Un dimanche avant le re-re-confinement : un peu de bleu (de Loire) et de sud (orléanais)

Puisque le camarade JP se met en cyber-pause pour mieux se consacrer à son oeuvre micropoétique comme il l’a annoncé hier (« Février, le temps d’une pause »), il m’a gentiment permis d’utiliser des éléments de son compte-rendu d’une visite dans le grand sud orléanais. À la demande d’une usagère des lieux, il est allé voir ce que donne un aménagement cyclable récent dans le quartier de La Source. Ce sera une des quatre parties de ce billet d’actualité dominical.

Le président n’a rien à nous dire

Dans l’actualité nationale, c’est bien sûr la non-annonce d’un re-re-confinement qui a beaucoup occupé les médias et les esprits. Je laisse la parole à un certain Pr. Logos1 qui a ce matin produit un thread tonifiant que je vous propose ici remis en forme pour une meilleure lisibilité :

Comme Trump avant lui, Macron n’est plus qu’un bot à produire des tweets du vide sidéral dont sont faites les annonces enregistrées dans le métro.

Incapable de penser, incapable de gérer, incapable de prévoir, incapable d’écouter, Macron, comme Trump a sombré dans l’illibéralisme autoritaire et dans l’obscurantisme le plus crasse.
Rigoureusement aucune idée issue de la « société civile » n’a été mise en œuvre :
Tester tout un département pour identifier les voies de contamination ? Annoncé, jamais mis en œuvre.
Recruter et former 45000 enquêteurs de terrain pour mettre en œuvre la stratégie « test-trace-isolate », avec des tests salivaires, plutôt que des call-centers et des applis inefficaces ? Annoncé, jamais mis en œuvre.
Sécuriser les établissements scolaires avec des capteurs CO2, des purificateurs d’air à filtre Hépa, des tests des eaux usées, des cantines équipées d’aspirateurs à Covid, des masques FFP2, etc…
Ni entendu, ni mis en œuvre.

Sur les purificateurs à filtre Hépa, c’est en réalité bien pire puisque Blanquer a fait la démonstration en direct de l’incapacité de ses conseillers comme de la haute fonction publique de faire un travail bibliographique correct.
L’obscurantisme pur.

Produire des documents factuels sur l’état de la situation, les hypothèses, les stratégies de long terme et les tactiques, ouvrant sur un débat public éclairé ?
Rien de tout ça : l’autoritarisme masque le vide intégral de pensée analytique.

Les tests randomisés ? Rien.
Le séquençage des génomes viraux ? Rien.

À l’inculture scientifique totale de la haute fonction publique, et plus généralement de la nouvelle élite managériale issue de HEC et de l’ENA…
… il faut ajouter l’incapacité logistique, gestionnaire.
Ne reste que cette insupportable morgue, ce mépris permanent et… une communication qui tourne à vide.

On peut bien sûr déplorer l’absence dans l’appareil d’Etat de haut fonctionnaires ayant un niveau scientifique suffisant pour assurer un suivi bibliographique et ouvrir l’espace des possibles aux politiques. Mais ce n’est pas de « décideurs » capables de comprendre la somme de deux exponentielles (la souche sauvage à R=1,1 et la souche anglaise à R=1,6) dont nous avons besoin, mais d’une démocratie éclairée, de débat public fondé sur des faits établis et sur les inconnues.

Pour un autre regard, le livre Covid-19, une crise organisationnelle, dont le Monde propose un compte-rendu, analyse la manière dont l’Etat a été rendu impuissant en quarante ans, par soumission à la sphère privée.

Retour à La Source, tout au sud

Le camarade JP s’est donc rendu à La Source en mission « inspection des travaux finis » sur la rue Honoré de Balzac, un axe rectiligne qui longe des lotissements pavillonnaires.

En orange les limites communales d’Orléans.
À l’ouest de la rue c’est Saint-Cyr-en-Val et Ardon.

Sur son trajet, il a immortalisé rue des Montées ce qu’il qualifie de « #GCUM de qualité ». De compétition même !

