Boussay, son château et une histoire de vieux cadre

Deuxième et dernière carte postale de l’été 2020 depuis la Touraine du Sud. Après une carte postale lochoise, j’ai documenté une courte excursion sur une voie verte autour du Blanc dans l’Indre, puis j’ai fait le point sur le projet d’une autre voie verte dans le sud de l’Indre-et-Loire, entre Descartes et Tournon Saint Martin, avec un petit reportage sur le charmant village de Chaumussay et sa gare fin de siècle. Il se trouve qu’à une poignée de kilomètres de Chaumussay et de Preuilly-sur-Claise, un autre joli village ne manque pas d’attiser la curiosité patrimoniale – car on y trouve un château. Boussay, c’est son nom, vaut le coup d’œil… et de pédale dans les divers hameaux alentour.

Un village

Passion toponymes, suite.
(des hameaux de la commune de Boussay)
Le 37 par 37. Logique caniculaire.
Surlignés, les deux hameaux qui sont évoqués dans la suite du billet.

Le bourg principal de la commune est niché au pied d’un coteau en pente douce. La vue progressive qu’on en a en arrivant du sud est la plus sympa (depuis « La Croix Gilette »). Depuis le nord (et donc depuis Preuilly), on longe d’abord les communs du château, qu’on aperçoit brièvement au travers d’une grille, puis l’église s’offre au regard.

L’église Saint-Laurent.

Deux/trois rues et pas une verrue – à part les quelques voitures stationnées là où ce n’est pas autorisé, évidemment.

Ici comme ailleurs, des collectifs se mobilisent contre la construction d’éoliennes géantes. Sur le blog des Fédérés de Descartes, on trouve le compte-rendu pas piqué des hannetons de l’ambiance électrique qui a régné autour d’une réunion publique sur le sujet fin juillet dans la commune voisine de Charnizay.

Sur le panneau d’information de la commune.

Un château

Les propriétaires du château1 – ils sont trois de la même famille, une aile chacun – ont l’heureuse amabilité de laisser ouvert le parc en journée et d’autoriser ainsi le roturier visiteur à faire le tour des bâtiments.
Alors pourquoi ne pas le faire à vélo ?
Allez, hop ! En selle pour un demi-tour en passant devant les communs :

« un heureux amalgame de styles fort différents »

Que nous dit le panneau d’information touristique placé à côté de la grille d’entrée ?
Extrait :

Ce château, édifié par Eschivard de Preuilly, fut acheté vers 1118 par Renaud de Payen, qui était vraisemblablement de la même famille que Hugues de Payen, un des fondateurs et premier Grand Maître de l’Ordre du Temple. Les Payen se succédèrent dans la possession de Boussay jusque vers 1342, époque à laquelle Jeanne de Payen épousa Nicolas III de Menou et lui apporta la terre en dot. Dès lors, le domaine resta la propriété de la maison de Menou qui le garda jusqu’en 1891, il passa alors par mariage dans la famille de Becdelièvre. Qualifié de « maison forte en 1533, le château de Boussay est entouré de douves que franchissait un pont-levis. Il comprenait alors quatre corps de logis entourant un vaste préau intérieur. Par la suite, les seigneurs du lieu remanièrent à maintes reprises leur demeure, abattant ici, construisant là, si bien qu’aujourd’hui Boussay offre un heureux amalgame de styles fort différents2.

Et c’est vrai que ça fait tout son charme, en sus de ses douves en eau.

Depuis peu il est possible de louer un vaste logement dans la tour carrée. Le positionnement tarifaire, certainement justifié, écarte manants et gens de peu. Ce gîte quatre étoiles est labelisé « Accueil Vélo » en titane.

Un petit panorama pour conclure. Depuis l’angle sud-ouest.

Un peintre

Moins célèbre que son grand frère Raoul, le peintre Jean Dufy (1888 – 1964) a épousé au début des années 1920 une fille de confiseurs de Preuilly-sur-Claise3. Et c’est en 1948 qu’il s’installe dans une maison du hameau de La Boissière sur la commune de Boussay. L’article qui lui est consacré dans Wikipédia nous apprend qu’au cours de la Première Guerre mondiale il a servi dans l’artillerie comme « cycliste de batterie ». Et qu’il s’est brouillé avec son grand frère après la réalisation conjointe de La Fée Électricité, célèbre œuvre monumentale commandée pour l’Exposition universelle de 1937 – Raoul s’en accordant tout le mérite.

