Une véloroute brabançonne en cours d’aménagement expérimente un nouveau type de jalonnement

Les Pays-Bas continuent d’étendre le réseau des « snelfietsroutes » qu’on pourrait traduire par « voies express vélo ». Pour plus de commodité j’utilise le terme de véloroute1. D’ailleurs, comme Mark Wagenbuur l’expose bien dans ce billet, associer « vélo » et « vitesse » n’est pas de nature à faciliter les projets d’aménagement de ce type.
Voici la traduction de « A fast cycle route under development » publié le 14 octobre 2020 sur Bicycle Dutch.

Une nouvelle section d’une véloroute a été achevée dans le réseau toujours plus étendu des véloroutes de la province du Brabant-Septentrional. Les véloroutes sont principalement aménagées pour offrir aux gens une alternative à l’autosolisme, mais elles sont aussi souvent utilisées par les élèves et pour les loisirs. Pour ce billet, j’ai examiné la F261 qui relie le nord de Tilbourg à Waalwijk. La section sur laquelle je me concentre aujourd’hui est la partie la plus septentrionale, de Kaatsheuvel à Waalwijk.

Juste avant que la route F261 n’atteigne Loon op Zand, la piste cyclable ressemble à n’importe quelle piste cyclable « ordinaire » des Pays-Bas. Le panneau est cependant très particulier. À la manière du métro, il indique aux gens où ils se trouvent, d’où ils viennent et où ils vont.
Les panneaux avec le numéro de l’itinéraire et les début et fin de parcours sont très clairs et très utiles pour s’orienter.
Cette partie de la F261 longe directement la route N261 et est inconfortablement bruyante. Sur la gauche, l’hôtel du parc d’attraction Efteling.

En un court laps de temps, je suis tombé sur deux nouvelles concernant cet itinéraire, une bonne et une mauvaise, toutes les deux le 6 juin 2019. Cet après-midi là, un important passage souterrain de la F261 en développement a été ouvert à Kaatsheuvel (dans la municipalité de Loon of Zand). Cela signifiait la fin du carrefour que devaient utiliser de nombreux écoliers à l’intersection avec la route d’accès au parking de l’un des principaux parcs d’attractions du pays, Efteling. Ce célèbre parc est deux fois plus grand que le parc original de Disneyland en Californie et le précède de trois ans. Il est le troisième parc d’attractions le plus visité d’Europe, derrière Disneyland Paris et Europa-Park en Allemagne (plus de 5 millions de visiteurs par an). La circulation routière est à la hauteur de ce taux de fréquentation. Pour ouvrir le passage souterrain de manière festive, l’échevin à la circulation, Gerard Bruijniks, a distribué des glaces aux 100 premières personnes qui empruntaient le nouveau passage souterrain à vélo. Ce n’est pas un hasard si l’ouverture a eu lieu à un moment où les élèves rentraient de l’école à vélo.

Le passage souterrain de Kaatsheuvel (ouvert en juin 2019) permet de traverser la route sans croiser le trafic allant au parc d’attraction Efteling.
L’itinéraire devait passer par cette rue résidentielle requalifiée en vélorue. Le panneau était déjà installé, mais les riverains ont combattu la « dangereuse piste cyclable rapide » et ont gagné. Le conseil municipal de Waalwijk a renoncé à cette requalification en juin 2019. (Photo Google Streetview)

L’autre fait nouveau était beaucoup moins positif. À Waalwijk, dans la soirée du même jour, le 6 juin 2019, le conseil municipal a décidé de raccourcir considérablement la véloroute. Cette décision a été prise après la manifestation d’une très vive opposition de la part d’habitants de Waalwijk. La F261 devait passer par une rue résidentielle (Besoyensestraat), l’itinéraire le plus logique pour rejoindre un viaduc cyclable existant au-dessus de l’autoroute A59, directement au nord de la rue. Dans ce projet, la rue devenait une vélorue pour atteindre la zone industrielle de Waalwijk où beaucoup de gens travaillent. Après tout, cette véloroute doit offrir aux gens une alternative viable pour rejoindre leur lieu de travail. Il est déjà arrivé dans le Brabant que le nom « piste cyclable rapide » irrite la population. La F59 devait traverser Geffen sous forme de vélorue, mais elle n’a pas encore été aménagée ainsi car les riverains craignent que les « cyclistes rapides » soient plus dangereux pour leurs enfants que la circulation automobile. Ici aussi, à Waalwijk, les riverains étaient vent debout contre ce projet. Ils ont affirmé que leur rue très fréquentée, avec le trafic existant, les nombreuses voitures garées et les rues secondaires, deviendrait trop dangereuse si des « cyclistes rapides » venaient s’y ajouter. Un seul parti politique a voulu respecter l’accord avec la province pour aménager un itinéraire jusqu’à la zone industrielle, tous les autres partis se sont rangés du côté des habitants. Ils ont estimé que cet itinéraire ne valait pas la contestation ou les investissements, car il y a suffisamment d’itinéraires existants pour atteindre la zone industrielle à vélo. Curieusement, la section locale du Fietsersbond ne s’est pas non plus battue pour l’itinéraire, bien au contraire ! Un porte-parole a déclaré qu’un détour était préférable : « C’est peut-être quelques centaines de mètres de plus, mais pour un cycliste dans un bon flux, cela ne fait aucune différence. Un itinéraire cyclable rapide est utilisé par les personnes qui parcourent de plus longues distances à vélo. Lorsque vous roulez à vélo de Tilbourg à Waalwijk, ces quelques centaines de mètres ne sont rien. Ces personnes préfèrent faire quelques centaines de mètres de plus que de devoir pédaler avec les mains sur les freins dans une zone résidentielle ».

