Pourquoi est-ce que je n’utilise pas davantage mon VAE ?

Ce n’est pas Jeanne-à-la-seule-force-de-ses-jambes qui s’exprime mais l’énergique Madi Carlson dont vous avez déjà rencontré le témoignage en décembre dernier dans « Pourquoi je n’ai pas de VAE (ou pourquoi je ne veux pas d’un vélo-comme-une-voiture) ». Elle poursuit dans ce nouveau texte sa réflexion personnelle sur l’usage du vélo à assistance électrique. Voici la traduction de « Why don’t I ride my e-bike more? » publié le 27 janvier 2020 sur son blog Family Ride.

J’ai la chance extraordinaire qu’on me prête un Urban Arrow avec assistance électrique pour une longue période, et quelques mois ont passé depuis. J’ai toujours adoré les bakfietsen (appelés également longjohns, frontloaders ou encore box bikes) et j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises d’en louer à l’occasion de voyages dans des villes plates avant que l’assistance électrique ne devienne courante. Pouvoir me jucher sur un modèle qui est assez puissant et spacieux pour emporter mes deux grands enfants est tout simplement génial ! Cependant je ne l’utilise pas systématiquement et ce n’est pas passé inaperçu.

Merci à @stuuart de m’avoir récemment interrogé à ce sujet sur Twitter :

En voilà une bonne question ! Je me sens un peu idiote de n’y avoir pas pensé plus tôt, mais j’ai pris le temps d’y réfléchir sérieusement – à la fois en utilisant et en délaissant ce merveilleux vélo. Voici classées dans l’ordre mes nombreuses – mais mineures – raisons de me comporter ainsi.

1 C’est lourd. Oui, le moteur est là pour contrebalancer le poids de l’engin quand on roule, mais on a généralement besoin de le manœuvrer, ne serait-ce qu’un peu, une fois descendu de selle. L’Urban Arrow pèse 50 kg. Mon Big Dummy n’est pas très léger avec ses 34 kg mais il y a tout de même une sacrée différence, et en plus je suis habituée à son profil si bien que j’arrive sans souci à le soulever partiellement sans me faire mal au dos. Faut avouer que ça n’a pas été toujours le cas : je passais d’un vélo de seulement 22 kg et d’une taille standard que je pouvais facilement déplacer avec mes enfants dessus (un assis devant et l’autre derrière, donc un chargement bien équilibré) à un Big Dummy avec lequel j’ai passé nos premiers mois à avoir mal au dos tout en n’étant pas capable de le soulever par l’arrière une fois chargée de mes deux garçons. Il est donc possible que je finisse par m’habituer au poids de l’Urban Arrow à condition de l’utiliser plus régulièrement. Pour le moment, au travail, je dois manœuvrer en deux temps pour le rentrer dans mon bureau : je me porte à l’avant vaille que vaille pour soulever la roue avant et lui faire passer la bordure puis je me porte à l’arrière pour faire de même avec la roue arrière tout en poussant le tout pour passer la porte.

Soulever le vélo pour passer la bordure n’est pas atroce mais ce n’est pas amusant.

Chez moi j’ai installé une rampe de fortune pour franchir le petit ressaut à l’arrière de la maison, mais je dois toujours soulever de quelques centimètres l’avant du vélo pour éviter de frotter le bas du cadre. J’arrive en général à sortir le vélo en n’ouvrant qu’un des ouvrants de la double porte-fenêtre, mais je dois souvent ouvrir les deux (ce qui implique de se contorsionner pour actionner deux loquets, l’un en haut, l’autre en bas1) pour le rentrer. C’est pas la fin du monde mais c’est quelque chose que mon Big Dummy m’épargne, et tous ces gestes supplémentaires ont tendance à me tirer sur le dos.

Je connais des mamans-cargos2 qui ont fait de la musculation pour gagner en force et s’assurer de pouvoir continuer à utiliser leur longtail avec des enfants devenus plus lourds. Il me faudrait m’organiser autrement pour pouvoir faire de l’exercice en dehors de mes trajets à vélo, mais c’est une stratégie que je valide.

