Faux cul-de-sac mais vrai détour rue des Fauchets

La rue Bannier est la rue des agences immobilières. Et aussi de quelques bonnes boulangeries. C’est un fait. C’est aussi la rue qui, par la grâce d’un double-sens cyclable (DSC), permet aux personnes qui se déplacent à vélo de regagner le nord de la ville en évitant la rue de la République bien encombrée par la circulation piétonne et celle du tram. La physionomie actuelle de cette rue résulte des travaux de réfection entrepris lors du premier mandat de Serge Grouard (2001-2008)1. Candidat à sa propre succession, il annonçait dans un tract, à propos de la future deuxième ligne de tramway qui était alors en lente gestation :

Nous ne recommencerons pas les erreurs de la première ligne. Une intense concertation accompagnera la construction de la seconde ligne. Le stationnement sera l’une de nos premières préoccupations.

C’est cette même priorité donnée au stationnement qui explique les options retenues en matière d’aménagement cyclable dans cette rue qui est principalement en sens unique et en zone 30. Or qui dit zone 30 dit double-sens cyclable comme le rappelle JP dans son dernier billet. Quelle réalisation dans le cas qui nous intéresse ?

Un aménagement inabouti

Dans les faits, le DSC ne concerne qu’un tout petit bout de la rue – 80 sur 500 m environ – entre les rues de la Cerche et la rue des Fauchets. La première partie de la rue, au sortir de la place du Martroi, était elle aussi en DSC avant de devenir une zone de rencontre au moment de la requalification de la place du Martroi terminée en 2013.

La partie centrale, entre la rue des Fauchets et la rue de la Bretonnerie, est dépourvue de DSC puisque le choix a été fait, dans cette partie plus étroite, de conserver du stationnement bilatéral. La partie nord, enfin, est à double sens et n’est donc pas concernée.

DSC_rueBannier
En bleu, l’itinéraire réglementaire. En pointillés rouges, le chaînon manquant.

En dehors de toute logique d’itinéraire2, celui ou celle qui conduit un vélo voit son trajet rallongé de 150 m par un détour qui le fait obliquer à angle droit rue des Fauchets, puis à nouveau de même rue de Gourville, et enfin céder une priorité à droite avant de pouvoir s’engager rue de la Bretonnerie3. Non seulement le trajet est plus long, mais il est aussi plus contraignant (trois relances).

Comme ce détour paraît incongru, et que le guidage visuel sous forme d’une bande verte au niveau du virage commençait à pâlir, le gestionnaire de voirie a ajouté, en février 2017, des pictogrammes vélos directionnels pour tenter de marabouter les guidons des cyclistes qui auraient l’idée saugrenue d’aller bêtement tout droit. Jeanne avait à l’époque immortalisé ces pictos fraîchement posés.

Rencontre avec une zone floue

La rue des Fauchets est devenue zone de rencontre comme l’indique le panneau ajouté en dessous de celui qui était déjà en place et qui indique toujours un sens unique.

rue des Fauchets - panneau
Le panneau de sens unique s’applique-t-il aux personnes à vélo ?

Ce classement n’a rien changé à sa physionomie, et elle offre toujours le triste profil de ces rues anciennes sacrifiées sur l’autel de la circulation automobile4 avec des trottoirs pour funambules filiformes.

rue des Fauchets - trottoir
Rue des Fauchets : un trottoir symbolique.

Cela dit, d’un point de vue réglementaire, les piétons sont désormais prioritaires et peuvent prendre leurs aises sur la chaussée. De plus – comme pour la zone 30 – les cyclistes doivent pouvoir y circuler dans les deux sens. Ce qui rend la présence des pictos vélos, ainsi que leur positionnement, d’autant plus curieux. Tout à sa volonté d’aiguiller les cyclistes cheminant sur le DSC vers la rue des Fauchets, le gestionnaire de voirie s’est-il penché sur la question ? Comme souvent dans le code de la route, certaines de ses dispositions peuvent être annulées « par l’autorité investie du pouvoir de police ». La zone de rencontre n’y échappe pas comme le précise l’article R110-2 :

Toutes les chaussées sont à double sens pour les cyclistes, sauf dispositions différentes prises par l’autorité investie du pouvoir de police.

Difficile de savoir si dans le cas présent une telle disposition a été prise puisqu’aucun panneau de fin de zone n’a été installé et qu’aucun panneau n’est dressé dans la partie piétonne de la rue pour informer les usagers qui déboucheraient de la rue de la République.

[mise à jour de juin 2018 : le double-sens cyclable est désormais possible]

rue des Fauchets depuis rue de la République
La rue des Fauchets abordée depuis la rue (piétonne) de la République.

Au-delà de cet imbroglio réglementaire, reste à espérer qu’il soit envisagé dans les années à venir de reprendre la voirie de cette petite rue grise5 à l’image de ce qui a été fait un jet de pierre plus au sud rue de la Cerche, qui est elle aussi devenue zone de rencontre6.

rue de la Cerche - zone de rencontre
Rue de la Cerche : pavés panachés et potelets haut de gamme.

