Des incertitudes sur le chantier de la future voie verte du Sud Touraine

À l’été 2018, j’avais dit deux mots du projet de voie verte désormais porté par la communauté de communes Loches Sud Touraine (dans Jeanne à Preuilly-sur-Claise en Touraine du sud) :

Du temps de la communauté de communes de la Touraine du sud, les élu(e)s ont formé le projet de créer une voie verte à l’emplacement d’une partie d’une ancienne voie de chemin de fer désaffectée, la ligne Port-de-Piles à Argenton-sur-Creuse, sur 42 km, de Descartes à Tournon Saint Martin. Ils s’inspirent en cela de celle créée un peu plus au sud dans le département de l’Indre, la voie verte des vallées.

Maintenant que j’ai été voir à hauteur de roue à quoi ressemble cette voie verte entre Ruffec et Le Blanc, je reviens sur ce projet qui est désormais entré en phase de chantier. Avec un focus sur une future étape pleine de charme : l’ancienne gare de Chaumussay.

Attention au rétrécissement !

Voici la carte du tracé prévu :

Voir en plein écran

La partie sud (en bleu), de Preuilly-sur-Claise à Tournon Saint Martin, pourrait bien ne jamais être réalisée, alors même qu’elle fait le lien, direct, avec les voies vertes aménagées autour du Blanc dans l’Indre. Comment est-ce possible ?
Le quotidien local, La Nouvelle République, parle d’un « sujet ultrasensible, pour ne pas dire sentimental et passionnel »1. Surtout depuis qu’en janvier 2017, la communauté de communes de Touraine du Sud a fusionné avec trois autres communautés de communes situées immédiatement au nord de son territoire (celles du Grand Ligueillois, de Loches Développement et de Montrésor) en apportant en guise de dot un magot de 10 millions d’euros. Il faut aller chez les Fédérés de Descartes, un blog qui fait un travail de veille et d’analyse politique remarquable2 pour prendre connaissance de toute l’histoire. Elle est racontée et mise en perspective avec minutie – en 2277 mots, pas moins – dans « Une petite voie dénaturée », article publié le 2 mai 2019.

En tout état de cause il y a de la pingrerie dans l’air sur fond de bisbilles territoriales. Au final, les élu(e)s cherchent à rogner sur le budget en oubliant que sur ce genre de projet il faut faire preuve d’ambition dès le départ et ne pas lésiner sur la dépense. Surtout que, comme le soulignent les Fédérés de Descartes, le projet est très largement subventionné par l’État, la région et le département. Dans le texte déjà mentionné, ils réagissaient à l’article paru dans le quotidien local le 25 avril 2019 sous le titre « Voie verte dans le sud Lochois : baisser la facture pour ne pas être dans le rouge ? »3. On y apprenait donc que les élu(e)s cherchent à faire des économies sur le revêtement et, encore plus stupéfiant :

Il y a même, écrite noir sur blanc, une hypothèse plus radicale encore : aménager l’ancienne voie ferrée en véritable voie verte uniquement de Descartes à Preuilly-sur-Claise. Sur le reste du parcours, donc de Preuilly à Tournon, elle serait simplement engazonnée. Les vélos seraient alors invités à poursuivre le parcours… sur la petite route voisine. De quoi économiser plus d’un million d’euros (TTC) sur la facture totale.

Contrairement à ce qui semble apparaître comme un scoop – ou une proposition de dernière minute – l’idée de ne pas compléter le revêtement sur les 15 km de Preuilly à Tournon Saint Martin était déjà écrite noir sur blanc dans le programme d’aménagement d’avril 2018 soumis à évaluation de la DREAL4 :

Dans le cas où Loches sud Touraine ne souhaiterait pas réaliser d’enduit bicouche sur la Phase 2 [= Gare de Preuilly-sur-Claise à la Gare de Tournon-Saint-Martin] mais opterait pour l’engazonnement de la Voie Verte, les cyclistes devront emprunter un itinéraire bis à faible trafic et longeant au plus près la Voie Verte.
A l’heure actuelle, le tracé n’est pas encore défini.

Comme l’écrivent les Fédérés :

[…] l’intérêt de faire cette voie verte, une vraie voie verte, sur toute la longueur : permettre une connexion avec celles qui sont en Brenne dès Tournon Saint Martin. A ne pas traiter la portion Preuilly sur Claise-Tournon Saint Pierre revient à avoir une section « isolée » des autres. Quelle serait l’attractivité touristique de cette portion de voie verte qui nécessiterait de tous côtés d’emprunter une route ordinaire pour l’atteindre !?! Quel intérêt !?

On ne peut pas être plus clair.

Chaumussay et son ancienne gare

J’aurais bien aimé tester grandeur nature les 25 km du parcours de Descartes à Preuilly-sur-Claise mais pour le moment c’est ambiance VTT + machette. Je me suis donc contenté de rejoindre Chaumussay par la route depuis Preuilly. C’est du reste un itinéraire dûment jalonné au sein du « circuit des 3 rivières », en l’espèce la boucle n° 10.
Pour illustrer l’état actuel de cette voie trop verte, voici l’ancienne ligne de chemin de fer que croise à un moment la petite route tranquille qui mène à Chaumussay :

Au passage, des panneaux signalant des hameaux continuent de m’enchanter. Je ne sais pas pourquoi – réminiscences littéraires ? – mais à la lecture de ces noms me viennent des fantasmes de livres (qui resteraient à écrire !). Le tout premier se suffit à lui-même comme une belle évidence, et a d’ailleurs déclenché ces rêveries : Les Hautes Thurinières. Ce pourrait être une série en plusieurs volumes : après La Maison Colin, pourquoi pas Un été à Gratebec puis Varton t’attend ?

