À la rencontre de la vélorution périgourdine

Alors, ça donne quoi le vélo à Périgueux ? Après le bref aperçu touristico-vélocipédique de la ville proposé dans le billet précédent, rencontre avec Olivier, co-fondateur et animateur du mouvement vélorutionnaire périgourdin. De l’action militante à l’action politique, et inversement, dans une ville où la part modale des déplacements à vélo est estimée à moins de 1 %.

Naissance et renaissance d’un collectif

Le collectif vélorution périgourdine se forme en 2009 et mène pendant un an des opérations “dans une perspective carfree” confie Olivier. Les masses critiques sont l’occasion de mettre la pression sur les automobilistes. En 2010, Olivier porte sa “piétomobile” dans les rues commerçantes du centre historique (le principe en a été expliqué dans ce billet) et se heurte à quelques réactions agressives – minoritaires toutefois – de commerçants. L’action a été décrite à l’époque dans ce billet de blog (avec une photo). Les forces vives du collectif se dispersent. Fin du premier acte.

En 2014, le collectif renaît de ses cendres de plaquette de frein. Pour marquer le coup, Olivier invite le journaliste Olivier Razemon qui finit par rester toute une semaine à Périgueux dans le cadre de la préparation de son livre Comment la France a tué ses villes (livre chroniqué à sa sortie chez le camarade JP). La capitale du Périgord est, avec d’autres villes visitées, présentée dans le premier chapitre du livre en quelques pages bien troussées1. Le livre a eu de l’écho localement2.

Fin 2015, des membres du collectif testent les itinéraires pour sortir de Périgueux à vélo. En dix minutes, pas plus3.

En 2016, le collectif ouvre un atelier vélo participatif en libre accès. Situé à Trélissac, sur la voie verte, il est inauguré le 1er juin. Un accord avec les déchetteries du Grand Périgueux leur permet de récupérer des vélos. Ouvert les samedis après-midi, il fonctionne sur le principe de l’adoption de vélo. Charge à l’adoptant de remettre en état la bécane pour pouvoir pédaler en toute sécurité (freins, éclairage etc.) Très vite 80 % du public est constitué de demandeurs d’asile. Des queues se forment avant même l’ouverture de l’atelier et la situation devient difficile à gérer pour les bénévoles. Si bien qu’un protocole d’accord est signé avec les trois associations missionnées par le CADA. Une liste d’attente est créée ainsi que le principe d’une prise de rendez-vous. Le dispositif reste toutefois assez souple pour gérer d’éventuelles situations d’urgence.

Un sujet de France 3 Nouvelle-Aquitaine d’avril 2017 pour le 19/20 sur l’atelier vélo :

Une association et un élu

C’est en partie pour mieux gérer son atelier vélo que le collectif décide en novembre 20164 de se constituer en association tout en gardant son nom, désormais connu localement. Olivier assure la présidence de l’association Vélorution périgourdine qui compte une cinquantaine de membres5. C’est également parce qu’il a récupéré la délégation au schéma cyclable du Grand Périgueux en tant qu’élu communautaire6. Il a donc désormais une double casquette. Sa casquette d’élu lui permet de trouver plus facilement un nouveau local pour l’atelier qui doit déménager. Elle lui permet aussi d’essayer de peser dans les décisions politiques en interpelant les autres élus comme autant de collègues. Cela étant dit, porter une double casquette donne chaud et il ne sera certainement pas possible, ni souhaitable, d’assurer longtemps ce double rôle, l’association devant rester une force de contestation et de critique.

Toujours est-il qu’Olivier a été à la manœuvre pour l’élaboration du premier plan vélo du Grand Périgueux. Il a piloté l’audit conduit par le consultant Hans Kremer7 dont les préconisations finales ont été présentées en réunion publique le 2 juillet dernier. Olivier peut s’appuyer en interne au sein des services sur deux agents particulièrement motivés. L’objectif du plan qui devrait être voté par les élus à l’automne : doubler la part modale du vélo à l’horizon de dix ans. Cela devrait passer notamment par une généralisation de la zone 30 et donc des double-sens cyclables dans la ville avec modération de la vitesse des véhicules motorisés. Jusqu’à présent la ville a mis en place des zones de rencontre sans aménagement de voirie spécifique, pensant ainsi instituer une limitation de vitesse à 20 km/h8.

Périgueux_ZdR

Une rue standard avec son panneau zone de rencontre.

De nombreux projets sont avancés ou à l’étude. La communauté d’agglomération a financé des travaux qui sont en cours pour le futur atelier de l’association (inauguration prévue le 8 septembre). Elle devrait également mettre en place un système de vélo en location de longue durée.

L’association de son côté aimerait monter une vélo-école et proposer des stages de remise en selle. Peut-être avec l’aide d’un service civique.

