans ? », France Bleu Orléans, 12 juin 2020. La gratuité du stationnement est aussi financée avec les impôts des Orléanais (pour ne prendre qu’un exemple).
  8. « VIDÉO – Débat sous tension entre candidats avant le second tour des municipales à Orléans », France Bleu Orléans, 19 juin 2020.
  9. Développer le vélo, ça ne coûte pas grand chose et ça rapporte gros du point de vue de la collectivité. Et donc, de nos impôts.

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5 réponses

  1. V-LO dit :

    Je crois que la conversion d’O. Carré sur le vélo est sincère et gagnera à se construire davantage encore dans le futur. Pas sûr que les urnes lui en laissent le temps toutefois.
    Mais encore une fois, il faut parfois-souvent du courage politique pour aller plus vite que l’humeur populaire sur certaines thématiques. Celle des mobilités durables en est une. Si l’on attend que les orléanais soient prêts, si l’on ménage la chèvre et le chou, on ne fera jamais rien car chacun voudra préserver son pré-carré (coucou les potelets de la rue des Murlins, coucou les bagnoles de la rue de l’Immobilière). A ce rythme-là, on continuera de créer des parkings dans lesquels les habitants et visiteurs n’iront pas ou trop peu puisqu’ils veulent des places ‘gratuites’ pour se garer, en faisant le chantage d’aller sinon faire leurs achats à Cap Saran.

    L’incitation (« ne pas opposer les modes de déplacement » disent-ils) ne va pas non plus sans la sévérité : sanctionner le stationnement sur les trottoirs (rue Bannier, on en parle et on en reparle, vraiment ??), le stationnement ou l’arrêt sur les pistes cyclables (rue Bannier, rue des Murlins pour ne citer qu’elles), les autos qui circulent sur les voies temporaires des boulevards, les autos qui stationnent gratos sur le trottoir de l’entrée de la place du Martroi devant l’entrée du parking (ici, même la Google Car choppe les bagnoles garées irrégulièrement à chacun de ses passages depuis près de 6 ans : https://goo.gl/maps/BJkNXVGjaZyyx21g7), celles qui foutent le bazar matin, midi et soir aux abords des écoles et provoquent d’impossibles nuisances pour tout un quartier, parce qu’elles trouvent ça normal car elles ont une voituuuuure, etc., etc. etc..
    On remet la bagnole à sa juste place, et on redonne leur juste place aux piétons et aux cyclistes. L’augmentation visible du trafic cycliste sur le pont GV en est une illustration, de même que l’adorable augmentation du nombre de très jeunes cyclistes (moyenne d’âge : 4 ans 🙂 ) qui s’y sont lancés depuis que…
    Au lieu de construire une coûteuse passerelle qui ne sert à rien, on pourrait peut-être réhabiliter un peu notre vieux pont à la chaussée sacrément endommagée. C’est plein de nids de poule sur la voie qui nous est réservée !
    Idem concernant la rue Bannier, dont il est incompréhensible qu’aucun candidat n’ait prévu quoi que ce soit en matière de mobilité de la nouvelle ère dans laquelle nous sommes entré.e.s. On ne peut vraiment rien faire en matière de continuité cyclable dans cette rue ?? Quand est-ce qu’on rend les trottoirs aux piétons et le pauvre bout de piste cyclable aux cyclistes, hein ?

    Je ne partage en rien l’idée de la gratuité dont tous les candidats se targuent comme l’Ultime solution, qu’elle soit catégorielle (les « vieux », les « jeunes », les « pauvres »), qu’il s’agisse des transports en commun ou du stationnement. Tout a un coût, et il me semble normal que nous contribuions tous aux services qui font la ville que nous habitons. Personnellement, je ne prends pas ma bagnole pour aller d’un point A à un point B parce que c’est gratuit, mais parce que je vais y trouver quelque chose que je ne peux trouver ailleurs.

    Dernière chose : je pense que chaque cycliste contribue par son comportement à la mise en œuvre et la pérennisation des infrastructures qui lui sont dédiées, covid-19 ou pas.
    Très honnêtement, les voies bus/cycles des boulevards sont très peu utilisées par les cyclistes, et un trop grand nombre d’entre eux circule encore et toujours sur les trottoirs (généralement à contre-sens d’ailleurs). D’une part, ça renvoie un signal délétère (« oui mais les cyclistes »), d’autre part, cela contribue selon moi à ne pas investir dans des aménagements cyclables puisque ceux-ci restent peu empruntés. Certes, c’est pas hyper agréable de rouler avec les bus, mais on ne peut plus dire que c’est dangereux maintenant sur les boulevards ! Donc comme pour les autos, je pense qu’il faut certes de la pédagogie (les ateliers sur les marchés sont une bonne initiative), mais aussi de la sanction, car compter sur le civisme-seul ne suffit pas au XXIème siècle.

    P.S. : concernant la rue Royale, S. Grouard parle peut-être de désynchroniser les feux cyclistes des feux autos, histoire qu’on ne circule plus sur le même flux, voire même qu’on arrête d’aller moins vite qu’elles, non ? 😉

    [FIN]

    • Merci pour ce commentaire cinq étoiles.

      Je suis d’accord concernant Olivier Carré. Il a compris l’enjeu.

      Aussi suprenant que cela puisse paraître, et sauf erreur, le stationnement tout contre le parapet de l’entrée du parking souterrain du Martroi est désormais licite. Un temps ce fut un espace livraison – dûment squatté évidemment – mais maintenant c’est bien du stationnement payant régulier.

      Je ne suis pas revenu sur cette histoire de gratuité qui moi aussi m’agace particulièrement.

      P.S. : concernant les feux de la rue Royale le problème provient de Sa Majesté le tram comme me l’ont expliqué les services. C’est lui qui dicte les phases et en l’état il est impossible de les désynchroniser. 😕

  2. laurentb dit :

    Grouard, le pro des études.
    il serait intéressant de revoir les PV concernant la réalisation de la 2e ligne de TRAM et de voir pour quelle raison celle-ci n’a pas été poussée jusqu’à Checy alors que c’était évident que cela aurait été un plus.

    • Il est d’ailleurs frappant de constater qu’il en fait des tonnes sur l’ « urgence » de la situation mais qu’il fait reposer son hypothétique action en matière de mobilité sur un projet qui mettrait « dix ans » à être réalisé.

      • laurentb dit :

        C’est vrai, j’entends que des projets puissent être étudier mais de là à dire, en paraphrasant un petit peu : « C’est urgent, alors allons y, faisons des études de faisabilité, de rendement mais surtout ne les votons pas nous laisserons cela à nos successeurs ».
        C’est quelque peu risible.

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