L’ancienne voie ferrée passe au coeur du village de Chaumussay. Je ne sais pas ce que signifient ces croix jaunes sur cette modeste cahute, mais il ne serait pas étonnant qu’elle soit démolie :

À côté, un panneau d’information légale informe le public sur le permis d’aménager délivré :

Ce village d’un peu plus de deux cents habitants a su préserver son caractère et mettre en valeur son patrimoine bâti.

Du côté de l’abside de l’église on tombe sur de rejouissants modillons joliment restaurés:

Au début du siècle dernier. La gare est hors champs à environ 300 m sur la droite.

Un peu à l’écart du village se trouve l’anciennne gare. Si le bâtiment voyageur n’est pas aussi imposant que celui de la gare du Blanc, il s’inscrit dans un environnement qu’on peut qualifier de « préservé ».

Au début de siècle dernier.
Côté parvis (non bétonné).
Côté quai.

Les nombreux grands tilleuls plus que centenaires qui ombragent le lieu participent grandement de son atmosphère temps d’autrefois :

Outre cet atout patrimonial, Chaumussay a aménagé à proximité immédiate en contrebas un vaste espace pique-nique et détente. Un bon plan pour cyclovoyageur5 :

Panorama de l’espace pique-nique et détente en bord de Claise.

Alors ces travaux ?

Le quotidien local évoquait début juillet 2019 la réalisation du tronçon de Descartes à Preuilly-sur-Claise – phase 1 du projet – « de mai à juillet 2020 », « puis le deuxième tronçon entre Preuilly et Tournon-Saint-Pierre entre mai et juillet 2021 »6. Il est très probable que le confinement a retardé le démarrage des travaux. Autant que je puisse m’en rendre compte ils viennent juste de commencer avec le traitement de quelques ouvrages comme l’envisageait le programme d’aménagement de 2018 :

Actuellement, les ouvrages d’arts type ponts rails métalliques ne sont pas franchissables par des véhicules ou vélos.
Les tabliers sont composés de tôles métalliques, plus ou moins en bon état.
Le projet prévoit de rendre franchissable ces ponts et leur sécurisation.
Il sera étudié la mise en place d’une plate-forme béton sur les tabliers des ponts rails métalliques.

0n peut le constater à Preuilly-sur-Claise.
Si le pont rail des Cochetières est encore nu :

Le pont précédent, qui passe au-dessus de la départementale 365, a récemment reçu son impressionnante plateforme de béton :

Il va y avoir une sacrée marche à combler, et une pente à adoucir, pour ne pas transformer ces franchissements en dos d’âne géants.

Perspective verte en direction de Chaumussay (qui se situe à quelques kilomètres en aval de la Claise).

Il est à peu près certain que l’été prochain on pourra pédaler confortablement entre Preuilly-sur-Claise et Descartes. Mais qu’en sera-t-il de Preuilly à Tournon Saint Martin ?


Crédit photos anciennes :

Notes

  1. « Voie verte : quand des élus voient rouge », La Nouvelle République, 9 mars 2019.
  2. « Ce qui nous intéresse est exclusivement la politique locale menée sur le territoire des Communes et de la Communauté de Communes de Loches Sud Touraine » écrivent les auteurs du blog.
  3. « Voie verte dans le sud Lochois : baisser la facture pour ne pas être dans le rouge ? », La Nouvelle République, 25 avril 2019.
  4. Retrouvez ce document de 14 pages très intéressant ici (ainsi que le tracé détaillé de la future voie verte). Dans ce programme d’aménagement on trouve écrit ceci : « Le traitement des intersections avec les passages à niveau « classiques » et à faible trafic, consiste à mettre en place undsystème de barrières à chicane permettant de sécuriser les usagers lorsque des véhicules sont amenés à traverser la Voie Verte. » Mais les obstacles ne sont pas pour les véhicules (comprendre : les voitures), logique bien sûr ! ☹️
  5. Il sera imporant de bien le signaler à l’attention des futurs usagers de la voie verte.
  6. « La voie verte sur les rails », La Nouvelle République, 9 juillet 2020.

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3 réponses

  1. janpeire dit :

    « En tout état de cause il y a de la pingrerie dans l’air sur fond de bisbilles territoriales. Au final, les élu(e)s cherchent à rogner sur le budget en oubliant que sur ce genre de projet il faut faire preuve d’ambition dès le départ et ne pas lésiner sur la dépense. »

    Le 10000 feuilles administratif, avec autant de petits postes pour de petits esprits. C’est le même type de pingrerie & retour sur investissement qui font/ont fait des retards et des détours (de collines) sur une partie de l’EV3 en Charentes. Un département qui ne connaît de cyclable que le reportage du montre-couillon, qui désire un amortissement d’un aménagement antérieur et hasardeux, face à une association qui sait de quoi « randonneuse » est le nom.

    Quel est l’attrait de faire du vélo « à côté » d’une ancienne voie engazonnée ? Sauf à poser des « vélo-trains » sur les voies pour un circuit touristique, et encore, pour en avoir fait, c’est mieux de laisser les rails « dans leur jus ».

    JPB

    • Quand on sait – et tu le sais ! – combien il est délicat d’arriver à créer un itinéraire vélo cohérent on ne peut en effet qu’être atterré par ce genre de bidouillage/sabotage alors que la collectivité dispose déjà d’un tel itinéraire (qui coche toutes les cases : profil parfait, cheminement lisible, traverse toutes les communes etc.).

  1. 21 octobre 2020

    […] de transformation de voies ferrées désaffectées en voies vertes ne manquent pas en France. J’en ai évoqué un l’été dernier. Mark Wagenbuur nous fait découvrir un projet abouti et original de ce type, mais en milieu […]

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