Jeanne en Ardèche du côté d’Aubenas

Deuxième été sur le thème quitter les plaines de l’Orléanais. Après le Périgord en 2018 – et deux cartes postales depuis Périgueux et Saint-Jean-de-Côle – place à l’Ardèche méridionale du côté de la communauté de communes du Bassin d’Aubenas. Ici on ne fait pas longtemps le malin avec le mauvais braquet. Celles et ceux qui se baladent optent bien souvent pour le VAE. Seuls les cyclosportifs – assez nombreux sur les routes malgré la chaleur – continuent à se relancer en danseuse sur leurs vélos plus légers qu’un pack d’eau minérale. Zoom sur deux petites villes voisines et deux aménagements cyclables récents qui ne dépareraient pas dans une grande ville ligérienne – et ce n’est pas un compliment. Des photos en veux-tu en voilà et une vidéo pour le plaisir de la mise en situation.

Petit tour à Aubenas

À Aubenas, il y a un très joli château à la toiture vernissée1 et surtout une place Jeanne d’Arc.

Devant l’office de tourisme un malheureux VTT partiellement à plat prend son mal en patience.

Dans cette petite ville d’un peu plus de 12000 habitants, le #GCUM est un phénomène facilement observable.

Peu de personnes à vélo dans ces rues pentues.

Mobilité active pour les parents mais pas pour les deux enfants installés dans le chariot.

Quelques cyclo-sportifs passent. Et plus rarement un(e) cycliste utilitaire.

Jour de marché.

C’est toujours un plaisir de tomber sur un magnifique Raleigh d’époque attaché avec un U à un poteau. Un vélo british posté non loin du café français. Il n’y a pas d’arceaux dans la partie historique de la ville (ou alors ils sont bien cachés).

Sur l’ambition cyclable locale

La CCBA s’est engagée dans une programmation de déploiement de voies douces jusqu’en 2021/2022. Visant à favoriser la mobilité active tout en misant sur une nouvelle offre touristique, ce réseau cyclable devrait atteindre 46 km à l’horizon 2022 et se connecter avec trois autres territoires : Gorges de l’Ardèche et Val de Ligne au sud et Ardèche des Sources et Volcans au nord.

C’est ce qu’explique la communauté de communes sur son site.

Dans le numéro de juillet du mensuel communautaire intitulé B|A ba (« tout savoir sur le bassin d’Aubenas »), le vélo fait la couverture avec le titre « Voies douces. Tous en selle ! ». Le dossier est plutôt bien fait2 et on y trouve cette phrase d’accroche :

Et si nous laissions notre voiture au garage ?

Un article fait le point sur les aménagements réalisés ou en cours. On y apprend que 600 m d’aménagement cyclable ont été achevés en avril 2019 rue de l’église. Tiens donc.

Un pont sur l’Ardèche. C’est Pont d’Aubenas en contrebas du cœur historique. Un aménagement cyclable tout récent se cache devant l’église dans la rue du même nom.

Rue de l’église à Pont d’Aubenas

Il y a manifestement un gros pôle sportivo-éducatif à desservir à l’ouest3.

Cette rue qui était en double-sens a été transformée en sens unique pour dégager l’espace nécessaire à une piste cyclable bidirectionnelle4. Jusque là bravo, rien à redire. Là où ça se gâte c’est que la piste a été recréée comme un trottoir, bateaux compris. L’aménagement fini ressemble parfaitement à ce qu’est capable de faire Orléans sur un authentique trottoir à coup de peinture5. Si on ajoute à cela les très nombreux potelets positionnés tout au long de la piste, on obtient au final quelque chose de très peu qualitatif. Du neuf déjà vieux en quelque sorte6.

Vals-les-Bains…

Juste au nord d’Aubenas, installée sur les deux rives de la Volane (un affluent de l’Ardèche), la petite ville thermale de Vals-les-Bains propose au visiteur un très beau parc en deux parties : une partie jardin à l’anglaise avec en guise d’attraction principale une source intermittente, et une partie promenade plantée avec de beaux alignements de platanes7. Ce parc date à peu d’années près de la même époque que le jardin des Prébendes de Tours. Rares sont les villes de 3500 habitants à pouvoir s’enorgueillir d’un vaste espace vert aussi central.

Le parc, établi de part et d’autre de la rivière, est clairement visible en vert clair sur cette carte.

Le règlement signale que la circulation des bicyclettes est interdite dans le parc. C’est absurde.

La ville offre une ambiance Belle Époque partiellement conservée.

Elle produit aussi une eau minérale gazeuse8.

L’usine d’embouteillage agrandie dans les années 1920-1930 dans le style des années 1900-19109.
Dans la rue Jean Jaurès, fermée à la circulation les jours de marché, des trottoirs à la parisienne.
Dans la même rue, un magasin de vélo : Topvelo.

La plupart des rue de la ville sont en zone 30 (mais sans double-sens cyclable pour la rue Jean Jaurès à sens unique). On peut saluer le traitement de la rue Auguste Clément où les plateaux surélevés se succèdent de manière rapprochée.

A Vals, comme à Aubenas, aucun arceau en vue. Quelques pince-roues.

Le stationnement est partout gratuit et le #GCUM visible.

