Réunion publique sur le plan vélo d’Orléans Métropole

En ce 3 juillet 2019, à l’heure du verre en terrasse ou de l’apéro dans le jardin, la climatisation avait été réglée avec soin dans l’amphithéâtre du musée des beaux-arts. C’était réunion publique sur le nouveau plan vélo d’Orléans Métropole. L’assistance était assez nombreuse et l’air frais potentiellement dormitif n’a pas empêché la température de grimper dans la salle. Quelques informations et remarques sans souci d’exhaustivité aucune.

La question du portage politique

On se demandait : Olivier Carré allait-il laisser les vice-présidents Bruno Malinverno (aux transports) et Nicolas Bonneau (à la politique cyclable) intervenir seuls ? Excusé et arrivé avec quelques minutes de retard il attendit assis au premier rang qu’une vélotaffeuse chargée de mission à la métropole termine de présenter le diaporama projeté dans la salle. Une fois monté à la tribune, il s’est chargé avec énergie de défendre ce plan vélo qui a fait l’objet de plusieurs ateliers de co-construction comme rapporté ici même. S’en est suivi un échange avec le public dont les interventions, plus ou moins longues et pertinentes, proposaient tout un nuancier, de la remarque factuelle à l’exaspération furibarde. Par moment ça a chauffé, ambiance coups de coude dans un sprint final de keirin.

Olivier Carré tentant de contenir le désir d’une métropole cyclable. Allégorie.

Olivier Carré a reconnu à demi-mots qu’il ne s’était pas passé grand chose en matière d’aménagement cyclable depuis une dizaine d’années dans l’agglo et a expliqué que c’est lui qui a impulsé cette révision du plan vélo dont la dernière édition datait de 2006. Il a également expliqué que c’était dû pour une part à l’autonomie des municipalités et qu’avec la métropole, et sa nouvelle compétence voirie, les choses en seraient facilitées. Comme en même temps il explique qu’il est très attaché à ce que les équipes municipales des 22 communes aient toujours leur mot à dire, on a un peu de mal à suivre et à comprendre ce que change vraiment la métropolisation en matière de décision politique et, plus particulièrement, de cohérence d’ensemble.

On ne peut pas reprocher à un homme politique de vouloir être (ré)élu et notre candidat déclaré sait combien la question du vélo devient incontournable au niveau local. Toute la question étant de s’entendre sur ce qu’est un aménagement cyclable de qualité. Lui-même ayant précisé d’entrée qu’en la matière « le diable est dans les détails » on ne saurait lui donner tort. Les services sauront-ils mener les travaux de co-construction qu’il appelle de ses voeux ? Il a en tout cas assuré que certains arbitrages politiques rendus ces dernières années (qu’on pense à l’exemple évoqué en séance du boulevard Riobé) ne seraient pas les mêmes aujourd’hui, et a fortiori demain. Des arbitrages rendus récemment ne sont pourtant pas encourageants (du côté de la RD2020 sud par exemple ou concernant le double-sens cyclable rue Bannier comme on peut le voir à la fin de ce billet).

Nicolas Bonneau hésite à lâcher le vélo. Allégorie.

Deux chiffres

Parmi les quelques statistiques proposés dans les slides, ce chiffre révélateur : 2/3 des déplacements sur le territoire métropolitain font moins de 3 km. « 10 minutes en vélo » a réagi la salle, voire moins ont souligné certains. On se demande bien pourquoi il y a si peu de monde en selle. L’infrastructure peut-être…

L’objectif du PDU en matière de part modale vélo à l’horizon 2028 a été revu légèrement à la hausse : 10 % au lieu de 8 %. Ça reste un objectif modeste et en tout cas sans commune mesure avec les enjeux économiques et sociaux liés au funeste changement climatique.

Le chiffrage

Il n’y avait pas grand chose à se mettre sous la dent dans la présentation initiale, si ce n’est l’annonce du chiffrage financier sur lequel sont tombés d’accord service techniques et élu(e)s : 53 millions d’euros sur dix ans (hors ouvrages d’art sur la Loire1). Il serait facile d’engager la bataille des budgets en soulignant que l’effort financier projeté par d’autres métropoles est bien supérieur mais il me semble que c’est presque une question accessoire (tout comme le nombre de km d’ « aménagement cyclable » sur lequel communique la métropole). Une authentique politique cyclable repose avant tout sur une volonté affirmée et assumée de lutter contre l’autosolisme et la construction intelligente d’un plan de circulation qui limite au maximum les flux de transit. A cet égard, l’implantation astucieuse de sens uniques peut faire bien plus pour le développement du vélo que tout autre type d’aménagement cyclable dans certains quartiers. Il n’y a qu’à cette condition qu’on pourra peut-être voir arriver (avant 2028 !) des vélorues dont le camarade Yann a fait découvrir le concept à Olivier Carré.