Un acte manqué

C’est bien beau toutes ces considérations urbanistico-réglementaires, mais que font les personnes qui se déplacent à vélo, une fois arrivées à hauteur de la rue des Fauchets ?

Beaucoup vont tout droit7.

Sur le trottoir la plupart du temps. Ce qui n’est pas correct vis-à-vis des piétons.

rue Bannier - saumons sur trottoir
Ils ont continué tout droit.

Sur la route parfois. Ce qui est audacieux… mais pas interdit ! Car aussi incroyable que cela puisse apparaître, aucun panneau de sens interdit n’a été installé à l’intersection où le DSC s’interrompt.

L’inconscient d’un technicien vélotafeur au service voirie de la mairie aurait-il parlé ? La ligne droite était bien trop désirable. Elle l’est toujours.

[mise à jour de novembre 2018 : malgré la généralisation de la zone 30 à l’été 2018, un sens interdit à été installé accompagné d’un message explicite]

Il en est passé des cyclistes sur le trottoir en près de quinze ans.

Notes

  1. Lors de la campagne pour les élections municipales de 2008, la liste « Orléans Passionnément avec Serge Grouard » mentionnait cette rue dans un tract qui soulignait l' »ambitieux programme de réfection de la voirie » accompli.
  2. La personne qui se déplace à la force de ses mollets – ce qui est valable aussi pour les piéton(ne)s – va le plus souvent chercher à optimiser son déplacement en s’évitant le maximum de détours et donc en allant au plus court. C’est particulièrement vrai dans le cas d’un déplacement utilitaire régulier.
  3. La ligne droite rue Bannier représente 200 m quand le détour décrit représente 350 m.
  4. Comme il y a en a encore trop dans l’hypercentre, par exemple la rue du Bœuf Saint-Paterne, parallèle à la rue Bannier.
  5. Aucun misérabilisme dans ce sentiment de grisaille. Après tout, s’y construit un immeuble qui, selon La Rép, « affole les acheteurs » (« Ces trois projets immobiliers de prestige qui vont affoler les acheteurs, à Orléans », 23 janvier 2018).
  6. La Rép a publié récemment un article intitulé « La rue de la Cerche, petite artère entre République et Bannier, est en plein renouveau » (23 février 2018).
  7. Anecdote : Jeanne a vu de ses yeux toute une famille de touristes pédalant sur des Vélo’+ remonter sur le trottoir. Pour qui ne connaît pas la ville et souhaite tout simplement rejoindre son hôtel de l’autre côté du mail, tourner dans la rue des Fauchets ne fait pas sens.

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18 réponses

  1. Grégory Legrand dit :

    Bref ça ne va jamais ! Même si tout n’est pas parfait force est de constater que de réels efforts ont été effectués sur Orléans et la Métropole pour les deux roues ! Cela fait maintenant 13 ans que je circule quotidiennement à vélo et je vois la différence et surtout l’évolution. pas vous ? Alors essayez un peu de positiver et éviter de rentrer dans le jeu poitico politique local et rendez plutôt service aux usagers. A bon entendeur. Bonne journée

    • Jeanne à vélo dit :

      Je vois de plus en plus de personnes se déplaçant à vélo c’est vrai. Et c’est en effet une raison de « positiver ». Est-ce dû aux aménagements réalisés ? Sans doute en partie. Peut-on pour autant se satisfaire de ce qui est fait ? Certainement pas. Les exemples abondent de réalisations qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Certes c’est déjà ancien, mais l’exemple de la rue Bannier est représentatif de ce qu’il ne faut plus faire : considérer le cheminement cyclable comme la variable d’ajustement.

      Il n’est pas en mon pouvoir de rendre service aux usagers. Tout au plus puis-je indiquer quelques « trucs et astuces » et informer des évolutions réglementaires.

      Bonne journée !

      • Mantaza dit :

        Tout à fait d’accord. On pourrait aussi évoquer les incohérences des pistes cyclables « agrémentées » de mobiliers urbains…
        La palme pour la rue Eugènes Vignat où la piste cyclable colle les sorties des écoles/entreprises.

        Des exemples comme ça, j’en ai à la pelle, malheureusement…

        Orléans, « Smart City » ?On va attendre encore un peu…

        • Jeanne à vélo dit :

          La « piste » de la rue Eugène Vignat est une sorte de chef d’oeuvre. J’ai bien prévu d’y consacrer un billet.

        • laurentb dit :

          En terme d’incohérence il y a ce bout de « piste cyclable obligatoire » démarrant sur le faubourg Bourgogne direction Orléans au croisement de la Rue Gallouedec. Mis à part ce panneau rond il n’y a aucun aménagement comme s’il y avait une erreur de panneau. Quand c’est la première fois que vous prenez ce chemin, vous être clairement dans le doute et l’incompréhension.

          • Jeanne à vélo dit :

            Merci pour le tuyau, j’irai y jeter un oeil (surtout que c’est tout près du cabinet de mon ophtalmo 🙂 ).

