Les établissements Colesse rue Bannier

Isabelle et Jeanne se penchent sur le passé.
Isabelle et Jeanne auraient voulu avoir un anniversaire à souhaiter pour le 29 février. Comme elles ne l’ont pas, elles se sont penchées sur le glorieux passé de leurs vélocistes et autres marchands de vélos.

En route vers Paris et Orléans ! 


À la fin des années 1950 et au début des années 1960, c’est la fin d’un cycle.
Comme l’écrit Philippe Gaboriau dans son article « Les trois âges du vélo en France »1 :

« Au cours des années 1960, les classes populaires entrent dans la civilisation de l’automobile, apanage jusque-là des classes supérieures. La voiture devient, pour tous, le moyen de transport familial. Dans l’univers de l’utile, la bicyclette des années 1950 répond de moins en moins à la demande populaire. Avec ses pédales et son « moteur humain », le vélo fatigue. Il se dote d’un « moteur auxiliaire », devient « vélomoteur », motocyclette puis voiture populaire, deux chevaux, quatre chevaux. La bicyclette utilitaire se démode, et en 1956, la production annuelle de cycle, avec sept cent mille bicyclettes produites, atteint son chiffre le plus bas… »

Dans le numéro de juin 1948 du mensuel Motocycles on trouve ce genre de réclame :

La fatigue, voilà l’ennemie !

Un magasin à Orléans reflète parfaitement cette évolution : les établissements Colesse qui étaient situés au 63 de la rue Bannier. Je n’ai pas découvert l’existence de ce commerce en farfouillant dans les archives numérisées. C’est lors de la vélorution d’automne d’octobre 2019 que j’ai rencontré l’heureux propriétaire d’un vélo pliant Motoconfort sauvé du ferrailleur.

Sur le garde-boue avant chromé, un écusson :

Et un autocollant sur le bas du cadre :

« Orléans – Moto ». Le vélo ne représente plus qu’une activité résiduelle, au moins au niveau du chiffre d’affaires. L’heure est à la mobylette et à la moto – et au VéloSoleX.
Ce n’était manifestement pas le premier magasin ouvert par Camille Colesse à Orléans :

La fiche auxiliaire cadastrale nous apprend que l’établissement de la rue Bannier date de la fin des années 1950 et aurait peut-être fermé au début des années 1980 :

Et aujourd’hui ?

Aujourd’hui, comme de nombreuses cellules commerciales de la rue Bannier, les locaux sont occupés par une agence immobilière :

Au moment où je mettais la dernière main à ce billet – et dans une manifestation de hasard objectif cher à André Breton – devinez sur quoi je suis tombé dans le tramway (que je n’utilise que très rarement) ? Un vieux Motoconfort vendu par Colesse et dorénavant utilisé par une jeune femme. Elle l’a acquis il y a quelques années auprès d’un particulier. En souriant elle m’a dit que plusieurs choses ne marchaient pas bien sur sa bécane. Je lui ai dit avant de quitter la rame : « tout se répare »2.
L’avenir dure longtemps3 !

Une intermodalité qui enjambe quelques décennies.

➡️ Continuez votre lecture chez Isabelle.

Notes

  1. Philippe Gaboriau, « Les trois âges du vélo en France », Vingtième Siècle, revue d’histoire, n°29, janvier-mars 1991. pp. 17-34. Lire en ligne
  2. Et vous savez ce que fait le propriétaire du joli Motoconfort pliant ? Il propose un service de mécanique vélo à domicile : Cyclorléans. Compétent et sympathique, que demander de plus ?
  3. C’est le titre d’une autobiographie du philosophe marxisant Louis Althusser (dont je n’ai rien lu, n’allez pas vous imaginer des choses). Dans un autre de ses livres, il utilise la métaphore de la bicyclette dans un obscur exposé, cela va de soi, sur marxisme et historicisme – oh là là ! il n’y a rien à comprendre, juste le plaisir de la citation 🤓 : « Vous connaissez les bicyclettes normales : elles ont deux roues ; on pédale et on avance. Dans les salles de rééducation il y a aussi des bicyclettes, mais elles n’ont pas de roues. On pédale et on n’avance pas. L’historicisme est une bicyclette sans roues. Vous pouvez l’enfourcher et pédaler : vous resterez sur place. C’est ce qui se passe quand on proclame que tout change et que l’histoire est changement, et que tout est histoire. »

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3 réponses

  1. Calcius dit :

    Je ne m’en souvenais plus..mais ça me revient..mes parents m’avaient acheté dans ce magasin un maillot La Redoute Motobecane ….la patronne m’avait presque engueulé car j’avais essayé le jersey sans trop de précautions, en tirant dessus dans tous les sens…

    Colesse

  2. V-LO dit :

    Bel hommage à une histoire pas si ancienne, que je découvre avec nostalgie. Bravo pour ce beau boulot !

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