Vélo’+ : deux générations de vélos en libre service à Orléans

L’histoire retiendra qu’Orléans a été parmi les toutes premières villes françaises à déployer un réseau de vélos en libre service (VLS). C’était il y a douze ans et le système Vélo’+ fait désormais partie intégrante du paysage urbain orléanais (et pas du tout accessoirement de la communication municipale). Les derniers chiffres connus – ceux de 2017 (p. 8) – indiquent que les 360 vélos répartis dans 35 stations ont fait l’objet de 238 000 emprunts. Un rapide calcul permet d’en conclure que chaque vélo fait l’objet d’1,8 emprunt par jour en moyenne. C’est peu comparé au grand frère parisien Vélib’ dont le même chiffre est plus proche de 5 mais bien plus que du côté de Dijon par exemple (dont le réseau, en nombre de stations et de vélos, est sensiblement de la même taille qu’à Orléans). Olivier Razemon le soulignait en 2017 dans son palmarès (subjectif) des 20 plus beaux vélos en libre-service de France1 : « il ne suffit pas d’installer des vélos en ville, sans rien changer à l’infrastructure ni à la voirie, pour que les habitants se décident à pédaler. »

Cousinade cyclopédique

Côté matériel, deux générations de vélo se cotoient aux différentes stations du réseau Vélo’+ géré par Cykleo, une filiale d’EFFIA. Les anciens ont un pare-jupe vert et les nouveaux un bleu. Sur un plan esthétique, le pare-jupe vert est plus joliment ajusté au cadre (il remplit notamment l’espace entre les haubans). Le cadre beaucoup plus massif du nouveau modèle est la première chose qui saute aux yeux. Au niveau des composants, on reste sur une transmission acatène sur moyeu Nexus trois vitesses et des freins à tambour. C’est fiable et costaud (et lourd) tout comme les pneus increvables de chez Schwalbe (on voit cependant apparaître des Kenda).

Le modèle d’origine face au modèle introduit en 2017.

Examinons de plus près quelques éléments comme le moyeu de la roue avant :

Le panier avant gagne en design ce qu’il perd (beaucoup) en profondeur.

Au niveau du « poste de pilotage », le nouveau modèle opte pour le cintre droit. Il en résulte une position des bras qui, associée à une distance selle-potence plus courte2, projette le buste vers l’avant. C’est assez curieux voire légèrement inconfortable (comparé à l’ancien modèle) — ressenti personnel.

Génération AE

C’est à l’occasion du festival de Loire 2017 que les nouveaux modèles ont été déployés3. Outre le redesign global du vélo, c’est l’option assistance électrique qui a retenu l’attention. Car l’électricité, c’est magique. Beaucoup plus utile était l’apparition d’une échelle graduée sur la tige de selle. Finie la technique plus aléatoire (mal) imitée du trombone à coulisse.

Dans le panier : le support/connecteur pour la batterie amovible.

Le retour de la dynamo

Peut-être avez-vous été surpris(e) en empruntant un nouveau Vélo’+, ou en croisant un de ses usagers, du sifflement qui se fait entendre lorsque l’engin roule. C’est qu’à l’origine le système d’éclairage des nouveaux modèles (dont Orléans a eu la primeur) reposait sur de simples piles. Associé à un détecteur de mouvement ce système s’est vite révélé dispendieux pour le concessionnaire qui devait renouveler sans cesser les accumulateurs et, de plus, croiser les doigts pour qu’un usager n’ait pas d’accident à cause d’un éclairage déficient. C’est pourquoi, à la guerre comme à la guerre – le constructeur ne trouvant pas de solution – les vaillants techniciens cycles de Cykleo ont équipé les 160 vélos d’une bonne vieille dynamo bouteille.

Pas facile à photographier cette dynamo tapie dans l’ombre.

On n’innove pas toujours à bon escient. D’ailleurs les connecteurs du support de la batterie se sont aussi révélés peu fiables. Est-ce cela qui explique le flop de l’offre de location de batterie ? Ou le fait qu’il est incongru de trimbaler un objet de 600 gr dans son sac pour effectuer un court trajet4 ? Dans tous les cas, à partir du 1er juillet, cette location sera gratuite5, avec l’argument que cela « permettra de développer l’usage des vélos en libre accès ». Mouais, c’est surtout une façon d’essayer de mettre en circulation un lot de batteries qui risqueraient sinon d’être inutilisables avant d’avoir servi6.

Passent les générations : les vieux modèles devraient disparaître à l’occasion du prochain festival de Loire, remplacés par des cousins améliorés des modèles bleus actuels7.

Vélo en libre service et tourisme font bon ménage.

