Dix manières qu’ont les conducteurs d’insécuriser les cyclistes au quotidien

Le texte que vous allez lire est la traduction du billet intitulé « Ten everyday ways drivers make cyclists feel unsafe » publié sur Bike blog le 21 novembre 2018 par Peter Walker, journaliste au Guardian et auteur du livre How Cycling Can Save the World (2017)1. Avec l’aimable autorisation de son auteur2.

Qu’est-ce qui retient le plus de personnes au Royaume-Uni de se mettre au vélo pour leurs déplacements quotidiens ? La première réponse est élémentaire : le manque d’infrastructure sécurisée.

Si on attend des cyclistes qu’ils partagent la route avec des masses métalliques d’une tonne se déplaçant à toute vitesse, l’expérience montre que seul un faible pourcentage de la population montera en selle, principalement les jeunes et les déjà convaincus.

Cependant les raisons qui expliquent ce phénomène sont plus nuancées qu’il apparaît au premier abord. Oui, le danger réel est un problème important. Mais au Royaume-Uni, faire du vélo est à la fois moins sûr qu’on pourrait espérer mais aussi plus sûr que ne le pense la plupart des gens, avec une moyenne d’une blessure grave ou d’un décès par million de miles parcouru.

Le problème est que faire du vélo semble risqué. Une étude pionnière de 2015 a mis en évidence que les incidents effrayants, même s’ils ne causent pas de dégâts, sont une expérience routinière chez les cyclistes britanniques. C’est notamment un problème pour les néo-cyclistes, dont beaucoup sont rapidement écartés de leur nouveau moyen de transport.

Bien qu’une infrastructure cyclable sécurisée puisse prévenir l’immense majorité de ces expériences, il est nécessaire de souligner que les collisions évitées de justesse ne sont pas intrinsèquement liées au système routier actuel. Beaucoup de ces incidents sont dus aux mauvaises décisions des autres usagers de la route, à leur négligence ou leurs actions imprudentes, dans la plupart des cas des automobilistes et dans une moindre mesure des conducteurs de deux-roues motorisés.

J’ai décidé d’essayer de créer une espèce de typologie de ces comportements en empruntant une caméra puis en pédalant sur mon trajet habituel vers et depuis mon bureau à Londres tout en enregistrant ce qui se passait. Les temps forts, si on peut les appeler ainsi, sont présentés dans la vidéo ci-dessus.

La majorité des images tournées provient des dernières semaines, quelques unes étant plus anciennes. Certaines dates indiquées en bas de l’écran sont fausses car il m’a fallu un moment pour me rendre compte que je n’avais pas configuré ce paramètre correctement.

La caméra empruntée est une Fly12, un excellent modèle combiné à une lampe fabriqué par l’entreprise australienne Cycliq. J’ai aussi utilisé brièvement leur modèle de prise de vue arrière, la Fly6 qu’on aperçoit sur quelques images de la vidéo.

Avant de lister les types de comportements observés, il est utile de souligner ceci : cette vidéo ne représente qu’une infime partie de l’ensemble des comportements effrayants qu’on peut observer sur la plupart des routes britanniques.

Une des expériences les plus effrayantes, et communes, est l’excès de vitesse. Toutes les vidéos proviennent du centre de Londres où les bouchons maintiennent les vitesses moyennes basses. Allez pédaler dans des zones moins urbanisées et vous serez régulièrement dépassé par des voitures allant à 40 mph ou bien plus, y compris dans des zones limitées à 30 mph. Ce n’est pas amusant.

Et la plupart de mes trajets ont lieu sur un itinéraire, soigneusement étudié pour me rendre au travail, qui contient beaucoup de rues secondaires. Ce n’est donc pas surprenant que les pires incidents relevés proviennent d’un seul endroit – le toujours terrible rond-point au sud du Lambeth Bridge.

Après ces propos liminaires, voici ma liste des dix comportements de conducteurs qui tous les jours intimident et effraient les cyclistes. Regardez la vidéo pour les exemples et dites-nous lequel de ces comportements vous agace ou vous inquiète le plus.

1. Coller au train

Pas amusant en voiture, terrifiant quand vous êtes sur un vélo. C’est incroyable de constater combien certains conducteurs pensent que ça ne pose aucun problème de rouler à un pouce de votre roue arrière. L’exemple dans la vidéo est particulièrement gratiné – l’automobiliste concerné semblait considérer que je devais emprunter la voie de bus, bien qu’elle fut occupée un peu plus loin, et essayait plus ou moins de me pousser en dehors de la route.

2. Le dépassement rasant

Une expérience massivement partagée, provoquée généralement par des conducteurs qui se sentent obligés de dépasser quel que soit le risque de la manoeuvre. Évidemment, les dépassements rasant réalisés à grande vitesse sont les plus effrayants, mais même sans ce facteur aggravant c’est toujours un choc, comme le montrent les sursauts et les cris poussés dans la vidéo.