Je connais une autre maman-cargo dont le bakfiets a été volé. Quand je l’ai entendu se plaindre du poids de son vélo j’ai cru comprendre qu’elle s’était acheté un autre vélo-cargo et que j’étais passée à côté. Mais non, elle parlait de son vélo pliant avec lequel elle faisait tous ses trajets. Les vélos pliants « facilement transportables » vous obligent parfois à beaucoup les porter, ce qu’elle n’avait évidemment pas besoin de faire avec son bakfiets. On ne se rend pas toujours compte combien le fait de soulever un vélo est lié au type d’engin ou à certaines circonstances. Je possède un vélo pliant et je dois me trouver dans de bonnes dispositions (aucun mal de dos, bien reposée) pour souhaiter le prendre lors d’un trajet où j’aurai à le soulever et le porter souvent. Il est très pratique et je l’adore mais il est lourd – pas seulement en raison de son poids (13,5 kg) mais aussi parce que je dois beaucoup le soulever et le porter.

Ce n’est pas directement lié, c’est quelque chose à garder dans un coin de ma tête, mais je pourrais bien finir par m’habituer à la corpulence de l’Urban Arrow : j’ai longtemps pensé que si j’avais eu Pixie avant mon Big Dummy j’aurais acheté un panier spécial chien. Ou au moins un panier plus profond. Ça m’a tenu quelques années avant de réaliser que le panier avant, peu profond, faisait bien l’affaire. Je me serai fait à l’Urban Arrow le jour où j’arrêterai de me plaindre de son poids. La semaine dernière j’ai roulé avec l’UA jusqu’au bureau parce que je devais ensuite conduire mon fils de 12 ans à un rendez-vous médical, mais quand celui-ci a été reporté je me suis mise à geindre, « j’aurais pu prendre un vélo plus léger aujourd’hui ! ». C’est clair, je suis encore loin de m’être habituée à son poids.

2 J’adore utiliser mon Big Dummy. Nous habitons ici [à Portland] depuis deux ans et demi mais je suis toujours autant sous le charme d’un quartier et d’une ville que je peux sillonner sans difficultés avec mon sacré vieux vélo. Quand j’habitais à Seattle (dans un « quartier accroché à une falaise » selon un ami résidant dans un quartier un peu moins pentu) je prenais toujours un vélo standard quand je n’avais pas à transporter mes enfants. Je n’ai jamais compris pourquoi mes amis prenaient leur grand et lourd vélo-cargo même quand ce n’était pas nécessaire. Je ne sais toujours pas pourquoi les gens de Seattle procèdent ainsi, mais ici à Portland, dans une partie plate de la ville, j’adore prendre mon confortable vélo-cargo familier à chaque sortie – on sait jamais, au cas où il faudrait charger quelque chose de trop volumineux pour un vélo standard.

3 Je roule très lentement. Tout le monde me dépasse quand je pédale sur le Big Dummy – même quand je ne transporte rien. Mais j’ai l’habitude. J’aime rouler assez lentement pour repérer des choses que je raterais si j’allais plus vite et je sais me donner suffisamment de temps pour effectuer mes trajets tranquillement. Si je dois vraiment me dépêcher je suis généralement en mesure d’appuyer plus fort sur les pédales, même sur mon lourd vélo. D’un autre côté, c’est sympa de mettre 10 minutes de moins avec l’Urban Arrow ! Ou de s’attarder 10 minutes de plus avant de repartir. Parfois je prends mon vélo de route pour aller au boulot et ça me fait la même chose. J’aime bien rouler vite de temps en temps mais je ne m’amuse pas à ça tous les jours comme certains. J’aime musarder.

Apparemment l’Urban Arrow est un VAE « lent » selon un ami qui possède différents modèles et a plus d’expérience que moi en la matière. C’est évidemment ce qui le rend parfait pour moi ! Pour avoir utilisé la même motorisation Bosch en empruntant le Surly Big Easy, je peux confirmer que le Big Easy est bien plus pêchu. Je mets ça sur le compte de la géométrie du vélo – le Big Easy est un VTT sur lequel on est porté vers l’avant alors que sur l’Urban Arrow on est placé en position totalement relevée. C’est une posture majestueuse ! Mais pas rapide-rapide.