Cette longue rue a donc été pourvue d’une piste cyclable. C’est pas l’espace qui manque dans ce quartier comme nous le montre un avant/après Google Street View :

Avant.
Après.

Quelqu’un avait cependant alerté sur la présence de curieux cédez-le-passage sur la piste nouvellement créée :

Voici un extrait de son rapport, à peine retouché :

Je suis allé, enfin, ce matin « inspecter » cette rue.
Longue ligne droite, avec une piste bi-directionnelle d’assez bonne facture, d’une couleur différente du trottoir même si, ce dimanche matin, les piétons étaient dans le domaine cyclable. Une piste avec des dos-d’ânes à chaque intersection (dans sa partie la plus droite), certes, il ne sont pas super importants, ils sont peu marqués, mais ils sont présents, et à chaque fois, il y a bordure (atténuée, mais bordure). La bande cyclable me semble assez large pour l’usage présent, le fait qu’elle soit bidirectionnelle ne gène pas, présentement.
Les règles de priorité sont les mêmes que pour la rue adjacente, sauf pour les clos privés, ce qui est stupide.

Il est à noter que JP n’a pas bénéficié du beau soleil des photos témoins. Lui a pédalé sous la pluie (mais il n’était pas le seul) :

Bluewashing

On connait tous le greenwashing. Orléans invente le bluewashing avec le peinturlurage de quelques uns des troncs des beaux platanes du quai du Châtelet.

Dans la courte vidéo qui suite vous pouvez compter : sept troncs pour autant de véhicules à moteur qui viennent s’arrêter au feu rouge.

La Rép’ explique :

Il s’agit d’une action de l’ONG Bleu versant, basée à La Rochelle, à laquelle Orléans Métropole a fait appel. Cette ONG a pour mission de sensibiliser le public afin de réduire notre vulnérabilité liée à l’eau. Ainsi, les platanes ont été peints en bleu « jusqu’à la ligne des plus hautes eaux connues à Orléans », soit la crue de la Loire de 1856.

La fameuse pompe en libre service des quais est mieux visible.

Comme me l’a fait remarquer quelqu’un : « pendant qu’on parle des inondations qu’on n’a pas vues depuis 150 ans, on ne parle pas de la place de l’automobile en ville ».

Comme dans la petite rue au Lin adjacente, une aire piétonne « bleue » bien squattée :

Cachez ce clientélisme bagnolard que je ne saurais voir

Cinq jours après mon billet de dimanche dernier, le quotidien local s’est fendu d’un petit article intitulé « Pourquoi la rue Landreloup, à Orléans, est-elle (encore) en travaux ? ». Un article tout doux qui commence par « cette rue perpendiculaire au faubourg Saint-Jean a été refaite il y a moins de deux ans ». Une façon délicate de ne pas écrire refaite il y a à peine plus d’un an.
La journaliste a certes le bon goût de donner la parole à un habitant :

« C’est une aberration de voir à nouveau des travaux alors que la rue était impeccable », juge Claude, habitant à quelques mètres de la rue. « Les arbres tout juste plantés ont été arrachés. Dans le quartier, on n’est pas du tout d’accord. On voit où part l’argent public, c’est une gabegie. »

Oui, monsieur, c’est exact. Et j’imagine que vous serez ravi de lire les éléments de langage fournis par la mairie tels qu’ils sont retranscris à la fin de l’article :

Au sujet de la multiplication des travaux et donc des dépenses engendrées, la mairie d’Orléans évoque le déploiement actuel de la compétence métropolitaine en ce qui concerne les travaux publics : « Cela permettra de fluidifier de tels circuits de décision. » 

C’est un peu un circulez y a rien à voir version langue de bois : la compétence métropolitaine en matière de voirie date de janvier 2017 ! L’administration peut être longue à la détente mais faudrait quand même pas pousser mémé dans les orties. La vérité c’est que les municipalités, bien loin de jouer le jeu de l’intégration métropolitaine, restent désespérement clientélistes au ras du bitume2.