… sur le trottoir évidemment

Retrouvons le boulevard de Vernon qui aboutit à l’usine d’embouteillage de l’eau minérale locale présentée plus haut. Des travaux récents de requalification de cet axe ont eu lieu. Le site communautaire à la rubrique « Voie verte » évoque :

Bande cyclable du Boulevard de Vernon à Vals les Bains, 700 m de trottoir partagé avec sens unique cyclable dans le sens Nord-Sud

Bon, la description prête à sourire (jaune). C’est dans les faits une pseudo-piste cyclable non obligatoire (encore heureux, sachant que le boulevard est partiellement en zone 30) qui se termine en guillotine (absence de visibilité en raison de la courbe et des véhicules stationnés) avec un cédez-le-passage mal implanté et matérialisé. Les pictos peints en vert sont sans doute un hommage à la végétation de la ville.

Il est évident qu’aucun cyclosportif ne s’amusera à prendre ce diverticule. Alors pourquoi ne pas le prendre en mode vélo utilitaire raisonnablement chargé au retour du marché ? C’est ce que Jeanne a fait10. Et voilà :

Une vraie voie verte en devenir

Au-delà de ces aménagements urbains discutables, une voie verte plus au sud propose un cheminement plus qualitatif. Le site communautaire précise (toujours à la rubrique « Voie verte » de son site) :

Vinezac, Lachapelle-sous-Aubenas, Saint Sernin : 9 km ont été aménagé dont 8 km en site propre. Le revêtement choisi est en stabilisé renforcé au liant végétal sur l’essentiel du linéaire et en enrobé sur 1 km devant la gare de St Sernin. Cette voie assure la liaison avec celle de Val de Ligne, par Uzer (1.2 km) et reliera, en 2020, celle des Gorges de l’Ardèche à Vogüé (hameau de Banne).

C’est une section du projet de Via Ardèche que vous pouvez découvrir en détail et en photo sur le blog La vie à vélo d’Albert (juin 2019).

Dans la rue principale de Balazuc. En contrebas de ce village perché passe la voie verte.

Pourtant que la montagne est belle… en VAE

À Antraigues-sur-Volane, où Jean Ferrat avait élu domicile dans les années 1970, le piéton n’est pas à la fête sur l’unique route qui traverse le village. Les cyclistes en VAE s’en tirent (un peu) mieux.

La carte et le territoire.

Malgré l’existence de ces engins performants, certains préfèrent encore répandre une délicieuse odeur d’essence dans l’air ardéchois au guidon de… mobylettes. C’est le créneau de La brêle bleue qui propose d’en « découvrir ou redécouvrir les plaisirs ». Le vintage n’a pas toujours que du bon.

Les autorités municipales n’ont sans doute pas les moyens de faire respecter l’arrêté municipal qui interdit de circuler et stationner sur la place.

Vivement l’été prochain ?

On ne va pas se mentir, la canicule gâche le voyage. Le pire, peut-être, dans la tragédie climatique en cours, c’est qu’on risque désormais de voir approcher les étés avec appréhension alors qu’en climat tempéré son retour avait jusqu’alors tout d’une fête.

Les petits ruisseaux font les mollets frais

On se rêve créature aquatique comme au commencement de la vie sur terre il y a si longtemps… ou bien on s’imagine évoluer en pédalo submersible.

Notes

  1. Comme l’abbatiale de Preuilly-sur-Claise – une autre carte postale de l’été 2018.
  2. Au chapitre « faire des économies » on trouve cependant l’affirmation curieuse : « Comparativement, un vélo coûte 10 fois moins cher et un Vélo à Assistance Électrique 5 fois moins cher [que le budget voiture annuel moyen estimé à 5000 €] ». Cela me semble encore surestimé.
  3. Sur la partie gauche du plan on voit apparaître en pointillés le tracé d’une voie verte (dite de Roqua). Elle fait actuellement 1,7 km mais reste isolée.
  4. Une chose que font volontiers les Néerlandais comme le souligne Mark Wagenbuur dans ce reportage sur Eindhoven.
  5. Un exemple particulièrement édifiant du côté du boulevard Marie Stuart.
  6. Un triporteur ou biporteur n’y passe pas.
  7. C’est là que se trouve une belle piscine découverte ainsi que mini-golf, glacier etc. …
  8. Et des bières sous la marque Bourganel. Spéciale dédicace à tous les cyclos qui postent des tweets de bières.
  9. Selon ce que précise cet inventaire du patrimoine de Vals-les-Bains (avril 2009).
  10. Le melon n’était pas aussi bon qu’espéré.

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9 réponses

  1. janpeire dit :

    Quelle idée étrange d’aller passer ses vacances avec les sévices techniques de la mégalopole 🙂

    Sérieusement, le truc beige sur le trottoir, c’était pour la feuille de choux municipale, rien de plus, non ? Ou alors, quelqu’un a abusé du chardonnay avant un conseil municipal.

    Bonne prise avec la place de la pucelle, bizarrement illustrée.
    JPB

  2. V-LO dit :

    Merci Jeanne pour cette instructive carte postale. Je vous souhaite de bonnes vacances ! 🙂
    Question : quelle est la ville la plus bicycle-friendly que vous ayez traversée jusqu’à présent ? Des recommandations ?

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