          • janpeire dit :

            Bonjour,
            en effet à cet endroit il y a bien ce panneau qui ne devrait même pas être posé en ville.

            C’est un reste d’une intention même pas louable lors de l’aménagement du fbg.
            Le but était de faire faire aux cyclistes le trottoir pour ensuite traverser au passage piéton puis les diriger dans la venelle à gauche (dans le sens St Jean Braye – Megalopole). Ainsi, les cyclistes ne se retrouvaient plus à « temporiser la circulation » (explication donnée par des responsables à l’époque (10/15ans)).

            Même en quittant la rue Gallouedec (école primaire sens unique voiture et contre-sens vélo), ce truc n’a pas beaucoup de sens, mais bon, pour la com’ de la mégalopole aux 450 000 km de cyclabilités.

            Père Fouras

  2. JP Bertrand dit :

    Bonjour et merci de ce reportage.

    Heureusement que ce n’est pas un itinéraire utile pour les vélos qui est décrit ici ! En effet, qui aurait l’idée saugrenue d’aller à la bibliothèque avec ses enfants un samedi après-midi ? Quel touriste se risquerait à rentrer du centre-ville à son hôtel comme tu le fais remarquer ?

    Nous râlons alors que tout irait bien, oui ! Et je suis même surpris de ne pas trouver à dire du trottoir au bout de la rue des Fauchets. Avec une politique responsable et cohérente, le cycliste ou le piéton, peut-être âgé ou handicapé, rencontrerait au mieux une bordure 0, au pire une bordure basse.
    D’ailleurs pour ne plus gêner les grosses automobiles, les potelets de la rue de Gourville ont « sautés ».

    Au sujet du trottoir rue Eugène Vignat, c’est un trottoir, rien de plus. Pour en faire une piste, il faudrait que le maire prenne un arrêté excluant les autres véhicules, hors le machin rencontre le stationnement d’une auto-école, la sortie d’un laboratoire, un lycée (et ses élèves en troupeau), des résidences, les autos des fanatiques du sport… c’est définitivement un trottoir. Et l’arbre en son sein ne doit pas être coupé.

    JP Bertrand

  3. Mantaza dit :

    Est-ce qu’ Orléans Métropole montre l’exemple quand la police municipale roule en voiture sur la pseudo piste cyclable de la gare, et que c’est à moi, cycliste, de m’écarter ?

  4. CdV dit :

    Observations pertinentes sur le trajet rue Bannier. Grosse gêne ressentie par les piétons, suivis par un cycliste qui voudrait les dépasser sur le trottoir.

    Mais je crois que les cyclistes qui veulent remonter vers le nord, depuis le Martroi, prennent souvent tout simplement la rue de la République et bifurquent ensuite rue de la Bretonnerie. Cest mon cas.

    Maintenant que jai compris que la rue Bannier peut se prendre en double sens cyclable tout au long, faut-il que je change mes habitudes, et prenne un trajet direct Le Martroi-Gambetta ? Il serait bon de demander la pose de panneaux qui indiquent ce double sens, sinon on va vers des conflits avec les automobilistes.

    A noter aussi qu’un nombre significatif de « cyclistes » descendent la rue Bannier en roulant sur le trottoir de droite (en descendant), ne voulant pas se trouver dans la rue entre deux voitures.

    • Jeanne à vélo dit :

      C’est vrai qu’il y a aussi beaucoup de personnes à vélo rue de la République. Il serait très intéressant de connaître les flux montants respectifs de ces deux axes (Bannier et République).

  5. V-LO dit :

    Merci pour votre site et vos vidéos, aussi pertinents qu’instructifs. Continuez ! 🙂
    Riverain de la rue Bannier et moi-même cycliste, je suis régulièrement témoin des conflits piétons/vélos sur les trottoirs de la rue. Certains cyclistes poussent les piétons à coup de pédale et de sonnette alors qu’ils n’ont clairement rien à faire sur le trottoir. Désagréable, mais en même temps… descendre la rue Bannier vers le boulevard à vélo et à contre-sens des autos me semble très risqué, notamment parce que trop peu de conducteurs respectent le 30 km et que la voie n’est pas bien large avec le stationnement des deux côtés. Et je ne parle pas des familles à vélo avec charrette (et enfants) à l’arrière.
    Du coup, la rue des Fauchets me semble un moindre mal en terme de sécurité et d’accessibilité même si, vous avez raison, cela en dit long des arbitrages qui sont opérés ici et ailleurs entre les modes de circulation doux et la sacro-sainte voiture.

    • Jeanne à vélo dit :

      A titre personnel je tourne systématiquement rue des Fauchets. Je vous rejoins sur le caractère étroit de la rue à cet endroit-là et vos observations sur la vitesse des véhicules motorisés confirment mon impression…

  1. 27 mars 2018

    […] propos de la rue Bannier, il y a une analyse vélocyclopédique de publiée ici […]

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