Monter à La Boissière se mérite.

La gallerie parisienne Jacques Bailly possède plusieurs tableaux du peintre qu’il est loisible d’acquérir j’imagine. D’après un site spécialisé : « il est tout à fait abordable de s’offrir un petit croquis de l’artiste pour quelques centaines d’euros. Cependant dès qu’il s’agit d’aquarelles, les prix s’envolent très vite, dépassant les 10.000 euros notamment si la thématique du cirque est abordée. […] Les tableaux sont adjugés dans une fourchette s’étirant le plus souvent entre 15 000 euros et 40 000 euros. »

Dans tous les cas, certains habitants de la commune aimeraient que l’artiste soit davantage mis en valeur localement :

La proposition a finalement été retirée (pourquoi ? Mystère4).

Un cadre

C’est dans le hameau de Roux, presqu’à mi-chemin entre le bourg de Boussay et Preuilly-sur-Claise qu’avait été accroché 70 ans plus tôt au mur d’une grange un cadre de vélo soigneusement emmailloté. Son propriétaire l’avait remisé là car on ne trouvait plus de pièces pour l’entretenir. Il s’agissait d’un vélo Hirondelle acquis à la fin des années 1920. Un modèle doté du fameux mécanisme « rétro-direct » breveté en 19035 : pédaler en arrière permettait de bénéficier d’un développement plus petit, fait pour monter les côtes.

Il attendait là depuis (environ) 70 ans.
La momie prend le soleil.

Tel un Howard Carter désargenté, ou qui aurait préféré la Touraine du sud aux sables du désert égyptien, j’ai fiévreusement enlevé une à une les bandelettes maintenues par de la ficelle.

Le début d’une renaissance ?

Le cadre a quand même souffert. Il est piqueté de rouille et la peinture d’origine, très vert anglais avec deux liserés, ne se laisse apprécier que près du badge lui aussi bien oxydé.

Sur le forum Tonton Vélo consacré aux bicyclettes anciennes, j’ai trouvé des éléments complémentaires dans ce sujet de discussion. En particulier que j’étais devant un modèle d’Hirondelle à quatre vitesses rétro-directes, d’où la présence d’un levier sur le tube horizontal.

Le levier de commande de vitesse.

Pour une photo du vélo d’origine complet voir ce sujet du forum Vélocyclo.

Ce numéro de série (218347 ?) permettrait sans doute de connaître l’année de production.

Alors quoi maintenant ? Faire sabler et repeindre le cadre ? (Faire) remonter un vélo complet (en mono-pignon pour que ce soit « simple ») ?
Est-ce seulement envisageable ?

Les réponses à mes questions attendraient.
Il était temps de rentrer à Preuilly-sur-Claise dans la douceur chaleur du soir, à la poursuite rêveuse d’un ancien diamant vert… et de mon ombre.

Notes

  1. De jolies vues anciennes en noir et blanc du château à retrouver sur Commons.
  2. C’est ainsi expliqué sur le panneau : « De ce château fort, il reste encore deux tours du XVe siècle, l’une carrée et l’autre ronde. Au XVIIIe siècle, l’aile méridionale et une partie de l’aile occidentale disparaissent. »
  3. Portant le prénom rare d’Ismérie. C’est biblique.
  4. Ou alors une sinistre histoire de propriété intellectuelle ?
  5. Tout est expliqué dans la Wikipédia en anglais et il existe même une explication schématique en vidéo du fonctionnement du mécanisme.

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2 réponses

  1. janpeire dit :

    2 belles trouvailles. Le château qui a évolué au fil d’une histoire qui n’est souvent figée que dans les livres (le site ouèb par contre est illisible), et à défaut d’une toile de Dufy à accrocher au mur, tu as déballé une très intéressante sculpture.

    JPB

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