La route de Tilburg à Loon op Zand ne ressemble pour le moment pas du tout à une véloroute. L’itinéraire est censé être achevé avant 2021, mais on pouvait constater en juillet 2020 qu’il y a encore du travail ici…
Au sud de Loon op Zand. La différence de visibilité entre les anciens panneaux (à gauche) et les nouveaux panneaux expérimentaux (à droite) est évidente. Les seconds sont plus lisibles et placés plus tôt.

Je me demande vraiment à quel type de cyclistes ce porte-parole pensait. Cela décrit davantage le coureur cycliste parcourant l’ensemble de l’itinéraire que l’écolier ou l’employé en vêtement de tous les jours se rendant au travail sur une partie seulement du parcours. Nous avons clairement besoin d’un nouveau terme aux Pays-Bas pour désigner ce type d’itinéraire, alors que même les sections locales du Fietsersbond ne semblent pas comprendre à quoi sert une « voie express vélo ». La Gueldre a choisi d’utiliser le mot « chemin » (Rijnwaalpad, Maaswaalpad) et semble avoir moins de problèmes avec les riverains ou avec les personnes déçues parce qu’elles s’attendaient à ce que tous les carrefours soient multi-niveaux. Les mots sont très importants. La glace qui a été offerte spécifiquement aux écoliers qui empruntent cet itinéraire à Kaatsheuvel le jour même où cette malheureuse décision a été prise, met en évidence le fait que le vélo est considéré de manière très différente dans les nombreuses municipalités des Pays-Bas.

Dans toutes les rues secondaires, il est très clair que vous atteignez la F261 et aussi quelle direction prendre. Cette signalisation est explicite.
La nouvelle signalisation à hauteur des yeux présente également des inconvénients : la végétation masque plus facilement les panneaux.

La F261 complète (et raccourcie) est censée être terminée d’ici la fin de l’année 2020. C’est pourquoi j’ai décidé d’y jeter un coup d’œil cet été. Je ne pense pas que le calendrier sera tenu. Dans le sud de la municipalité de Loon of Zand, j’ai trouvé une route sans aucun aménagement cyclable pour l’instant et des pistes cyclables qui ont clairement besoin d’une requalification. Une chose a déjà été réglée, à savoir un jalonnement spécifique à cet itinéraire. Ce nouveau type de signalisation a été testé grandeur nature in situ à Tilbourg en 2018. La F261 est la première véloroute à être équipée de cette signalisation expérimentale tout au long du parcours et je dois dire qu’elle aide beaucoup à s’orienter. Cette nouvelle signalisation a été très appréciée et les résultats de l’enquête auprès des usagers ont été publiés (en anglais) dans le Journal of Transport Geography sur Science Direct.

En résumé :

  • La signalisation idéale le long des voies express vélo devrait être construite à « l’échelle du vélo ».
  • L’amélioration de la signalisation a eu une influence positive sur la perception du confort des utilisateurs de VAE.
  • Tous les participants ont préféré deux nouveaux concepts de jalonnement, en particulier le « Snel« .
  • La forme de la flèche et la couleur rouge rendent les panneaux reconnaissables de loin.
  • La cohérence des couleurs et des logos de la signalisation a permis d’identifier l’itinéraire comme une véloroute.
La municipalité de Waalwijk a construit une belle piste cyclable dans le cadre de la F261. Il est dommage qu’ils aient également raccourci l’itinéraire.
Le long du parcours, des aires de repos sont prévues. Celle-ci, située au (nouveau) bout de Waalwijk, a déjà été aménagée.

Je continuerai à suivre l’évolution de la F261. D’après ce que rapporte la presse, je pense que la partie côté Tilbourg est effectivement terminée. J’ai vu des marques sur la chaussée du côté de Loon op Zand. Les marquages sur la route sont toujours un signe que le changement est en cours : j’ai déjà écrit à ce sujet. Au début de l’année prochaine, je retournerai sur place. Dans la vidéo de cette semaine, je me concentre sur la partie que j’ai trouvée terminée cet été et sur le rendu du nouveau jalonnement.

La F261 s’intègre dans le réseau en développement des véloroutes dans la province du Brabant. Les grandes zones résidentielles sont bien reliées aux lieux de travail et aux petites zones résidentielles. Beaucoup de gens y trouvent leur compte.
La ligne verte centrale sert également de guide. Les lignes tactiles sur les cotés sont censées empêcher les gens de faire une sortie de piste. J’aime vraiment ça !
La vidéo de la semaine : sur la véloroute F261 Tilburg – Waalwijk

Notes

  1. Comme le fait remarquer Hans Kremer sur Twitter, ce mot n’est pas tout à fait satisfaisant et potentiellement ambigu : « Les Pays-Bas disposent d’un réseau inouï de « fietsroutes » (véloroutes) organisé avec des points-noeuds et destiné plutôt aux loisirs. Leur réseau de « snelfietsroutes » (réseau express vélo), en construction depuis 2010, vise l’utilitaire et la vitesse. »

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