3. La queue de poisson

Un autre événement courant, qui impose souvent de serrer les freins. L’exemple fourni dans la vidéo implique un motard, qui me collait au train dans la descente d’une rue étroite limité à 20 mph dans laquelle il était clairement imprudent de tenter un dépassement, klaxonnant, avant de se rabattre sur moi pour tourner, apparemment autant en guise de punition que par utilité.

4. Rouler trop vite

C’est répandu, et comme déjà mentionné plus haut, c’est un vrai problème dans les rues tranquilles. Même à Londres dans les moments où la circulation est moins importante, par exemple la nuit, les excès de vitesse sont la norme. L’exemple dans la vidéo montre que même avec un cyclomoteur, un dépassement bien trop rapide peut être effrayant.

5. S’arrêter sur la voie cyclable

C’est incroyable le nombre de conducteurs qui pensent que les voies cyclables font de parfaits arrêts minutes. L’extrait vidéo ci-dessus propose une scène que j’observe plusieurs fois par semaine – une voie cyclable utilisée nuit et jour près de chez moi bloquée par quelqu’un ayant décidé de faire un saut dans la boutique toute proche, obligeant les cyclistes à se déporter sur une voie très empruntée juste avant d’attaquer une montée.

6. Le « pousse-toi de là que je m’y mette »

Ce comportement semble lié à la conviction qu’ont les conducteurs que la place des cyclistes est dans le caniveau, et que s’ils n’y sont pas il est normal de s’avancer dans leur voie pour essayer de les pousser. Dans l’exemple de la vidéo, je m’étais positionné volontairement au milieu de la voie du rond-point en question pour tourner à droite immédiatement après.

7. La ruée vers la chicane

Chaque cycliste l’a au moins expérimenté une fois : alors que la route se rétrécie, souvent à l’approche d’un îlot piéton, quelqu’un dans un véhicule essaye de dépasser à la dernière minute, forçant le cycliste à freiner dur pour éviter de heurter la bordure, ou pire.

8. Occuper le sas vélo

Utilisées dans de nombreuses villes, ces boites peintes devant les feux de circulation sont destinées à permettre aux cyclistes de démarrer au feu vert bien en vue des autres usagers, et non coincés dans un flux de véhicules. Hélas, un certain nombre d’automobilistes n’en tiennent pas compte, contraignant les cyclistes soit à attendre derrière soit à s’avancer encore plus avant.

9. Griller les feux

On fait tout un foin de cette habitude chez certains cyclistes. Mais observez attentivement la plupart des carrefours et vous constaterez tout autant de conducteurs passant au rouge. Et souvent à bonne vitesse – beaucoup accélérant lorsque le feu change de couleur – ce qui provoque décès et blessures. Comme toujours, c’est une affaire d’énergie cinétique.

10. Accaparer la route

Il est fréquent de rencontrer à vélo des véhicules occupant un espace qui ne leur appartient pas. L’exemple dans la vidéo illustre combien les rues résidentielles peuvent être pénibles à emprunter – des conducteurs coupant le virage ou alors se déportant franchement sur la voie opposée. Quand vous arrivez en face en voiture, c’est perturbant. Vécu depuis un vélo c’est carrément flippant.


Crédit photo : Spsmiler [CC0], from Wikimedia Commons

Notes

  1. Ce livre publié aux éditions Penguin Random House n’est pour le moment pas édité en français et c’est bien dommage.
  2. Vous pouvez retrouver Peter Walker sur Twitter.

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3 réponses

  1. REGUIGNE REGIS , dit :

    Là, à Londres, l’on se croirait à Orléans et dans son agglomération ! D’où « notre combat sécurité au quotidien ». Un jour, en plus de nos « écarteurs de danger  » nous porteront des gants métalliques, costauds, d’armures de chevaliers pour « écarter les frôleurs ». A propos, lorsque nous les écarterons, tendrons le bras « équipé ainsi » nous ne « toucherons pas les frôleurs » puisqu’un bras fait en moyenne 65 centimètres et que tous respectent, en ville, le dépassement règlementaire à au moins 1 mètre ….

  2. Guillaume dit :

    ah ah excellent.. et en mode boulet au début, je me dis « mais pourquoi il roule à gauche de la chaussée aussi » mdr sinon ma bêtise mise de côté 5 secondes, je me retrouve bien dans cette vidéo, je me suis d’ailleurs fait rentrer dedans par une voiture ayant adopté le comportement 3 + 5 (combo) à hauteur du pont d’Olivet il y a 3 mois.

  3. Carl dit :

    Merci Jeanne. Une source très appréciée que nous allons nous permettre de relayer.

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