Les travaux de démolition ont donc commencé :

Par souci d’exactitude, je tiens à préciser que je n’ai pas été assez attentif la semaine dernière à la syntaxe municipale. Les élus ont parlé lors du vote-consultaton des riverains de la « réduction de la largeur actuelle des deux trottoirs de 50 cm au droit des stationnements » et que c’est dans le descriptif des travaux tels qu’ils ont été arrêtés – l’information que j’ai eue en premier – qu’on lit « réduction des trottoirs à 50 cm de large au niveau des zones de stationnements ». La première formulation est manifestement la bonne et il se pourrait bien que le résultat du rétrécissement reste dans les clous des principes d’accessibilité de l’espace public. Sur le papier en tout cas. Une mauvaise surprise sur site n’est pas impossible.

Notes

  1. « Raison, politique et science » dit sa bio Twitter, un beau programme.
  2. On peut lire à ce sujet ce qu’en pense Dominique Gros, ancien maire de Metz, dont les propos sur le sujet du clientélisme ont été recueillis par La Croix en février 2020, en pleine campagne des municipales : « L’une des clés, selon lui, est d’accepter d’être parfois impopulaire à court terme, à cause d’un chantier incommodant pour les riverains par exemple, et de bien gérer le temps long. « Si on ne suit que des demandes individuelles de court terme, on ne fait rien. Et même en étant cynique, sur le long terme, je ne crois pas que ça paye. Car en favorisant certains, vous créez une distorsion avec les autres. »​​​​​​​« 

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6 réponses

  1. Pierrot C. dit :

    Jamais contents ces cyclistes ! Vous avez une bande, ça couine pour 2 voitures qui se protègent de la circulation, vous avez une piste en bronze, ça cagade une pendule.

    Vous vouliez une piste, vous l’avez, et vous vous lavez visiblement le dimanche. Enfin, ça fera un coureur propre comme-ça !
    Tout ça pour faire des photos un dimanche matin où il est tombé 3 gouttes. Il est visiblement pas en sucre votre cycliste témoin, et s’il y en a plusieurs comme lui, faut les mettre dans un sucrier, pour les conserver.
    Un sucrier en porcelaine, mais attention, c’est fragile la porcelaine, surtout du Limoges, c’est pourquoi il y a des cédez-le-passage, même à la sortie des voies privées, pour pas qu’on vous roule dessus avec nos 4×4 urbains quand on va à plastic’land. On a pas les moyen de se payer de la porcelaine, nous.

    Pierrot C.

  2. janpeire dit :

    Très bon billet, en toute impartialité 😀

    Pour rester dans le quartier de la Source, j’avais découvert en partie cet équipement lors d’une petite visite urbaine, réalisée par le comité de quartier. Rien de mieux que les personnes concernées pour vous guider :
    https://becancaneries.wordpress.com/2019/10/06/retour-a-la-source/

    Pour la rue Landreloup, c’est à croire que comme la rue Morteloup à la Chapelle, il est des noms qui attirent le flou…ze.

    Sur l’opération « peins ton arbre », j’ai cru au début qu’ils étaient malades et que c’était un traitement curatif, un peu comme dans les cuvettes des toilettes, contre par exemple la pollution, auquel cas, j’aurais benoitement plaidé pour limiter la circulation.
    Enfin, merci pour l’info, mais mais mais cela pose un problème : si un cycliste prend la voie verte, pour suivre la ligne bleue, quelle est la couleur de son cadre arrivé à Chécy ?

    JPB

  3. V-LO dit :

    J’ai lu avec étonnement l’article de la Rép’, dont j’ai trouvé la journaliste bien indulgente et pas très encline à aller un peu plus loin dans l’enquête que les pratiques éléments de langage fournis par nos élus.

  1. 7 février 2021

    […] croyable affaire de la rue Landreloup à Orléans, voir ce billet. Je suis également revenu dessus dimanche dernier en précisant que j’avais peut-être été vite en besogne en parlant de non respect de la […]

  2. 4 juillet 2021

    […] météo était incertaine mais le ciel a finalement été clément quai du Châtelet où les troncs des platanes ont très brièvement été bleus en janvier […]

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