Je n’avais pas besoin ni voulais d’un VAE, mais je suis bien content d’en avoir un !

Ce n’est pas Jeanne qui parle mais Kent Peterson. Blogueur depuis 2005, cet états-unien qui travaille chez Bike Friday, une petite entreprise installée à Eugene dans l’Oregon1, a eu un parcours peu commun2. Son billet a été publié le 24 avril dernier sous le titre « I didn’t need or want an ebike, but now I’m glad I’ve got one! ». Voilà un témoignage intéressant sur un sujet – faire ou non la promotion du VAE – qui divise parfois la cyclosphère.

Alors que les vélos à assistance électrique (VAE) représentent depuis plusieurs années une part croissante du marché du cycle, j’ai toujours pensé que je n’en avais pas besoin et franchement, je n’en voulais pas. Depuis des décennies je me sens bien sur un vélo musculaire où je suis le seul moteur et je ne voyais aucune raison de compliquer les choses. Il était donc assez ironique que je devienne le « gars du VAE » lorsque chez Bike Friday on a commencé à produire de plus en plus de VAE pour nos clients. Pendant qu’Alan Scholz, le créateur de l’entreprise, se mettait à travailler au développement d’une nouvelle gamme de VAE, mon travail consistait à ajouter des moteurs électriques aux vélos de nos clients et résoudre les problèmes qu’ils pouvaient rencontrer. J’avais pris l’habitude de ronchonner en disant « qu’ajouter un tas d’électronique et un moteur à un vélo multiplie le risque de pannes ». Il a pu m’arriver de dire que les VAE sont « des vélos pour fainéants ». C’est en raison de ce type de prise de position que Bike Friday ne me fait pas travailler comme commercial.

Comme j’étais amené à côtoyer de plus en plus de clients en VAE, j’ai réalisé que je me trompais largement à propos des « gens fainéants ». Dans vraiment beaucoup de situations, une personne se procure un VAE pour continuer simplement à pédaler. Un client âgé de 80 ans souhaite pouvoir continuer à sortir rouler avec ses copains un peu plus jeunes et plus rapides. Une autre veut se passer de voiture pour se rendre au travail et l’assistance est là pour négocier la grosse montée sur son trajet. Une mère utilise le peps fourni par l’assistance pour l’aider à transporter ses deux enfants à l’arrière de son Haul-a-Day. Ce ne sont pas des fainéants.

Et puis mon trajet est plat. Je ne suis plus tout jeune3 mais je suis plutôt en forme. C’est évident que je n’avais pas (et n’ai toujours pas) besoin d’un VAE. Mais Alan, qui est un gars intelligent, ne cessait de m’enquiquiner. « Tu ne comprendras que quand tu en auras un. Tester les vélos des clients ce n’est pas pareil. » Et Alan ne cessait de me donner du matos. « J’ai commandé ce moteur pour des tests, mais il est trop lourd pour la gamme que nous développons. Tu devrais l’installer sur ton vélo. » La semaine d’après nous avions un problème de garantie avec une batterie en raison d’un support cassé. « Nous ne pouvons pas la vendre, mais je suis sûr que tu pourrais la faire fonctionner sur ton vélo. » Au final, toutes ces pièces détachées allaient finir par encombrer mon établi ou finir sur un vélo. J’ai installé le tout sur mon Pocket Companion.

J’ai effectué mon premier trajet un peu plus rapidement, mais ce n’était pas un changement radical. Utiliser un VAE c’est comme pédaler en tandem avec un partenaire bien en jambes. Avec le système d’assistance que nous montons chez Bike Friday, le moteur ne se déclenche qu’au pédalage. Vous sélectionnez le niveau d’assistance souhaité. Cette assistance électrique me permet de démarrer plus rapidement au feu vert. Ma vitesse de pointe est inchangée. La réglementation impose que le moteur se coupe une fois atteinte une certaine vitesse4. Vous pouvez toujours rouler plus vite mais c’est à la force des mollets. Cela dit ma vitesse moyenne a augmenté car l’assistance compense des situations dans lesquelles vous êtes ralentis. Sur mon parcours plat, en plus des carrefours à négocier, j’ai remarqué ce phénomène lors des jours où un vent de face se manifeste.

Mais c’est pendant mes congés que j’ai vraiment commencé à m’attacher à mon VAE. J’ai toujours été un bon grimpeur, mais avec le VAE je n’ai plus à me soucier des montées. Bon, je change de braquet et pédale, mais Sparky (c’est le nom que j’ai donné à mon vélo !) est comme un bon pote disant « laisse moi te donner un petit coup de main ». Transporter quelques grosses caisses de livres à la boutique solidaire avec la remorque ? Aucun problème, Sparky est là pour ça.