Notes

  1. Palmarès qui classe Vélo’+ 20ème sur 20. Non mais oh Olivier ! 🙃
  2. Ou est-ce une illusion d’optique ? Il faudrait mesurer.
  3. « Nouveaux Vélo’+ électriques : mode d’emploi », La République du Centre, 19 septembre 2017.
  4. Le trajet moyen en Vélo’+ est de moins de 2 km.
  5. L’annonce figure à la fin d’une communication titrée « Orléans Métropole s’engage pour les déplacements des plus jeunes » et consacrée essentiellement aux transports en commun. Allez savoir pourquoi ! Du côté de Clermont-Ferrand, c’est tout le service qui est désormais gratuit avec un résultat spectaculaire (5 fois plus d’abonnés qu’à Orléans). Une idée pour celles et ceux qui militent pour la gratuité des transports en commun ?
  6. Du côté de Bordeaux, même flop comme l’a mentioné Isabelle Lesens dans sa revue de presse de mai.
  7. Autre indice de l’échec relatif du dispositif d’assistance électrique, tous les nouveaux modèles ne proposeront pas cette option.

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6 réponses

  1. Array dit :

    Salut Jeanne,

    Je pense aussi que le maillage des stations Vélo+ est trop compact. Impossible d’aller à Cap Saran, impossible d’aller à Décathlon, impossible d’aller au Zénith, au Chapit’O, d’aller au CC les 3 Fontaines. Aucun station n’est présente sur les zones d’activités.

    En réunion de quartier, j’avais demandé l’extension du réseau sur certaines de ces zones et quel étonnement de leur part. Faire 5 km à vélo représente pour eux une étape de montagne du Tour de France.

    Bien à toi.

    Y.

    • Salut Yann,

      Je ne pense pas que ce soit la raison principale. Comme je l’ai répondu à quelqu’un qui me faisait la même remarque sur un réseau social alternatif :

      « Ça coûte déjà (trop) cher à la collectivité (~ 2400 € par vélo soit 864 k€ à l’année). C’est pourquoi les élus ont toujours dit qu’ils n’ouvriraient pas de nouvelles stations (ou alors au compte-goutte). »

      Prenons comme exemple le quartier de La Source pour lequel la demande est depuis longtemps et régulièrement effectuée. La République du Centre avait traité du sujet en octobre 2017 : Ces zones où les Orléanais voudraient de nouvelles stations Vélo’+

      • Yann d'Orléans dit :

        Oui mais il s’agit d’un choix politique et non pas un choix des usagers. Si on prend la station de la gare des Aubrais, c’est une des plus fréquentées malgré qu’elle soit excentrée. J’aurais bien voulu voir un test sur une autre zone d’intérêts comme le CC Trois Fontaines.

  2. janpeire dit :

    La première version était plus élégante dans son aspect global, mais c’est une affaire de goûts et de couleurs :p

    Au sujet du prix par vélo et par ans, dans le monde, il y avait cette information (2015) :
    Certes, aucune collectivité n’a jamais prétendu rentabiliser un service public de transport, quel qu’il soit. Mais cela reste énorme. Benoît Beroud, fondateur de la société de conseil Mobiped, a épluché un certain nombre de contrats signés entre les municipalités et leurs concessionnaires. « Le coût par vélo et par an atteint 2 250 euros à Orléans, 2 413 euros à Rennes, 3 267 euros à Marseille », a-t-il calculé.
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2015/05/19/le-velo-en-libre-service-a-dix-ans-mais-toujours-pas-de-modele-economique_4635865_3234.html

    c’est globalement 3 nuits d’hôtel pour certains.

    Sur la distance de 2km en moyenne par trajet. Même si j’ai aperçu des electrovélo+ à Meung/Loire, ce genre d’équipement n’est pas fait pour rouler, uniquement pour aller chercher le pain, le journal… et à ce droit là, les habitants de l’agglomération n’ont pas tous accès. En même temps, on sait maintenant d’où sort le chiffre seriné par Lemaignen un temps « dès qu’on fait plus de 1,5 km, on est sportif ».

    JPB

    • Je te rejoins dans ton jugement esthétique. Le nouveau modèle me semble inspiré de la mode automobile du SUV (c’est-à-dire le bodybuilding).

      Concernant la moyenne des trajets je pense que c’est 1,7 km mais je n’ai pas réussi à remettre la main sur la source.

  3. Chatelain dit :

    Bonjour,
    Si vous souhaitez échanger sur la base d’éléments factuels et non des suppositions et/ou impressions, je me mets à votre disposition pour vous rencontrer et vous évoquer le fonctionnement d’un tel service et de ses contraintes d’exploitation.
    Cordialement
    Emmanuel
    Responsable d’Exploitation Cykleo Orléans.

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