Interrogé par la presse à l’occasion de l’assemblée générale de l’association en février, Olivier a expliqué9 :

Périgueux se dirige vers une réduction de l’emprise automobile, comme le montre le projet des boulevards. Les gens doivent être découragés de prendre leur véhicule. Ils ne sont pas dans les embouteillages, ils créent des embouteillages. Sur mon vélo, je ne les connais pas et je ne les crée pas.

Parole d’élu-vélorutionnaire !

Focus sur des aménagements

Stationnement vélo

Il n’est pas toujours évident de trouver un arceau. Et en la matière, la diversité est de mise :

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Il n’y a qu’un seul arceau sur la place du Coderc près de laquelle est installé l’office du tourisme :

À défaut d’arceaux, et comme partout ailleurs, le mobilier urbain est utilisé. Les solides poteaux racontant un point d’histoire locale font parfaitement l’affaire :

Devant le centre aqualudique Aquacap, à la sortie nord de la ville, des arceaux à repose-roue sont bien implantés mais ne sont pas terribles. Les plus utilisés (?) sont déjà cassés :

Place André Maurois

Dans le cadre d’une reconquête du centre ville10, la place André Maurois a été largement piétonnisée (et embellie)11. C’est une réussite mais si Olivier reconnaît que le maire Antoine Audi prend bien de la place à la voiture, il considère qu’il oublie d’en donner aux vélos et aux bus12. Et puis, largement critiqué par les commerçants arcboutés sur le no parking no business, il lâche du lest de ce côté-là en ouvrant de nouvelles zones de stationnement (esplanade Robert Badinter devant le théâtre).

Pont des Barris

Le pont historique d’entrée dans la ville a fait l’objet d’importants travaux en 2017. “Encore une occasion ratée” pour Vélorution.

Périgueux_Barris

Le pont des barris requalifié… sans cheminement cyclable.

“Libérez les cyclistes enfermé(e)s dans les voitures !”

Alors à quoi ça ressemble une vélorution à Périgueux ? Réponse en trois vidéos tournées par une journée pluvieuse de mars 2015 à l’occasion de la cinquième édition de la masse critique. Nul besoin d’être nombreux et nombreuses pour avoir raison !

Aux vélos locaux le mot de la fin

Assez causé, place aux coups de pédales et rendez-vous le 8 septembre pour la prochaine vélorution périgourdine !

Périgueux_en_route

Longue et belle route aux cyclistes périgourdins !

Périgueux_singlespeed.JPG

Du style en singlespeed vintage.

Périgueux_véloshopping

Le véloshopping, l’avenir des villes.

Notes

  1. Olivier Razemon relève par exemple que Périgueux détient le record de France de dé-population avec 10000 habitants en moins depuis les années 1960, au profit des communes périphériques.
  2. Sud Ouest écrivait en février 2017 : “Depuis plusieurs semaines, sur les réseaux sociaux, nombre de Périgourdins partagent et commentent les articles inspirés par un livre sorti à l’automne dernier”. (“À Périgueux, le déclin du centre-ville est-il inéluctable ?”, Sud Ouest, 27 février 2017)
  3. “Périgueux : dix minutes à vélo pour sortir du centre-ville”, Sud Ouest, 12 décembre 2015.
  4. Vélorution périgourdine, association toute neuve !“, 27 novembre 2016.
  5. L’association est officiellement enregistrée le 1er janvier 2017.
  6. Olivier est élu municipal à Trélissac depuis 2008 et a tout de suite souhaité intervenir à l’échelon communautaire.
  7. Vous pouvez retrouvez un lien vers l’entretien qu’il a accordé à la presse locale via ce billet d’Isabelle Lesens.
  8. “A Périgueux le vélo s’impose… pneu à pneu !”, France 3 Nouvelle-Aquitaine, 13 février 2017.
  9. “À Périgueux, le vélo fait doucement sa révolution”, Sud Ouest, 12 février 2018.
  10. “Périgueux : 17 mois de chantiers à partir de juillet prochain”, France 3 Nouvelle Aquitaine,16 avril 2018.
  11. “Périgueux : quel réaménagement pour la place des jets d’eau ?”, Sud Ouest, 6 janvier 2016.
  12. “Périgueux : pourquoi les cyclistes critiquent la place Maurois”, Sud Ouest, 20 juin 2016.

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2 réponses

  1. 2 août 2018

    […] ses vieilles pierres dont certaines remontent à l’antiquité romaine (Vésone). Avant un second billet consacré à la rencontre avec celui qui a fait découvrir la ville à Olivier Razemon quand il […]

  2. 4 août 2018

    […] — avecque l’autorisacion — d’un teiste paregut dins la linga dau Jan-Baptiste Poquelin, aquí sus lu ciber-casernet de Jana sus ‘na becana (>fr- Jeanne à vélo), que lo temps daus congiers, ‘net se permenar dins lu renvers de […]

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