Une étude conduite en Norvège5 a montré que les usagers de VAE fournissent, à distance égale, un effort représentant 80 % de celui qu’ils auraient fourni en vélo musculaire. Elle a aussi découvert que ces usagers effectuent en moyenne des trajets 20 % plus longs et que leur vitesse moyenne est 20 % plus rapide. Ma propre expérience reflète ces conclusions. J’y prends plaisir, je pédale davantage et plus loin.

J’ai confié à mes amis que je suis passé de VAE-sceptique à VAE-enthousiaste et que je suis dangereusement sur le point d’en devenir prosélyte. Alan avait raison, il me fallait posséder un VAE pour m’y attacher. Je n’ai toujours pas vraiment besoin d’un VAE, mais bon dieu que je suis content d’en avoir un !

Bonus

Quelques photos tirées de Commons à la catégorie Bike Friday :

Kent Peterson estimait dans un autre billet du 18 septembre 2016 que le développement du VAE ne signifie pas la mort du vélo musculaire6. Ce qui est sûr c’est qu’on peut sur l’un d’eux se lancer à la poursuite nocturne d’un VAE


Crédit photos :

Notes

  1. Weelz a proposé un reportage sur la marque le 3 novembre 2017. Sur la photo de groupe, Kent Peterson est en bas à droite avec une casquette grise.
  2. Voir cet entretien « Kent Peterson: Issaquah’s Favorite Car-Free, Ultra Long-Distance Racing, Techie-Turned Mechanic » de novembre 2010 pour The Bicycle Story. Ingénieux maker, il a monté un système d’alimentation électrique à énergie solaire pour son vélo : « How to build a solar powered e-bike charging shed in sunny Eugene, Oregon », Treehugger, 30 avril 2019.
  3. Kent Peterson a 60 ans. NdT
  4. Cette limite est de 25 km/h en France. NdT
  5. L’auteur fait sans doute référence à cette étude publiée en mai 2015. NdT
  6. Il y écrit notamment : « […] e-bikes solve some problems some folks have. They can add range and hill-climbing ability. But they add weight, price and complexity. For some folks, in some situations, e-bikes are the solution. But not all folks, in all situations. For many people, a bike that is solely human-powered is a better answer. »

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6 réponses

  1. Guillaume dit :

    J’ai sauté le pas aussi il y a un mois pour faire les course et transporter la marmaille à l’école, quel bonheur, l’impression de voler sur le bitume. Avec tout de même un petit pincement au cœur : quid du recyclage et de l’aspect écologique d’un tel engin, surtout sa batterie bardée de composants venant de loin. Enfin je me console en me disant que c’est bien pire pour une voiture.

    • Jeanne à vélo dit :

      Oui, toutes choses égales par ailleurs, les masses de matériaux en jeu n’ont rien à voir (ni la consommation de courant du reste).

    • JCB (ocargo) dit :

      Je m’étais amusé (oui j’aime ça ^^) à comparer les batteries des voitures électriques à celles des vélos. Et clairement, même si les deux sont électriques, ils ne jouent pas dans la même catégorie !

      Un vélo classique est équipé avec une batterie de 300, 400, voir 500 W/h. (disons donc 400 pour généraliser, soit 0,4 KW/h)
      Alors qu’une Renault Zoé, « petite » citadine a une batterie de 41 KW/h. Soit 100 fois plus importante qu’une batterie de vélo !
      Comme le poids de la voiture est aussi 100 fois plus élevé, on peut conclure sans trop prendre de risque qu’on peut remplacer une voiture par 100 vélos * !

      Et encore je n’ai pris qu’une « petite » citadine comme comparaison. Mais si j’avais choisi la Tesla S de 2,3 tonnes, avec sa batterie de 100 KW/h les chiffres auraient été fous !

      Alors Guillaume tu peux dormir sur deux oreilles avec ton VAE. ^^

      *même si c’est un peu plus compliqué que ça, notamment parce que l’autonomie est plus importante sur les voitures.

      • Guillaume dit :

        Intéressante analyse, vraiment… ça me rassure un peu. Maintenant le problème c’est que par fainéantise, clairement, je prends souvent le VAE pour me déplacer alors que le vélo normal aurait fait l’affaire… mais là, chacun doit faire face à ses propres responsabilités.

  2. JCB (ocargo) dit :

    Sympa cet article de Kent Peterson ! Ça change des discours binaires des pro ou anti VAE.
    Je pense que chacun fait en fonction de ses aptitudes et de ses besoins.
    Personnellement, avec un vélo cargo, je ne pense pas que je ferais la moitié de mes trajets actuels si je n’avais pas l’assistance.

  1. 22 mai 2019

    […] Peterson – déjà traduit ici et là – nous raconte son trajet retour du 4 janvier 2009 à la nuit tombante et sous la neige. […]

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