Au bon mot

Olivier Carré a confié au cours de la soirée avoir appris dans la journée ce que signifiait le mot « vélotaf ». C’est déjà ça d’acquis (sans ironie aucune). Reste plus qu’à lui offrir le guide du même nom.

Aux bons tweets

Pour se (re)plonger dans l’ambiance de la soirée, une opération live-tweet a été conduite par un néo-vélotaffeur (à ouvrir et dérouler) :

Bruno Malinverno en pointe sur le partage de l’espace public. Allégorie.

Crédit photos :

Notes

  1. Olivier Carré a évoqué et défendu son projet de passerelles. Ses explications n’ont pas semblé emporter l’adhésion de l’auditoire. Il est convaincu que réserver une voie de circulation aux vélos sur le pont George V rend ingérable les carrefours nord et sud. En maintenant cette position, il milite objectivement pour réserver tout le pont aux cyclistes. Quand certains dans la salle ont proposé d’expérimenter la fermeture d’une voie ne serait-ce que quinze jours il a eu ce sympathique cri du coeur : « les gens s’habitueraient ! ». Oui, c’est exactement ça. C’est ce qui s’est passé à Bordeaux.

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21 réponses

  1. Yann d'Orléans dit :

    Monsieur le maire a le cul entre deux chaises !

    D’un coté, les automobilistes qui voient les temps de trajet augmenter à cause de l’étalement urbain et de l’augmentation de la population… Ces derniers ne supportent plus les moindres travaux qui augmentent encore leur supplice…Ces derniers veulent conserver les avantages qu’ils ont : facilité de stationnement / axes directs et rapides.

    De l’autre côté , les « pionniers » pour paraphraser Olivier Carré. Les cyclistes sont de plus en plus nombreux et ils réclament leur part du gâteau !
    Rapides et mobiles, ils peuvent se déplacer partout et rapidement dans la Métropole mais ils se sentent en danger permanent du fait de la mauvaise qualité du réseau cyclable.

    Le match s’annonce serré et les coups seront violents. On a eu quelques punch lines dans la salle. « Je crois dans la ville où on peut se déplacer vite en voiture », « les cyclistes ne veulent pas écouter les autres » …. Bref, un match haletant mais dont l’issue finale sera la victoire du vélo car l’histoire est en marche.

  2. V-LO dit :

    Merci Jeanne pour ce retour ! Je ne sais pas s’il est vraiment encourageant.

    Pour ma part, je comprends que l’immobilisme sur le sujet est en grande partie au manque de conviction et d’adhésion du maire lui-même sur la question des déplacements doux, la transition écologique et blablabla.

    Quand on se penche sur l’affaire de ses notes de frais et qu’on analyse ses usages en matière d’alternatives à la sainte-bagnole, on n’est pas plus que ça surpris qu’il découvre le concept de vélotaf :
    – nuitées d’hôtel alors qu’on est à 1h de train de la capitale,
    – il semble qu’il s’y rende en voiture puisque ses notes de frais font apparaître sur place des notes de parking,
    – et malgré le parking, nous payons également les taxis pour ses déplacements sur place…

    Alors Jeanne, lui parler de vélo pour des déplacements moyens de 3 km, je pense que c’est un peu comme parler une langue étrangère.

    Dommage, encore une occasion manquée d’être un peu audacieux.

  3. REGUIGNE REGIS dit :

    Oui, l’Histoire est en marche ! Pionniers ? Nous le sommes, depuis des décennies, et nous le resterons, autant de décennies si nécessaire. Par exemple, pionnier je fus pour, « de haute lutte » réussir à créer « la Loire à vélo » malgré l’hilarité, générale, y compris de mes collègues de Génération Ecologie et des Verts, en plénière du Conseil Régional région Centre. J’eus plus de facilité à me faire entendre par les collègues élus de Pays de la Loire qui me suivirent dans mon projet, d’emblée. Ainsi, à la tête du Projet pour les 2 régions, dès 1995, je lançais les opérations sur le terrain. Puissions-nous, aujourd’hui, en faire au moins autant, et plus, et mieux, à l’échelle d’Orléans Métropole !

  4. REGUIGNE REGIS dit :

    V-Lo, votre « mélange des genres » est « nuisible » à notre cause ; les « loups » vont hurler contre nous….