4 J’arrive mieux à charger le Big Dummy. Voilà une autre chose qui changerait avec la pratique mais si les caisses de cargo comme sur le Urban Arrow sont super pratiques pour y entasser des sacs de course, les longtails comme mon Big Dummy sont parfaitement adaptés pour le transport d’autres vélos ou d’objets encombrants. Avec le Urban Arrow, j’ai réussi à transporter un enfant et son vélo en le posant à plat sur la partie inoccupée de la caisse, mais ça dépassait beaucoup. J’ai trouvé la porte que j’utilise comme rampe à l’occasion d’une sortie avec mon Big Dummy et je ne vois pas comment j’aurais pu la ramener avec le Urban Arrow. Je n’ai jamais pris de sangles avec lui donc je ne lui ai jamais vraiment donné sa chance dans ce domaine.

Quand une vieille porte abandonnée va devenir une rampe à vélo !

5 Il est chic et n’est pas à moi. Je suis toujours nerveuse quand j’attache ou cogne involontairement un nouveau vélo. Dans le cas de l’Urban Arrow ce sentiment est accru par le fait qu’on me le prête. Il me semble que je l’utilise assez pour en être une bonne ambassadrice, mais je ne peux pas me résoudre à l’emmener dans des endroits où il devra rester stationné dehors plusieurs heures. Heureusement je peux le garer à l’intérieur chez moi et au bureau et il existe des tas d’endroits où je peux me rendre avec sans avoir à le laisser trop longtemps sans surveillance.

6 Je suis toujours un peu anxieuse concernant l’autonomie de la batterie. Ce n’est pas aussi catastrophique que ça ne l’était au début mais ça fait encore une chose de plus à prévoir. Je n’ai pas l’habitude de recharger la batterie et en général je ne m’en soucie guère à moins que je sois certaine d’utiliser l’Urban Arrow dans les heures qui suivent. Ce comportement m’a laissé avec une batterie quasi déchargée et un enfant malade à aller chercher chez un copain… pas très loin mais en bas d’une côte. (J’ai roulé sans assistance pour le rejoindre et enclenché le mode Eco pour rentrer, l’assistance s’est coupée en haut de la côte, ouf. Ça m’a enquiquiné de ne pas pouvoir arriver plus vite auprès de mon fils malade et de ne pas rentrer à la maison plus vite, tout ça parce que je ne pense pas à recharger la batterie.) Pour la plupart des gens cette angoisse de la charge3 disparaît peu de temps après l’adoption d’un VAE. Cela dit, je suis souvent surprise d’entendre un ami, depuis longtemps adepte du VAE, se faire du souci concernant la durée de vie des batteries.

0 Je crains qu’on se moque de moi sur le thème du « tu triches avec l’assistance ». Cette raison n’a pas sa place dans ma liste parce que ROULER EN VAE N’EST PAS TRICHER donc je n’en fais pas cas. Toutefois, il y a assez de gens qui le pensent et donc c’est toujours intéressant d’y revenir. J’ai d’ailleurs entendu beaucoup de gens confier leurs craintes à ce sujet si jamais ils optaient pour un VAE. Quoique j’aime enclencher le mode turbo (le plus puissant des quatre niveaux d’assistance) pour attaquer de grandes montées, je n’ai pas le sentiment de m’amollir. J’adore aussi utiliser un VAE pour transporter mes deux enfants sur de longues distances, et là non plus je n’ai pas le sentiment de me dorloter. Les VAE sont fantastiques, amusants et vifs, mais ce sont toujours des vélos. Quand je me retrouve, de ma faute, avec la batterie à plat, je peux toujours pédaler et avancer. Je peux aussi décider de passer par un itinéraire plus plat si je suis en vélo musculaire. Quelqu’un qui pense que rouler en VAE est tricher ne sera pas sensible à mon expérience, mais j’aime ajouter du vélo dans nos vies y compris dans des longs trajets. Je suis allé chercher mes enfants à l’aéroport (distant de plus de 22 km) le Jour de l’an. C’était pas cher, plus rapide et plus amusant que de prendre le métro ou le bus – ce qui serait mon alternative étant donné que je ne me vois pas les ramener sur cette distance avec le Big Dummy ou leur demander de faire la distance à vélo eux-mêmes (même en milieu de journée un jour de beau temps… ce qui n’était pas le cas). D’autres personnes remplacent des déplacements en voiture de la même façon et c’est ça le vrai et génial effet Game Changer du VAE. Les VAE sont utilisés depuis pas mal de temps déjà et beaucoup de données sont disponibles, il y a des tas d’articles facilement accessibles qui sont bien plus pertinents que mes petites anecdotes pour montrer combien les gens pédalent davantage quand ils adoptent le VAE.