    • Je n’y vois pas un mélange des genres. Déduire l’appétence d’un individu pour un sujet ou une problématique au prisme de sa bio est une façon possible et légitime de s’interroger. Je ne pense pas, en ce qui me concerne, que ça épuise le sujet (bien qu’il se soit senti obligé de préciser, à plusieurs reprises, qu’à lui aussi il arrivait de faire du vélo, ce qui est révélateur).

      Olivier Carré est intelligent et a manifestement plutôt bien bossé le dossier. Il comprend très bien les enjeux et a dit des choses sensées hier soir (sur la multi-modalité par exemple). La question (politique) est : jusqu’où est-il prêt à aller dans les arbitrages ? Il en est toujours à soupeser les intérêts antagonistes en jeu sans oser « franchir le rubicon ».

    • V-LO dit :

      Cher Régis,
      Je vous sais prompt à rappeler ici vos fiers succès passés et à tancer ici et là ceux qui ne partagent pas vos points de vue vélocipédiques ou qui n’ont pas eu votre audace passée, mais il n’y a pas de « mélange des genres » dans mon propos que je ne qualifie pas de « nuisible » non plus. Et je n’ai pas peur des loups, qu’ils soient motorisés ou non. Qu’ils hurlent, qu’ils hurlent…
      Je mets l’accent sur le nécessaire portage idéologique et politique d’un tel projet, et force est de constater que les conditions ne me semblent pas ici réunies. La preuve par un triste, récent et médiatique exemple.
      Bien à vous.

  5. janpeire dit :

    De la même manière que sont en permanence opposés les modes de transports |auto| Vs |bus, vélo, piétons|, au bénéfice de l’auto, je crois sain de rappeler ici que Tours c’est un budget de 100 millions, et Tolosa, 250.
    Il est partout affiché une « volonté » de faire de l’excellence, sauf erreur de ma pomme, un équipement de qualité, cela ce paye dans un premier temps, les bénéfices n’en sont tirés que dans un second temps.

    Seconde remarque, quand une réunion est prévue de longue date, avec un horaire donné, c’est important d’arriver à l’heure, sauf à avoir peu d’estime pour le public, pardon, l’électorat et/ou le sujet (et aussi pour sa personne). Que l’un des deux ait eu un imprévu, c’est possible ; les deux le même soir, cela ne l’est pas du tout, hors avoir prévu une petite mise en scène de pacotille, dans l’espoir d’un applaudissement, qui, heureusement ne vînt point, face à autant de manque d’ambition.

    Je me suis fais traiter « d’homme du passé », les deux sur scène seront les « hommes du passifs » :
    https://youtu.be/K5U6dnKMTWM

    JPB

  6. Yann d'Orléans dit :

    Plus sérieusement et comme tu me l’as dit en séance : « ça volait au ras des coquelicots ». Hormis la statistique sur les trajets inférieurs à 3KM, il n’y avait aucune argumentation chiffrée. Aucune vision stratégique. J’aurais aimé voir une diapo : Avec % de part modale vélo, Orléans va gagner ça, ça et ça. On va faire diminuer les bouchons de X kilomètres, on va rapprocher les habitants de leurs zones d’activités de X minutes.

    J’ai l’impression qu’ils font un plan vélo pour nous faire plaisir (et pour des fins électorales) mais qu’ils n’ont pas saisi les bénéfices économiques et sociétaux que peut apporter le vélo.

  7. janpeire dit :

    Et j’ai oublié de féliciter l’auteur pour le choix des illustrations 🙂

  8. Lady45 dit :

    Bonjour à tous
    Je fais régulièrement du vélo sur les berges de Loire .
    Particulièrement ravie de la portion bucolique des berges entre le restaurant ex cabinet vert et Combleux pour le charme de ses pistes un peu rustiques et bordées d’herbes.
    Depuis peu, je vois des travaux de terrassement. J’interroge l’ouvrier qui me dit qu’on va « bitumer « !
    Après 1h de téléphone j’identifie le service à la Métropole en charge des travaux qui me dit qu’il exécute les ordres des élus…
    Bref , au lieu d’avoir une piste près du fleuve sauvage, on va encore imperméabiliser pour réaliser une « infrastructure routière de vélo » …. une autoroute à vélo avec en invités surprises, les trottinettes , les scooters comme sur la piste cyclable entre les 2 ponts D’ORLEANS centre.
    Ceci pour le tourisme vert, j’en perds mes pédales.
    Encore beaucoup de chemin à faire pour les élus avec la notion de développement durable « vert bitume »!!

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