Bien chargés pour faire le long trajet qui nous ramènera à la maison depuis l’aéroport.

J’aimerais vraiment retrouver le lien d’une vidéo que j’avais vue il y a longtemps (huit, dix ans ?), celle montrant une ancienne coureuse cycliste professionnelle (de VTT peut-être ?) transportant ses enfants sur un trike-cargo avec assistance électrique. Au début je ne comprenais pas pourquoi une femme aussi entraînée qu’elle utilisait un moteur. Mais voilà le truc : il n’est pas nécessaire d’avoir besoin d’un moteur pour en faire un très bon usage. Quoique je n’ai jamais considéré l’assistance électrique comme de la triche, j’ai mis un certain temps (à vrai dire, jusqu’à ce que j’écrive ces lignes) pour y voir clair concernant les personnes comme cette super maman. Il est facile de se rendre compte combien les VAE sont merveilleux pour les gens qui autrement ne pourraient pas se rendre à vélo partout ou transporter ce qu’ils doivent transporter, mais ils sont aussi merveilleux pour des gens qui pourraient très bien s’en passer4.

Est-ce que l’Urban Arrow a changé quelque chose à nos vies ? Bien sûr que oui ! J’ai de la chance que mes enfants n’aient pas trop d’activité ou de centre d’intérêts loin de la maison à des horaires compliqués. J’ai inscrit mon collégien à une activité périscolaire près de chez nous mais loin du collège, avec une fenêtre horaire très étroite pour s’y rendre. Je ne l’aurais jamais fait sans l’Urban Arrow. Et encore, nous arrivons avec quelques minutes de retard, mais tant du point de vue de l’animateur que de mon fils, ce n’est pas un problème et il ne manque rien. Je ne sais pas ce qu’on fera lorsque je n’aurai plus l’Urban Arrow. Peut-être du covoiturage avec une autre famille de l’école… mais on préfère éviter l’automobile. L’option la plus rapide serait que nous y allions en tandem, que j’aimerais que nous utilisions plus fréquemment, mais il va nous falloir beaucoup d’entraînement et probablement un peu de mal aux genoux en ce qui me concerne (il ne pédale pas avec régularité). Pour le moment mon fils adore cet atelier et j’adore le conduire là-bas rapidement au guidon de l’Urban Arrow.

Notes

  1. La porte-fenêtre à deux ouvrants est qualifiée dans le texte original de French doors. NdT
  2. Qu’on me permette ce néologisme pour traduire l’expression cargo biking moms. NdT
  3. La version originale utilise l’expression magnifique de concision – comme souvent en anglais – de range anxiety. NdT
  4. Cette conclusion rejoint celle de Kent Peterson dans « Je n’avais pas besoin ni voulais d’un VAE, mais je suis bien content d’en avoir un !« . NdT

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5 réponses

  1. janpeire dit :

    Article intéressant dans une période où ils sont nombreux à présenter l’électrocyclette comme la panacée, et à vouloir donner de l’argent pour son achat — sans récompenser jamais ceux qui ne pollueront point avec un vélo —, alors que « à l’arrêt », reste de l’engin un poids sur les bras. Je pensais la charrette bien moins lourde.

    /!\ Humour : par ailleurs, je vais dénoncer cette dame et ses enfants au parti du chien. C’est scandaleux de le promener pour ensuite, lui faire tirer l’électrocyclette dans le garage (sur la fameuse rampe) ; l’emmener avec eux manger un morceau* ne compense pas cette exploitation animale.

    *l’image est choupinoue tout plein 😀

  2. janpeire dit :

    Au final, elle est comme même vachement motivée pour faire du vélo.
    À la première lecture, j’ai raté le Surly© avec la porte-rampe. Malgré toutes mes prétentions, jamais, j a m a i s, je ne ferais cela. Bravo !

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